Survivante - Chapitre 4


Cha. D.

Publié le 19/09/2021 18:28

18 mins de lecture

Le stress et la fatigue de ces dernières heures ont raisons de moi et je finis par m’endormir, bercée par les mouvements de la voiture. Mais des flashs de mon agression me reviennent et je me réveille en sursaut.
- Eh, est-ce que ça va ? me demande Cain en me prenant la main.
J’ouvre les yeux, agar, et je constate que nous sommes arrêtés.
- Où sommes-nous ? demandai-je d’une voix encore endormie.
- Tender avait besoin de faire une pause, répond-t-il en regardant les garçons endormis à l’avant. Strike est dehors en train de monter la garde.
- Et toi ? Pourquoi tu ne dors pas ?
- Je ne suis pas fatigué et puis tu avais le sommeil agité, je voulais m’assurer que ça allé.
Je me penche en avant et pose mes coudes sur mes genoux.
- Ouais, ça va …
- T’es sûre ? insiste-t-il. Tu peux me parler si tu veux.
- Pour te dire quoi ? demandai-je sur la défensive. Ça va, je t’assure, ajoutai-je pour adoucir mes propos.
Il n’insiste pas mais je vois bien qu’il est inquiet. Le silence s’installe, juste rompu par les ronflements de Tender. Au bout de quelques minutes Cain ouvre à nouveau la bouche :
- Il s’en veut beaucoup, tu sais. Strike, ajoute-t-il alors que je me tourne vers lui en fronçant les sourcils. Il ne te le dira pas mais il est conscient que c’est en partie sa faute.
Je soupire mais avant que je ne puisse répondre Tender se réveille et Strike remonte en voiture pour que nous reprenions la route.
Après plusieurs heures de voyage, nous arrivons au bord d’une colline. En contre bas, un camp de base, notre cible. Nous décidons d’attendre la tombée de la nuit pour intervenir et ainsi être plus discret. Nous établissons notre campement et préparons un plan.
Après avoir préparé mes armes, je remarque que Strike c’est éloigné du groupe. Je décide de ravaler ma fierté et d’aller lui parler.
- Ça n’était pas votre faute, dis-je en m’approchant.
Il se retourne surpris mais ne dit rien. Il fixe à nouveau l’horizon avant de me répondre.
- Je suis votre supérieur, j’aurais dû vous protéger.
- Vous l’avez fait en venant me chercher, répondis-je. Ecoutez, je sais que vous ne l’admettrez jamais mais c’est grâce à vous si je ne me suis pas faite violée dans ce village. Je n’aurais jamais dû vous reprocher mon enlèvement.
Il baisse les yeux mais ne dit rien.
- Je ne l’aurai pas tué, ajoutai-je au bout d’un moment. Marcus ne me l’aurait jamais pardonné.
Ma voix est presque inaudible.
- Je m’en veux toujours de la mort d’Arthur et même si cet homme méritait de souffrir, je ne l’aurais jamais tué.
Il se tourne vers moi et me regarde fixement.
- Je sais que vous n’êtes pas une meurtrière, croyez-moi, je m’y connais en meurtrier et vous n’en êtes pas une.
Il pose ses mains sur mes épaules et ajoute :
- J’ai promis à Marcus de veiller sur vous et j’ai bien l’intention de tenir ma promesse. Mais je veux que vous m’en fassiez une à votre tour.
Je le regarde fixement en attendant qu’il continue.
- Promettez-moi de ne pas laisser vos émotions prendre le pas sur votre mission ?
- Je peux vous promettre d’essayer, répondis-je au bout de quelques secondes.
Il me sourit et me lâche avant de se retourner vers l’horizon.
- Alors, comme ça, vous connaissez Marcus personnellement ? demandai-je au bout de quelque minutes.
- Nous avons servi ensemble, et vous ?
- Il m’a tendu la main quand j’en avais le plus besoin …
… Depuis que je m’entraine avec Marcus, je ne me bats plus dans les bars. Patxi est bien content que je ne saccage plus ses tables. Mais même si je suis bien ici, j’ai toujours peur que ça ne dure pas. Aujourd’hui Marcus m’a convoquée aux aurores et je ne sais pas pourquoi. Il avait l’air tendu au téléphone. Lorsque j’arrive le club est encore fermé et il m’attend dans son bureau. Je pousse l’imposante porte du « BUREAU DU COACH » et je le trouve assis à feuilleter le journal.
- Cha, entre.
- Salut, coach, répondis-je en m’asseyant. Alors tu voulais me voir ? Pourquoi ? J’ai fait quelque chose de mal ?
- Non, non, bien sûr que non … à moins que tu me cache quelque chose ? demande-t-il soudain inquiet.
- Pas que je me souvienne, répondis-je.
- Bien, bien, alors ça va pour moi, ajoute-t-il en se levant.
Il se place devant moi et s’appuie contre son bureau.
- Si je t’ai demandé de venir aujourd’hui c’est parce que je voudrais te proposer quelque chose.
Il me fixe comme s’il allait m’annoncer une mauvaise nouvelle.
- Marcus, tu me fais peur alors dis-moi ce que tu dois me dire, le suppliai-je.
- OK, bon, la semaine prochaine les phases de qualification pour le championnat inter enclaves commencent et je voudrais que tu en fasses partie.
Une expression de surprise s’imprime sur mon visage et j’ouvre la bouche à plusieurs reprises sans savoir quoi dire.
- Tu n’es pas obligée d’accepter mais je pense que tu as toutes tes chances, ajoute-t-il pour me convaincre.
- Vraiment ? demandai-je d’un ton trop aigu qui trahit ma surprise. Je veux dire, tu penses vraiment que je peux y arriver ?
- Oui bien sûr.
Je me lève d’un bon et lui saute au cou. Ce geste le surprend mais il me rend mon étreinte avant de redevenir sérieux.
- Bon allé assez bavarder, tu dois t’entraîner si tu veux battre des adversaires …
… - et c’est comme ça qu’il m’a sortie de la rue, expliquai-je à Strike.
- Oui, Marcus a toujours su voir le meilleur en chacun d’entre nous.
Nous continuons à parler de Marcus jusqu’à ce que les derniers rayons de soleil ne disparaissent, signe que nous devons y aller.
- Vous êtes tous prêt ? demande Strike dans l’oreillette.
- Cha et moi, sommes en place, répond Shadow alors que je monte la garde près du mur d’enceinte.
- Très bien alors allons-y, nous ordonne-t-il.
La mission commence et elle est simple : Strike, Tender et Cain doivent faire diversion devant l’entrée principale, pendant que Shadow neutralise les systèmes de sécurité pour que je puisse me faufiler par la trappe de la porte Est pour lui ouvrir. Une fois à l’intérieur, nous devons simplement trouver les trois otages et les faire sortir sans se faire prendre. Sur le papier le plan est simple mais dans la vie rien n’est une question de simplicité. Shadow arrive à désactiver les caméras et je m’introduis facilement dans le camp. En moins d’une minute nous sommes entré tous les deux.
- Ok, on est entrés, on cherche les otages, dis-je pour les autres.
- Très bien, répond Strike.
- Notre diversion a marchée, vous avez cinq minutes, ajoute Tender.
- Ok, on y va, réplique Shadow.
On fouille chaque tente dans le plus grand silence. Nous tombons sur un arsenal impressionnant mais nous ne sommes pas là pour ça. Au bout de quelques minutes nous trouvons enfin la tente avec les prisonniers. Qu’est-ce que je disais déjà ? Ah oui la vie n’est pas simple. On ne trouve pas trois otages mais une vingtaine, tous enfermés dans des cages et visiblement mal en point.
- Shadow, Cha, au rapport, nous interroge Strike.
C’est Shadow qui se charge de répondre.
- Strike, on a un problème. Nos cibles sont là mais ils ne sont pas trois mais une vingtaine.
Strike reste silencieux quelques secondes mais il finit par répondre.
- Occupez-vous de nos cibles, on ne peut rien faire pour les autres.
- Entendu, répond Shadow en s’attelant à l’ouverture de la cage de nos cibles. Cha, la porte, ajoute-t-il en me faisant signe de faire le guet.
Je m’exécute en serrant les dents. Une fois en place je ne peux pas m’empêcher d’intervenir.
- Strike, on ne peut pas les laisser là. Quand la milice se rendra compte que trois otages on disparut ils vont surement se débarrasser des autres. On doit faire quelque chose.
- Cha, le canal 2, maintenant, m’ordonne-t-il d’une voix froide.
Je passe ma radio sur le canal deux pour m’entretenir seule avec lui.
- Vous m’aviez promis de ne pas laisser vos émotions vous contrôler, me dit-il.
- Je ne peux pas partir en laissant ces gens ici, crachai-je dans mon oreillette. Strike, il y a des enfants et des vieux ici. Nous ne pouvons pas les laisser, insistai-je.
- Sergent Walker, on ne peut pas les sauver, nous n’avons pas la place et les renforts ont été demandé pour trois otages pas vingt. Concentrez-vous sur la cible. On essaiera de revenir pour les autres, conclu-t-il.
- Vous savez comme moi qu’on ne reviendra pas, ajoutai-je.
Shadow m’interrompt suivi des trois otages.
- Cha, on doit y aller, il nous reste deux minutes.
Je serre la mâchoire sans rien dire.
- Cha !! insiste-t-il.
Je me retourne vers les autres et à contre cœur je suis Shadow. Nous retraversons le camp sans se faire prendre et lorsque je monte dans la Jeep, je serre si fort le volant que mes phalanges blanchissent. Une fois tout le monde installé je démarre en trombe et me dirige vers le point de ralliement.
Tender et Cain s’occupent de faire descendre les otages et avant de les examiner Strike s’approche de moi.
- Nous ne pouvions rien faire de plus, me dit-il en posant sa main sur mon épaule.
Je serre la mâchoire et me dégage vivement.
- On pouvait les sauver, crachai-je.
- Ne discutez pas mes ordres.
- Strike, elle a raison. Il y avait des enfants blessés, on ne peut pas rester là sans rien faire, intervient Shadow.
- Ne discutez pas mes ordres tous les deux, nous devons préparer notre retour, gronde Strike en se dirigeant vers les otages.
- Il est hors de question que je les abandonne, criai-je en montant dans la Jeep.
A ma grande surprise Shadow et Cain grimpe aussi.
- Tu pensais vraiment qu’on allait te laisser partir seule ? demande Shadow alors que je le regarde en fronçant les sourcils.
- Aller démarre, ajoute Cain.
Je démarre en ignorant les réprimandes de Strike.
- Alors c’est quoi ton plan ? me demande Cain.
- Je n’en sais rien, on va les chercher et on improvise, répondis-je en haussant les épaules.
- Quoi ? Tu n’as pas de plan ? s’étrangle-t-il. Et on va les sortir comment ? Et une fois sortis, on va où ? Vingt personnes ça prend de la place et même si la Jeep est grande, il n’y a pas assez de place …
- C’est bon, j’ai compris, je n’ai pas de plan, dis-je énervée par son manque de confiance en moi. On va bien trouver.
On réussit à s’introduire dans le camp et à atteindre la tente des otages. Shadow s’occupe de les faire sortir pendant que Cain et moi montons la garde.
- Bon, t’as un plan maintenant ? me demande-t-il.
- Cain, arrête de me demander ça et laisse-moi réfléchir, dis-je. On doit traverser et on est que trois pour …
Soudain mon regard se pose sur un camion militaire garé près de la tente. Je m’approche de Cain et je lui dis tout bas :
- Ta spécialité c’est les bagnoles, n’est-ce pas ? Ça comprend aussi les camions ?
Il se tourne vers moi sans comprendre et en suivant mon regard le sien s’illumine.
- T’es pas sérieuse ? me demande-t-il. T’es consciente que ça va faire pas mal de bruit ?
- Je sais c’est pour ça que tu vas attendre qu’on soit ressortis avec Shadow pour qu’on puisse te couvrir quand tu sortiras.
- Et comment je protège vingt personnes, seul ? demande-t-il un peu perplexe.
- Donnez-nous des armes, intervient un otage. On est plusieurs à savoir se battre. Donnez-nous des armes et on vous aidera.
Je regarde Cain en souriant et il finit par sourire à son tour.
- Tu es cinglée, ajoute-t-il. Mais j’adore.
Une fois tous les otages libérés et certains armés avec l’arsenal trouvé dans une tente voisine, je me dirige vers la sortie avec Shadow. Nous retraversons le camp en moins d’une minute et une fois dans la Jeep Shadow contacte Cain pour lui donner le top départ. Je positionne la Jeep non loin du portail et lorsque j’entends le camion démarrer et les premiers tires fuser, je démarre et vient me placer face au portail. Shadow s’installe sur la tourelle de la Jeep et lorsque les hommes sur les tours de guet nous visent, il les descend d’un tir parfait.
- CAIN !! Bouge-toi, hurle Shadow.
- Ouais, ça va j’arrive, répond ce dernier. WOUH WOUH !! hurle-t-il lorsqu’il défonce le portail.
Le camion s’engage sur le chemin et je viens me placer derrière lui. Deux 4x4 nous poursuivent mais Shadow réussit à en neutraliser un.
- Cain, on va essayer de les entrainer loin de vous, dis-je alors que je ralentis pour permettre au camion de prendre de l’avance.
- Ok, on se retrouve au point de rendez-vous, me répond-t-il. Faites attention.
- Toujours, répondis-je.
Je m’engage alors sur le chemin de droite et le 4x4 nous poursuit. Shadow vient s’installer sur son siège.
- La tourelle est morte, Tender va être dégouté.
Soudain, nos assaillants tentent de nous percuter, une première fois mais j’arrive à rester sur la route. Malgré ma conduite digne d’un film d’action, je finis par perdre le contrôle de la voiture. Nous faisons plusieurs tonneaux avant de terminer notre voyage dans un fausset assez profond.
Je perds connaissance mais plusieurs bruits de coups de feu m’indiquent que nos assaillants nous ont rattrapés. Je tente de bouger mais je suis groggy. Au bout de quelques minutes le silence s’installe. Shadow surgit alors côté passager.
- Cha ? Cha ? Tu m’entends ?
Je hoche la tête avant d’ouvrir les yeux.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demandai-je.
- On a eu un accident mais j’ai neutralisé les hommes qui nous poursuivaient, m’explique-t-il en enlevant les différentes branches qui ont envahies l’habitacle.
Soudain, son expression change :
- Ok, est-ce que tu peux bouger les jambes ?
Je tente de les bouger et au bout de quelques secondes j’y parviens.
- OK, super, me félicite-t-il. Maintenant les bras ?
Je réussis à bouger le bras droit, et lorsque je me concentre pour bouger le gauche je me rends compte que je ne peux même pas bouger les doigts.
- J’y arrive pas, Shadow, je sens plus mon bras gauche, dis-je inquiète.
Ma tête est posée sur l’appui-tête de mon siège mais je parviens à baisser les yeux. Je constate alors qu’une branche me transperce l’épaule. Je me mets à hurler et la douleur se propage dans tout mon corps.
- Cha, Cha, calme-toi, me dit Shadow en comprimant la plaie. Ne bouge pas et respire.
Je finis par me calmer pendant qu’il attrape la radio avant de descendre. Même s’il n’est plus dans la voiture je l’entends toujours.
- Strike, est-ce que vous m’entendez ?
Pour seule réponse un grésillement lui parvient. Il change de canal avant de reprendre :
- Strike ? … Est-ce que quelqu’un me reçoit ?
- Shadow, ici Strike, vous m’entendez ?
- Oui, oui je vous reçois.
- Que s’est-il passé ? demande Strike.
- On a eu un accident et Cha est blessée, explique Shadow. Je vous envoie notre position … Major ? Faites vite, ajoute-t-il à voix basse.
- Très bien.
Shadow repose la radio et remonte à sa place pour se reconcentrer sur moi. Il examine ma blessure mais son visage ne laisse passer aucune expression.
- C’est si grave que ça ? demandai-je d’une faible voix.
- Je n’en sais rien, je ne suis pas docteur. Mais tu ne saignes plus, c’est bon signe.
- Avec un peu plus de convictions ça donne quoi ?
Il me sourit timidement mais je vois bien qu’il n’y croit pas.
Au bout de plusieurs minutes j’entends un moteur approcher. Shadow me donne mon arme et me fait signe de me tenir prête. Des bruits de pas se font entendre et Shadow descend de voiture. Je tiens mon arme fermement et lorsque quelqu’un apparait à ma fenêtre, je la lui braque sous le nez.
- Oh, oh, du calme, c’est moi, me dit Cain en levant les mains. Ça fait deux fois que tu me braques une arme dessus, je vais finir par croire que tu m’en veux.
Je lui souris parce que je suis contente de le voir.
- Où sont les otages ? demandai-je.
- T’inquiètes, ils vont bien, me répond-t-il.
Strike prend sa place et en ouvrant ma portière il me lance un regard furieux.
- Vraiment major, vous m’en voulez toujours de vous avoir désobéis ? dis-je en esquissant un sourire.
Il fronce les sourcils et en enfilant des gants, il plante son regard dans le mien.
- J’ai bien l’intention de vous sortir de là pour vous coller une procédure disciplinaire.
Son ton est froid mais je décèle une pointe d’humour dans sa voix. Enfin j’espère.
- J’ai hâte, répondis-je ce qui le fit sourire.
Il ausculte ma blessure pendant plusieurs minutes avant de donner ses premiers ordres. Cain vient se placer derrière mon siège et Shadow est toujours sur le siège passager.
- Très bien. Bon, je dois m’assurer que la branche n’a pas traversée de l’autre côté. Shadow dégagez le pare-brise et sciez la branche à cet endroit, ordonne-t-il en montrant plusieurs parties de la branche. Cain comprimez la plaie, ici et ici.
Les garçons s’exécutent et Strike passe ses mains sur mes côtes.
- Ça risque de faire mal, me dit-il doucement.
Je me contente de hocher la tête mais lorsqu’il me penche légèrement en avant je ne peux pas m’empêcher de hurler.
- Ok, c’est bien ce que je craignais, la branche a traversé, m’explique-t-il en me reposant sur le siège.
- Ça signifie quoi ? demande Cain.
- Ça veut dire qu’il va falloir la lui enlever mais qu’elle va perdre pas mal de sang, ajoute Strike.
- Et ce qui veut dire que je vais me vider de mon sang et mourir avant qu’on soit rentrés, ajoutai-je à mon tour.
- Non, vous n’allez pas mourir, me répond Strike en me regardant droit dans les yeux. Cette mission ne sera pas un échec.
Il n’a pas sourcillé en disant ça. Il est sûr qu’il peut me sauver et ça me suffit pour lui faire confiance.