Survivante - Chapitre 1


Cha. D.

Publié le 29/08/2021 17:02

27 mins de lecture

Au loin, un groupe de militaires escortent les habitants vers un fourgon. Maman est avec eux.

- MAMAN, hurlai-je. MAMAN …

Elle se retourne, elle me voit, elle me fait de grands signes. Je suis derrière la carcasse d’une voiture mais un militaire m’aperçoit.

- Mademoiselle, arrêtez-vous, me dit-il en m’empêchant de traverser. Vous ne pouvez pas rester ici. C’est dangereux.

- Mais c’est ma mère, dis-je en me débâtant.

- Non, cette zone est évacuée, vous devez nous suivre.

J’entends maman hurler mon nom, mais elle aussi, ils l’empêchent d’approcher.

- Non, pas sans elle.

Soudain le bruit sourd d’un avion qui nous survole, nous parvient. Le militaire qui me bloquait le passage, se jette sur moi et me plaque au sol en hurlant :

- BOMBE.

Une explosion retentie... et je me réveille en sueur dans mon lit. Encore et toujours ce cauchemar. Depuis cinq ans, depuis que cette foutue guerre a commencé, je revis toutes les nuits la mort de ma mère.

Le soleil n’est pas encore levé mais je n’ai pas envie de me rendormir. Je ne peux pas non plus me lever. Je fixe le plafond de la petite pièce qui est ma chambre depuis quinze mois, en imaginant ce que je ferais si j’étais libre. Plus personne n’est libre dans ce monde. Je me lève et vient m’assoir devant la toute petite et seule fenêtre que j’ai. Elle donne sur la cour mais à travers les barreaux, je peux voir les montagnes au loin. Je prends un crayon et dessine pour la énième fois le soleil se lever sur les collines. Plus que quatre-vingt-onze jours à tenir et autant de dessins.

Ce matin j’ai rendez-vous avec Clarisse, mon avocate. Je ne devais la voir que dans deux semaines mais elle a avancé le rendez-vous sans me dire pourquoi. Elle m’attend à l’endroit habituel mais elle n’est pas seule : une femme en uniforme l’accompagne.

- Cha, je suis contente de te voir, me dit Clarisse en me prenant dans ses bras.

C’est peut-être mon avocate, mais c’est aussi mon amie, la seule qu’il me reste. Je lui rends son étreinte sans répondre. La femme en uniforme me tend la main pour se présenter.

- Enchantée, je suis le Colonel Pivot de la sixième infanterie de marine.

Je ne réponds pas, je me contente de m’assoir. Elles m’imitent et le Colonel reprend.

- J’ai beaucoup entendue parler de vous.

- Vraiment ? demandai-je incrédule. Et comment les hautes instances de l’armée ont bien pu entendre parler de moi ?

- Votre parcours d’athlète a impressionné beaucoup de monde, et votre exclusion de la fédération de boxe seulement deux heures après votre entrée, aussi. Je ne sais pas ce qui est le plus triste : votre envie de tout réussir même au point de tout perdre, ou votre tempérament incontrôlable.

- Tous ses compliments me flattent, dis-je avec ironie. Mais pourquoi vous être déplacée jusqu’ici, vous auriez pu m’envoyer une lettre d’admiratrice.

- Votre arrogance est rafraichissante, répond-t-elle au bout de quelques secondes. D’ordinaire, les gens sont intimidés par l’uniforme, mais pas vous. C’est une raison de plus qui me fait penser que vous serez parfaite pour ce projet.

- Ok, on a bien rigolé, rétorquai-je en perdant patience. Mais j’aimerais savoir, comment vous me connaissez et surtout, pourquoi vous êtes là ?

Elle se redresse sur sa chaise et croise les mains devant elle avec un air solennel.

- Est-ce que vous connaissez l’unité Cerbère ? me demande-t-elle.

- Non, mais je ne suis pas très fan de mythologie.

- Il s’agit d’une unité crée dans les années 90, pour rapatrier les survivants de zone de guerre, m’explique-t-elle. Cette unité a été dissoute peu de temps après. Nous avons décidé de la recréer mais nous n’avons pas assez d’homme pour le faire. Nous avons donc choisi parmi les civils, ceux qui présentaient les qualités adéquates pour cette opération. Votre profil est sorti du lot.

Je la fixe sans vraiment comprendre. Je me tourne vers Clarisse, qui n’a pas dit un mot. Elle est inquiète mais elle ne me le dira pas.

- C’est une blague, c’est ça ? dis-je en riant nerveusement. Vous êtes en train de me dire que vous allez envoyer des civiles en zone de guerre pour sauver des soldats ? Et vous m’avez choisi moi ? … Je vous rappelle que je me suis faite virée de la fédération parce que j’étais violente et incontrôlable… Et vous voulez me confier une mission pareille ?

- Vous ne serez pas seule, votre équipe sera composée de deux marines, d’un médecin et d’un autre civil. De plus, vous êtes entrainée, vous savez vous battre et survivre, vous avez le profil pour intégrer cette unité.

Je la fixe un moment puis je me lève et m’approche de la seule lucarne de la pièce.

- Et toi, tu en penses quoi ? demandai-je à Clarisse.

Elle ne répond pas tout de suite, elle se lève et s’approche de moi.

- Je trouve que c’est dangereux, me chuchote-t-elle. Mais ils proposent une remise de peine, tu pourrais sortir plus tôt et ton casier sera effacé. Une fois cette mission terminée, tu pourras reprendre ta vie, trouver un nouveau boulot et recommencer à vivre.

- On ne vit pas, on survit, Clarisse, dis-je en tournant le regard vers elle.

Elle baisse les yeux mais n’ajoute rien. Je regarde le ciel à travers la vitre.

- Et puis, tu crois vraiment que je vais revenir ?

- Bien sûr, s’il y a bien quelqu’un qui peut survivre en dehors de l’enclave, c’est toi, répond-t-elle en me souriant.

Je la fixe un instant avant de conclure.

- Très bien, je signe où ?

Après avoir signé tous les papiers, je retourne à ma cellule. Je m’approche de la petite fenêtre et j’observe l’extérieur. Dans 48h je serais là, dehors. Après avoir passé quinze mois à dessiner les montagnes, je vais enfin pouvoir les parcourir. Tu rêves, tu as signé pour entrer dans l’armée. Tu ne seras jamais libre. Ma conscience à raison, je ne fais que quitter une prison pour une autre. Mais au moins la prochaine ne sera pas faite de mur et de barreau.

J’ai passé la nuit à penser à cette unité Cerbère. Qui seront mes coéquipiers ? Quelle mission va-t-on nous confier ? Le Colonel à parler d’entraînement, quel genre d’entraînement ? Toutes ses questions qui se bousculent dans ma tête m’ont empêché de dormir. L’avantage est que je n’ai pas fait de cauchemars. A 6h, comme tous les matins, les gardiennes nous réveillent :

- Debout, 3219, me lance la matonne en entrant dans ma cellule. C’est l’heure du petit déjeuner.

Je me lève doucement et je la regarde du coin de l’œil pendant que j’enfile mes chaussures.

- Alors, comme ça c’est ton dernier jour ? me demande-t-elle.

Je hoche la tête en guise de réponse. En me redressant, je m’approche doucement d’elle en levant les mains, comme tous les matins.

- Eh ben, je suis contente pour toi, finit-elle par me dire en souriant. Ta petite gueule de racaille va me manquer.

- Toi aussi, Pat’, répondis-je en souriant à mon tour. Surtout tes coups de matraque.

- Oh, ça va. Il y en a eu qu’un seul, au début, ajoute-t-elle en sortant de la cellule.

C’est peut-être la seule personne qui va me manquer, ici. Elle a toujours été sympa avec moi, enfin après m’avoir remise à ma place le premier jour…

- Lâche-moi, pétasse.

- Pétasse ? Vraiment ? me demande la matonne en me faisant avancer.

Je suis ici depuis seulement deux heures et je déteste déjà tout le monde. Dimitri m’a mise dans cette merde. C’est à cause de lui si je suis là. Je le hais à tel point qu’à ma sortie dans dix-huit mois, je lui ferais la peau.

- Avance, Princesse, t’es pas ici pour faire du tourisme, me lance la matonne en me bousculant.

- Me touche pas, crachai-je en serrant les dents.

- Allé, ne fais pas ta mijaurée, avance je te dis.

Elle me bouscule encore et mon sang ne fait qu’un tour. Je me retourne et attrape sa main. Je tente de lui brise le bras mais elle dégaine sa matraque et me donne un grand coup dans les côtes.

- J’ai dit : ne fais pas ta mijaurée, me chuchote-t-elle à l’oreille alors que je me plie de douleurs par terre

… A ma sortie, Clarisse m’attend devant sa voiture.

- Salut ma belle, me dit-elle en me prenant dans ses bras.

- C’est cool d’être venue me chercher, répondis-je.

- Euh … en fait ce n’est pas moi qui viens te chercher…

- Bonjour Mademoiselle Walker, je suis ravie de vous revoir, nous interrompt le Colonel Pivot.

- Je ne peux pas en dire autant, marmonnai-je pour Clarisse. Alors je n’ai même pas le droit à une journée de liberté ? demandai-je au Colonel.

- Vous n’êtes pas prisonnière, mais nous avons du travail, répond-t-elle. Votre entraînement commence aujourd’hui.

Je regarde Clarisse, elle me sourit et je sens qu’elle va me dire de ne pas inciter.

- Vas-y, on se verra quand tout ça sera fini, me dit-elle sur un ton inquiet.

- Ne t’inquiète pas pour moi, répondis-je. Et tu m’as promis une bonne bouteille de vin à ma sortie et j’ai bien l’intention de venir la chercher, dis-je avec un clin d’œil.

- J’y compte bien, répond-t-elle en montant dans sa voiture.

Je regarde sa vieille Golf s’éloigner en me demandant quand je la reverrai. Le Colonel me sort de ma rêverie.

- Nous avons de la route, venez.

J’hésite un moment mais je finie par la rejoindre à l’arrière de son véhicule. A l’intérieur deux militaires m’attendent.

- Je ne suis pas prisonnière, hein ? demandai-je en regardant par la fenêtre.

- Ils ne sont là que pour assurer notre sécurité en dehors de l’enclave.

Je me tourne brusquement vers elle sans comprendre. Elle poursuit :

- Notre base se situe à 15km au nord de la frontière. Mais ne vous inquiétez pas, c’est sans risque, ajoute-t-elle pour me rassurer.

Je ne réponds pas, je me contente de fixer la route à travers la vitre. Alors pourquoi ils assurent notre sécurité ?

Lorsque nous quittons l’enclave, je découvre le chaos qui règne en dehors de ses murs. Des maisons détruites, des champs ravagés par les explosions et malgré le ciel bleu, le paysage a des airs d’enfer. Je me redresse sur mon siège sans pouvoir masquer mon horreur.

- Vous n’étiez jamais sortie, n’est-ce pas ? me demande le Colonel.

Je me contente de hocher la tête en me renfonçant dans mon siège pour me reprendre et détourner le regard.

- C’est quand on voit tout ça, qu’on se rend compte de la chance que nous avons de vivre aux seins d’enclaves, ajoute-t-elle.

- Nous ne vivons pas, nous survivons, répondis-je sèchement. Et je ne suis pas sûre que vous sachiez vraiment ce que cela signifie pour le peuple.

Devant cette remarque, elle n’ajoute rien. Elle sait qu’elle fait partis des privilégier qui ont accès à de la nourriture correcte, à des soins et à un confort certain. Elle ne connait pas la misère et elle ne sait pas ce que c’est de devoir se battre pour survivre…

- Quel froid de chienne, annonce l’homme en entrant dans le bar.

- On va encore avoir un hiver rude, répond Patrik en servant une bière à l’homme qui s’est assis.

- Ouais, un autre hiver à baiser tout ce qui bouge pour se réchauffer, réplique le client.

Assise à plusieurs sièges de lui je me retiens de lui éclater ma bière sur la tête. Mais mon agacement est palpable. Je jette un coup d’œil à Patrik qui me regarde en coin. Il sait que s’il ne change pas de sujet je vais m’en charger.

- Alors, dis-moi Max, comment va le travail ?

- Bah, pas trop mal mais avec ce froid c’est pas évident. Le seul réconfort c’est la bonne bière de ton bar et les bonnes gonzesses qui y trainent.

Je sens son regard se poser sur moi. L’homme se rapproche et Patrik tente de le retenir mais un client l’interpelle.

- Salut ma jolie.

Son haleine sent le tabac froid et la bière bon marché. Je ravale un haut le cœur en buvant une gorgée.

- Dégage, crachai-je sans me retourner.

- Sinon quoi ?

Je serre la mâchoire et je tente de me contenir lorsqu’il pose sa main sur mon avant-bras. Je tourne le regarde et fixe ses doigts, puis je lève les yeux vers lui.

- Je ne ferais pas ça si j’étais toi, dis-je en tentant de garder mon calme.

- T’as du caractère, j’adore monter les pouliches sauvages dans ton genre, répond-il en faisant glisser son bras vers mon épaule.

Je bois ma bière cul sec avant de lui attraper la main.

- Je t’aurais prévenue, ajoutai-je en lui écrasant mon poing sur la joue.

Il tombe de son tabouret mais la scène se déroule au ralentit.

- Reste à terre, dis-je en me levant de mon siège.

Mais il n’écoute pas et se jette sur moi. Je prends un coup au visage avant de lui balancer mon poing dans les côtes. Il se plis de douleur et se redresse pour me frapper une nouvelle fois. J’esquive avant de lui envoyer un coup de pied dans la hanche. Il s’écroule lourdement sur la table.

- Les connards dans ton genre, j’en fais de la pâtée pour chien, dis-je en me penchant sur lui pour le frapper au visage.

Je frappe de toutes mes forces, encore et encore, sans m’arrêter. Soudain mon bras est retenu.

- Eh fillette, pour qui tu te prends pour cogner mon pote ? me demande une voix dans mon dos.

En me retournant lentement je découvre un colosse qui se tient au-dessus de moi. Il tire sur mon bras et me propulse contre le bar. J’entends mes côtes craquer et avant que je ne puisse me ressaisir, il s’approche de moi pour me cogner au visage. Ses coups pleuvent sans que je ne puisse les esquiver. Tout à coup, du verre éclate autour de nous et le colosse s’écroule à mes pieds.

- On ne t’a jamais appris à ne pas frapper les femmes, sale macho ?

Un vieil homme se penche alors sur moi pour m’aider à m’assoir. Patrik me tend une poche de glace et un torchon propre. L’homme s’assoit à côté de moi sans dire un mot.

- Merci, finis-je par dire.

- De rien, je n’aime pas les combats inégaux, me répond mon sauveur.

- Cha, tu avais promis de ne plus te battre, intervient Patrik en me servant un verre d’eau. Je mets la table sur ton compte… encore !

Je me contente de hocher la tête mais lui comme moi savons que je recommencerais. L’homme assis à côté de moi boit son verre d’eau gazeuse sans rien dire. C’est un habitué du bar, il est là tous les soirs et tous les soirs il boit la même chose. Mais c’est la première fois qu’il intervient dans une bagarre. Je balance la poche de glace sur le comptoir avant de me lever.

- Pourquoi tu te bas tous les soirs ? me demande-t-il enfin.

Je m’arrête mais je ne réponds rien. Il poursuit :

- Et si tu utilisais cette rage dans un combat avec de vraies règles et sur ring ?

Je me retourne lentement. Il n’a pas bougé, il fixe le bar d’un air impassible. Je m’approche de lui et je m’adosse au comptoir.

- Qu’est-ce que ça peut vous foutre ?

Il se tourne alors vers moi et de son regard gris et ridé, il répond :

- Tu as beaucoup de talent et avec de l’entrainement et de la rigueur tu pourrais devenir une grande athlète.

Je me suis contenté de lever un sourcil avant de quitter le bar. Le soir suivant, le vieil homme n’est pas là mais il a laissé à Patrik un prospectus avec les coordonnées de son club de boxe…

… Le bruit d’une porte métallique me sort de mes souvenirs. Nous sommes arrivés au camp de base. Le grand mur d’enceinte et les barbelés me rappellent la prison. Mais les tours de guet et les installations militaires me confirment l’idée que la prison est différente. La voiture s’immobilise devant un hangar. Le Colonel sort et m’invite à faire pareil. J’hésite mais je finis par la rejoindre. Une fois dehors j’observe les militaires qui s’affairent autour de nous. Je croise le regard de certain, ils se demandent sûrement ce que je fais là … et moi aussi. Le Colonel entre dans un bâtiment suivie par un homme qui lui tend plusieurs documents à signer. Lorsque nous pénétrons dans un couloir, elle se concentre de nouveau sur moi :

- Nous allons vous montrer vos quartiers avant de vous présenter votre équipe.

Elle s’arrête et m’observe comme si elle essayait de lire mes pensées.

- Voici le Sergent Poindexter, reprend-elle alors qu’un homme nous salut. Il va vous faire visiter et vous conduire à vos quartiers. Vous avez des questions ? (Je secoue la tête) Très bien, je vous retrouve en salle des opérations dans deux heures.

Elle me jette un dernier coup d’œil avant de disparaitre dans un bureau. L’homme qu’elle m’a présenté se tient à côté de moi sans bouger. Je me tourne vers lui en fronçant les sourcils.

- Eh bien, je crois qu’elle vous a refilé la corvée Sergent Dex, dis-je avec un petit sourire en coin.

- Ce n’est pas une corvée, madame, et c’est Sergent Poindexter, madame.

Je lève les sourcils mais ne trouve rien à répondre. Il m’a appelé Madame ? Et deux fois en plus. Il se met en marche dans le couloir et commence à réciter son texte :

- Je vais vous conduire à vos quartiers, sur le chemin je vais vous présenter les différents aménagements.

Je le suis sans vraiment prêter attention à ce qu’il raconte. J’observe les lieux et tente de comprendre pourquoi j’ai accepté. Lorsque nous arrivons devant une porte noire, il s’arrête et se tourne vers moi. Il ouvre la porte et m’invite à entrer. La pièce est assez spacieuse et tout le confort y est présent : un bureau, un grand lit, un coin salle de bain et même une kitchenette.

- Voici vos quartiers. Vous trouverez tout le nécessaire dans les différentes armoires, m’explique-t-il en s’avançant vers le lit. Voici votre tenue, ajoute-t-il en m’indiquant des vêtements pliés. Je reviens vous chercher dans une heure pour vous conduire à la salle des opérations. Avez-vous des questions, madame ?

Je regarde autour de moi puis je secoue la tête. Il prend congé et je me retrouve seule dans une nouvelle cellule, plus grande, plus spacieuse mais toujours aussi oppressante. Après avoir fait le tour de la pièce, je m’assoie sur le lit pour réfléchir à ce que je suis en train de faire. Ai-je vraiment signé pour rentrer dans l’armé ? Ai-je vraiment signé pour une mission suicide ? De toute façon je n’ai plus rien à perdre. Je me reprends et je décide de m’habiller. J’enfile le treillis noir et le t-shirt gris en me demandant pourquoi je dois porter un uniforme. Comme me l’a précisé le Colonel, je ne suis pas prisonnière. Alors pourquoi cette tenue ? Je suis en train de lacer mes rangers, lorsqu’on frappe à la porte.

- Entrez.

Sans grande surprise il s’agit de mon ami Dex.

- C’est l’heure, madame.

Je me lève, j’enfile ma veste et je m’approche de la porte où m’attend le Sergent. Il est droit comme un piquet et il fixe le mur. Je me place devant lui et me penche pour me rapprocher suffisamment près pour le mettre mal à l’aise.

- Dex, vous m’appelez encore une fois madame et je vous enfonce votre matraque, si profond que vous la sentirez même en respirant. Est-ce que c’est clair ?

Je le vois déglutir et même rougir avant de répondre.

- Très clair, mad … Très clair, corrige-t-il.

- Très bien. Alors je vous suis, dis-je en me décalant pour le laisser passer.

Nous traversons les couloirs sans dire un mot. Tous les gens que nous croisons me regardent comme si j’étais un animal de foire. Ce sentiment me dérange mais je n’ai pas le temps de demander à mon guide, qu’il m’interrompt :

- Nous sommes arrivés. Le Colonel vous attend ainsi que votre équipe.

Il m’ouvre la porte et attend que j’entre. J’hésite un instant mais je finis par entrer. La salle est assez grande. Une table au centre occupe tout l’espace et un immense écran, le mur du fond. Le Colonel est assise au bout de la table et quatre autres personnes sont également là.

- Mademoiselle Walker, entrez que je vous présente vos coéquipiers, me dit-elle en se levant.

Les hommes l’imitent et se tourne. Je remarque qu’ils portent tous le même uniforme que le mien. Le Colonel s’avance vers moi et poursuit :

- Voici le Sergent Neil Shadow chargé des réseaux et communications.

- Enchanté, ajoute ce dernier en me saluant.

- Le Sergent Billy Tender sera chargé des tactiques de combat, ajoute-t-elle alors qu’il me fait un signe de tête. Le Major Steve Strike coordonnera votre équipe, il est aussi médecin. Et enfin voici M. Eliot Cain.

Eliot me fait un clin d’œil mais je ne peux m’empêcher de remarquer que le Colonel n’a pas précisé sa spécialité. Je comprends alors qu’il n’est pas militaire.

- Et c’est quoi ta spécialité ? lui demandai-je

- Les voitures, répond-t-il en me souriant.

- M. Cain n’est pas là pour cette spécialité mais pour sa capacité à survivre en milieu hostile, intervient le Colonel visiblement énervée.

- Ouais, on va dire ça, ajoute-t-il.

Le Colonel n’ajoute rien de plus et me fait signe de m’assoir. Je prends place sur le siège devant moi. Elle allume l’écran derrière elle et nous présente la mission. Il s’agit d’exfiltrer plusieurs otages qui sont détenus dans un camp de résistants hostiles sur la côte ouest de l’Espagne. Nous ne savons pas grand-chose de ces otages, seulement qu’ils sont trois et qu’ils sont probablement blessés. Le Colonel reste vague lorsqu’on lui pose des questions. Cela ne semble pas gêner mes coéquipiers mais pas moi. Je n’ai pas envie de me lancer dans cette mission sans avoir plus d’informations.

- Et c’est tout ce que vous avez ? demandai-je.

- Oui, ce sont les seules informations que nous avons pu récupérer. Vous devrez vous débrouiller avec ça, conclu-t-elle sans me laisser le temps de répondre. Votre entrainement commence demain à la première heure. Un officier vous conduira en salle d’entrainement.

Elle se lève et se dirige vers la sortie. Je regarde mes coéquipiers mais ils ne semblent pas trouver ça louche. Je me lève à mon tour et sort de la pièce. Je retrouve le Colonel dans le couloir avant qu’elle ne rentre dans un bureau.

- Colonel, attendez, l’interpelai-je. Je peux vous parler ?

Elle me fait signe d’entrer dans son bureau avant de m’y rejoindre en laissant la porte ouverte.

- Je vous écoute mademoiselle Walker, que puis-je faire pour vous ? me demande-t-elle en s’installant derrière son bureau.

- Vous allez vraiment nous envoyer sur cette mission sans nous donner plus d’info sur ces terroristes ?

Mon ton direct semble la surprendre mais elle finit par sourire.

- Il m’avait prévenue que vous étiez du genre à poser les questions qui fâchent. Mais j’étais loin d’imaginer que vous aviez autant de caractère. (Je croise les bras sur ma poitrine pour lui montrer mon impatience.) Il aurait pu préciser que vous êtes aussi très impatiente, ajoute-t-elle.

- De qui parlez-vous ? Qui vous a parlez de moi ?

Soudain, une voix que je connais bien me parvient.

- Oui, j’ai peut-être omis un ou deux détails sur son sale caractère…

… Le bâtiment semble abandonner mais l’adresse sur le prospectus est bien celle-là. Il n’y a pas d’enseigne, seulement une pancarte sur une vitrine ‘Club de Boxe – Le Dragon d’Or’. Je pousse la porte sans trop savoir ce que je cherche. Un long couloir me mène à une grande salle où un ring immense trône fièrement en plein milieu. Des sacs de boxe et des appareils de musculation sont disposés un peu partout dans la salle. Une odeur de talc et de camphre flotte dans l’air. Je m’avance un peu plus dans la pièce. Sur les murs, des affiches de combats de boxe sont accrochés. Malgré la façade délabrée, il règne une atmosphère chaleureuse à l’intérieur.

- Je vois que Patrik t’as donné mon prospectus.

Le vieil homme du bar est appuyé contre la porte où il est marqué ‘BUREAU DU COACH’. Je souris faiblement en regardant les affiches au mur.

- C’est vous sur ces affiches ? demandai-je.

- Quelques-unes, oui. Les autres, seulement des amis, répond-t-il en s’avançant. Pourquoi es-tu ici ?

J’hésite un moment avant de me tourner vers lui.

- Je crois que j’en ai marre que Patrik me fasse payer les réparations de ses tables. (Il rit doucement.) En fait, je crois que vous aviez raison : j’ai besoin de règles et de limites.

Il avance un peu plus et vient se placer devant moi.

- Je ne donne pas de seconde chance, si tu foires la première il n’y en aura pas d’autre, compris ? (Je hoche la tête) D’accord alors tu peux m’appeler Marcus.

- Merci Marcus, répondis-je. Je m’appelle …

- Je sais qui tu es … Cha Walker, me coupe-t-il. Ça fait pas mal de temps que je t’observe.

J’ouvre de grands yeux sans comprendre comment il peut connaitre mon nom de famille. Ça faisait bien longtemps que personne ne m’avait appelé comme ça...

… Je me retourne et trouve le même vieil homme que plusieurs années auparavant

- Marcus ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? demandai-je à la fois surprise et heureuse de le voir.

Il me serre dans ses bras rapidement avant de me regarder de la tête aux pieds.

- Tu as l’air en forme. J’ai l’impression que la prison ça t’a réussi.

Je me recule en grimaçant avant que le Colonel ne nous interrompe.

- Le Major Clarkson était chargé de trouver les civils qui pourraient intégrer cette équipe.

- Le Major Clarkson ? … Tu es militaire ?

Soudain je comprends. Il ne m’a jamais sortie de la rue par simple altruisme, il était en mission. Je serre la mâchoire en comprenant pourquoi il m’a abandonné après la fédé.

- Alors tout ça n’était qu’une mise en scène ? demandai-je à Marcus.

- Oui je suis militaire mais rien n’était une mise en scène, m’explique-t-il. Je devais simplement m’assurer que tu avais le mental pour cette mission.

J’ai été menée en bateau pendant des mois. Je croyais en lui, je lui faisais confiance et lui il m’étudiait pour sa mission.

- Et si ça n’avait pas été le cas ? … Tu aurais disparu ? … Oh mais attends, c’est ce que tu as fait quand j’ai été viré de la fédération.

Je ne lui laisse pas le temps de répondre, je quitte la pièce en claquant la porte. Je me précipite dehors sans attendre qu’on me retienne.