Survivante - Chapitre 5


Cha. D.

Publié le 26/09/2021 18:42

25 mins de lecture

Strike prépare son matériel et Shadow s’occupe de réparer la Jeep pour pouvoir rentrer au plus vite. Je me retrouve donc seule avec Cain. Je lui prends la main et ce geste le surprend.

- Cain ?

- Je suis là, répond-t-il en approchant sa tête près de la mienne. Je suis là.

- Je veux que tu dises à Marcus que j’avais tort, j’ai adoré cette mission.

- Tu lui diras toi-même, je n’ai pas l’intention de te voir mourir.

- Eliot, promet le moi ? demandai-je alors qu’une larme coule sur ma joue.

- Je te le promets, ajoute-t-il au bout de quelques secondes.

Strike réapparait et Tender aussi. Ce dernier me regarde et me dit avec un sourire :

- Et voilà ce qui arrive quand ont confit le volant à une femme.

Je ris doucement avant de répondre :

- C’est ton père qui m’a appris à conduire.

- Jolie, bien envoyé, ajoute-t-il en riant. Même avec une branche dans l’épaule tu as de l’humour, j’adore.

- Concentrez-vous, nous interrompt Strike alors qu’il découpe mon gilet par balle et mon t-shirt. Cain tenez-là, elle ne doit surtout pas bouger du siège. Je vais placer une compresse dans votre dos pour arrêter le saignement, ajoute-t-il à mon intention en glissant un morceau de tissus derrière mon dos.

Cain passe ses mains autour de ma taille et sur mes côtes avant de me chuchoter à l’oreille :

- Je préfère qu’il n’y ait pas un siège entre nous quand j’enlace une femme. Mais pour une première fois je vais m’en contenter.

Je souris faiblement en entrelaçant mes doigts sur sa main.

- Tender, place-toi sur le capot et attrape la branche, ordonne Strike. A trois, ajoute-t-il quand Tender est en place. Cha, mordez là-dedans, me dit-il en me tendant un morceau de tissus que je place dans ma bouche.

Il lance un regard entendu à Tender et commence le compte à rebours. Mais Tender n’attends pas trois pour retirer la branche de manière violente. Je pousse un hurlement si fort qu’il n’est pas étouffé par le tissu. Cain me maintien si fort que j’ai presque du mal à respirer, et Strike me compresse la plaie pour arrêter l’hémorragie. Mais la douleur est si grande que je perds connaissance…

… Ce soir je n’étais pas en forme, mon combat s’est bien terminé mais j’ai pris pas mal de coups inutiles. Dimitri ne va pas être content mais je n’en ai rien à faire. J’en ai marre de ces conneries et découvrir son trafic d’arme me rends dingue. Je dois trouver une solution pour me casser.

Je suis dans le vestiaire, je viens à peine de sortir du ring mais j’ai les mains en sang sous mes bandes. Je m’approche du lavabo pour les passer sous l’eau froide et mon regard est attiré par un mouvement dans le miroir : Arthur m’observe près de la porte.

- Tu comptes rester là à me mater longtemps ? crachai-je sans me retourner.

- Je suis venu m’assurer que ça allé. Tu as pris pas mal de coups ce soir, ajoute-t-il en s’approchant.

Arthur, c’est le nouveau garde du corps de Dimitri. Je ne sais pas d’où il sort mais il a une dégaine d’ancien militaire. Il est plutôt sexy malgré le fait qu’il travaille pour un sociopathe. Je me retourne pour lui faire face.

- Qu’est-ce que ça peut te foutre ? demandai-je sur la défensive.

- Je me demandais simplement pourquoi ? Est-ce que ça a un rapport avec Dimitri et le fait que tu as découvert ses autres activités ?

Comment peut-il être au courant de ça ? Dimitri ne fait confiance à personne. Seulement quelques-uns de ses hommes sont au courant de toute son organisation, et je doute que le petit nouveau le soit déjà. Je tente de prendre une attitude innocente car je ne suis pas censé savoir moi non plus.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, je suis simplement fatiguée, répondis-je en m’approchant de mon casier pour prendre la trousse de soins.

Arthur s’approche et m’attrape la trousse des mains. Il commence à me soigner avant de reprendre.

- Je t’ai déjà vu combattre en étant malade et tu n’étais pas aussi mauvaise que ça.

Je l’observe en silence en attendant de voir où il veut en venir. Il regarde mes mains pendant qu’il y passe une compresse pour désinfecter mes plaies. Ses gestes sont doux et assurés comme s’il avait fait ça toute sa vie.

- Ça n’est pas Dimitri qui m’envoi, ajoute-t-il en me regardant dans les yeux. Tu peux me faire confiance.

- Et qu’est-ce qui te dit que toi tu peux me faire confiance ? demandai-je brusquement en retirant mes mains. Tu ne me connais pas et je ne te connais pas. Tu me veux quoi ?

- Ça fait plusieurs mois que je t’observe. Avant même de rentrer dans l’organisation de Dimitri je savais qui tu étais. J’ai lu ton dossier et je sais pourquoi tu fais ça …

- Attends, quoi ? Tu as lu mon dossier ? demandai-je sans comprendre. Ça veut dire quoi ? Que t’es flic ?

Il ne répond pas, il se contente de mettre les mains dans ses poches.

- Pourquoi tu me dis ça ? Je pourrais très bien te balancer à Dimitri sur le champ et il te fera exécuter.

- Je sais que tu ne le feras pas, répond-t-il simplement.

- Pourquoi en es-tu si sûr ?

- Parce que tu vas m’aider à le faire tomber.

- T’es cinglé, répondis-je en riant. Tu vas te faire tuer et moi aussi, si Dimitri apprend que j’étais au courant.

J’attrape mes affaires et en passant à côté de lui je lui dis d’un ton compatissant :

- Ta belle gueule va me manquer…

… J’entends du monde autour de moi, mais je n’arrive pas à ouvrir les yeux.

- Major, la Jeep est prête on peut rentrer, annonce Shadow.

- Très bien. Tender, Cain aidez moi à la mettre à l’arrière, ordonne Strike. A trois, un, deux et trois.

Une vive douleur me parcoure et je sens mon esprit s’éloigner …

… En quittant le vestiaire je sais déjà qu’il est condamné, mais durant toute la soirée je ne peux pas m’empêcher de penser à cette histoire. Juste avant de lui parler je pensais à tout plaquer parce que je ne supportais plus les activités de Dimitri. Mais de là à coopérer avec la police pour le faire tomber. Je ne sais pas si j’en serais capable. « Tu es capable de tout » les paroles de Marcus reviennent me hanter. Je me tourne et me retourne dans mon lit sans pourvoir trouver le sommeil. Quand je frappe à sa porte il est 5h du matin mais il m’ouvre rapidement.

- Cha ? … Tu as changé d’avis ? me demande-t-il encore ensommeillé.

Je ne réponds rien et me contente d’entrer. Son appartement est un grand loft industriel. La décoration est presque inexistante, comme tout appartement de mec.

- Ça paye bien de travailler sous couverture, répliquai-je en m’avançant dans la pièce.

Je passe le doigt sur les bibelots posés sur une étagère. Il s’approche de moi et je me retourne enfin vers lui. Il attend que je parle. Il est planté devant moi avec un léger sourire. Il porte seulement un jogging gris et je ne peux pas m’empêcher d’observer son torse. Il a plusieurs cicatrices sur les côtes et les abdos, je me demande comment il se les aient faites. Au bout de quelques secondes il parle enfin :

 - Que fais-tu ici, Cha ?

- Il est probable que je sache certaines choses sur Dimitri et ses activités, mais je veux des protections et des garanties, répondis-je en m’asseyant sur le plan de travail.

- Tu négocies ? Vraiment ? me demande-t-il en rigolant. Ça n’était pas le deal, ajoute-t-il en s’approchant près de moi.

- Tu ne m’as pas énoncé le deal, alors je propose le mien, répondis-je avec un sourire de défi. C’est à prendre ou à laisser.

- Très bien, je t’écoute. Que proposes-tu ?

Il se rapproche un peu plus de moi. Si proche que mes genoux touchent presque ses hanches. Je me ressaisis avant de répondre :

- Si je te dis tout ce que je sais, je veux pourvoir disparaitre des radars. Dimitri à des hommes partout alors, je veux une nouvelle identité dans une nouvelle enclave.

J’ai énoncé ça d’une traite en regardant mes doigts sur mes cuisses. Il se penche alors pour poser ses mains sur le plan de travail à côté de moi. Mon regard suit ses bras, de ses mains à ses épaules musclées, et en relevant la tête je constate que son visage est à quelques centimètres du mien. Je plonge dans ses yeux verts et mon cœur s’emballe.

- Et c’est tout ? me demande-t-il d’une voix roque.

- Je … je veux aussi une protection … avant que je ne parte, balbutiai-je.

Il sourit légèrement avant d’ajouter en se redressant :

- Tout ça dépendra des infos que tu me donneras. Je devrais les vérifier pour m’assurer qu’elles sont fiables.

- Quoi ? Mais si je parle maintenant, je vais me faire descendre au moment même où je passerais cette porte, répondis-je en sautant de mon perchoir pour le suivre dans la cuisine. Je veux ta protection du moment que je te dirais la moindre info, qu’elle se révèle fructueuse ou non.

Il se tourne vers moi en plissant les yeux.

- Tu veux MA protection ? demande-t-il.

- Je sais que je peux te faire confiance, dis-je en baissant les yeux. Je ne sais pas pourquoi mais je sais qu’avec toi, je serais en sécurité.

Soudain je sens ses doigts sur mon menton pour me forcer à le regarder. Il pose son autre main sur mes hanches et en me souriant il répond :

- Il ne t’arrivera jamais rien de mal avec moi.

Et sans attendre que je ne réponde il presse ses lèvres sur les miennes …

... Ce souvenir m’arrache une larme et j’ouvre timidement les yeux. La réalité me revient comme la douleur sourde dans mon épaule. J’entends du bruit et des gens qui parle autour de moi.

- Strike ? Strike, elle se réveille, interpelle Cain.

Je suis dans ses bras et je vois Strike se pencher pour m’ausculter.

- Cha, est-ce que vous m’entendez ?

Je hoche la tête en essayant de me redresser.

- Ne bougez pas.

- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demandai-je la voix pâteuse.

- Tu as eu un accident avec Shadow, m’explique Cain. Et une branche t’a traversé l’épaule. Mais on a réussi à te l’enlever.

- Vous avez perdu beaucoup de sang, intervient Strike. On doit vous ramener au camp. Vous pouvez vous assoir ? me demande-t-il.

Avec Cain, ils m’aident à m’assoir avant de m’attacher au siège. Strike donne l’ordre à Shadow de démarrer et par la vitre arrière de la Jeep, je vois Tender au volant du camion.

- Les otages vont bien, me murmure Cain en suivant mon regard. Tu les as tous sauvés.

Il me presse la main et au moment où il la retire, je la saisie pour l’en empêcher. Je regarde devant moi et nous prenons la route.

Le trajet est aussi chaotique qu’à l’aller mais je serre les dents et je ne dis rien. Je me cramponne à mon siège et je serre la main de Cain dans la mienne.

- Ça va, tu tiens le coup ? me demande-t-il en se penchant vers moi.

Je hoche la tête pour le rassurer mais je ne suis pas assez convaincante. Il se penche un peu plus pour examiner mon pansement.

- Strike, elle recommence à saigner.

Strike se détache et s’agenouille devant moi. Il soulève la compresse et son expression change.

- Cha, comment vous vous sentez ? me demande-t-il avec de la tension dans la voix.

-Je vais bien, je peux tenir jusqu’au camp.

- Regardez-moi, m’ordonne-t-il. Ne jouez pas les dures-à-cuire. Votre plaie n’est pas belle et je doute que vous supportiez le trajet dans cet état. Alors dites-moi ce que vous ressentez.

J’inspire un grand coup et une larme coule sur ma joue.

- Je n’ai aucune sensation du bout des doigts jusqu’à l’épaule, murmurai-je.

- D’accord, alors on va changer de méthode.

Il sort une seringue de sa sacoche et une fiole de médicament. Il en prélève une partie et se tourne vers moi, mais au moment où il s’apprête à me faire l’injection je l’arrête.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Un antibiotique puissant. Ça va ralentir l’infection

- Quelle infection ? intervient Cain.

- Celle qui est en train de se propager dans son bras, répond Strike. Les conditions dans lesquelles je l’ai recousue n’étaient pas des plus saines et si je ne lui fais pas cette injection, elle pourrait bien perdre son bras, ou pire, mourir.

Strike me regarde et je lâche sa main. Il approche l’aiguille de mon épaule et avant de me piquer il ajoute :

- Ça risque de faire mal.

Je serre les dents et ferme les yeux en sentant le produit s’introduire dans mon corps. Soudain je suis prise de convulsions. J’entends vaguement Cain demander à Strike si c’est normal, avant de sombrer…

… Son baiser est doux mais lorsque je le lui rends il devient plus passionné. Je m’agrippe à ses bras alors qu’il me presse contre lui. Mon corps part instantanément à la rencontre du sien. [...]* Il cale un bras derrière sa tête et je me blottie dans ses bras.

- Vos méthodes de négociations sont déloyales, mademoiselle, me dit-il en souriant.

Je me contente de lui rendre son sourire. Je ne sais pas si c’était une bonne idée de venir ici mais en tout cas je ne m’attendais pas ce que ça se passe comme ça …

… Je sens qu’on me porte. J’essaie d’ouvrir les yeux mais je n’y arrive pas. J’entends des gens s’activer autour de moi mais je ne comprends pas ce qu’ils disent. S’il vous plait, laissez-moi me rendormir. Je veux retourner dans les bras d’Arthur. Une douleur me parcoure le bras et je me souviens ce qui s’est passé. J’ouvre un peu les yeux et je vois des lumières défiler au-dessus de ma tête.

- ... oui de la moxycodone pour l’infection et du propoxy pour les convulsions.

Je reconnais la voix de Strike.

- Strike ? murmurai-je.

- Restez tranquille, on s’occupe de vous, me dit-il en posant sa main sur la mienne.

- On la prend en charge au bloc 3, intervient une voix inconnue. On doit l’opérer pour nettoyer la plaie et vérifier que les tendons n’ont pas étaient touchés.

J’entends une porte s’ouvrir et des personnes en blouse bleue s’affairent autour de moi. Je tente de bouger mais je n’y arrive pas.

- Ne bougez pas, me dit un homme avec un masque en se penchant sur moi. On doit vous opérer si on veut sauver votre bras. Je vais vous mettre un masque pour vous endormir. Comptez à rebours en partant de dix.

Je cligne plusieurs fois des paupières et lorsqu’il me pose le masque sur le visage je l’entends dire :

- Avec moi, dix … neuf …

- Neuf … huit …

... Je me redresse doucement et en attrapant mon soutien-gorge je lui dis :

 - C’est officiel, je suis morte.

Arthur se redresse à son tour et il pose sa main dans mon dos.

- Je te protégerais.

- Tu l’as déjà dit, répondis-je en me levant pour me rhabiller. Mais tu n’es plus obligé de dire ça, ça y est tu as eu ce que tu voulais, on a couché ensemble.

Il se lève et s’approche de moi pour me prendre les mains.

- Je ne disais pas ça pour te mettre dans mon lit, je le pensais réellement. Je ne laisserais pas Dimitri ou ses hommes s’en prendre à toi.

- Tu ne sais pas dans quoi tu t’embarques, dis-je en le regardant. Je veux dire, c’est une chose de vouloir le faire tomber en récupérant des infos mais coucher avec sa petite amie ça n’a rien à voir.

Il me regarde en fronçant les sourcils.

- Sa petite amie ?

Il semble dégouté. Je baisse les yeux et une honte profonde m’envahit.

- Oui, pourquoi crois-tu que j’ai besoin de protection ?

- Mais ça fait plusieurs mois que je le surveille et je n’ai jamais remarqué que vous étiez ensemble. Qui est Katarina alors ?

- Sa femme, répondis-je d’une voix presque inaudible. Les seules personnes qui savent pour nous sont celles qui connaissent tous ses trafics.

Je ne peux pas rester ici une seconde de plus j’ai trop honte. Je me dirige vers la porte mais il me rattrape au moment où je pose la main sur la poignée.

- Pourquoi es-tu avec lui ?

- Parce que je suis sa championne et … parce qu’on ne dit pas non à un homme comme Dimitri, je l’ai appris à mes dépends.

Il me regarde sans comprendre et je relève mes cheveux et tire sur mon t-shirt pour dévoiler ma nuque. Il passe le doigt sur la petite cicatrice.

- Il m’a brulée avec un cigare parce que je ne voulais pas diner avec lui, expliquai-je. Je n’ose pas imaginer ce qu’il me fera si je le quitte. C’est pour cette raison que j’ai besoin de protection, ajoutai-je en baissant les yeux.

Il me prend les mains et les porte à ses lèvres. Lorsque je lève les yeux il me regarde intensément.

- Je te protègerais de ce monstre, plus jamais il ne lèvera la main sur toi, je te le promets…

… J’ouvre difficilement les yeux mais je les referme aussi tôt, éblouie par la lumière. Je fronce le nez et retente ma chance. Cette fois-ci, je distingue des formes. Je cligne des yeux pour m’habituer à la lumière et ma vision devient nette. Marcus lit le journal dans un coin de la pièce, Strike regarde par la fenêtre et Cain dort sur une chaise près du lit. Je me racle la gorge et ils s’animent tous.

- Vous avez de sales têtes, dis-je avec un faible sourire.

Cain se redresse et me prend la main.

- Comment tu te sens ? me demande-t-il.

- Ça va, j’ai juste l’impression d’être passé sous un train, mais ça va.

Strike prend mon pouls avant de regarder les moniteurs autour de moi. Marcus s’approche au pied du lit.

- Tu nous as fait sacrément peur, tu sais ?

- Ça va je vais bien, dis-je.

- Attendez d’avoir vue le médecin pour ça, me dit Strike.

Je sens qu’il est tendu mais je n’arrive pas à savoir si c’est à cause de ma désobéissance ou le faites qu’il est eu peur. Je ne sais pas ce que je préfèrerai. Je décide quand même de tenter ma chance.

- Vous m’en voulez toujours ? demandai-je. La procédure disciplinaire est toujours d’actualité ?

- Quelle procédure ? demande Cain.

- Venez Eliot, allons faire un tour, intervient Marcus en entrainant Cain vers la porte.

Ce geste me confirme qu’il n’est pas inquiet pour moi mais plutôt en colère contre moi. Une fois la porte fermée je me redresse en grimaçant.

- Allez-y doucement, vous allez faire sauter vos points, me dit Strike d’un ton froid.

Nous restons un moment silencieux puis je finis par rompre ce silence si pesant :

 - Ok, allez-y, je suis prête à encaisser votre colère.

Il pousse un long soupire en se laissant tomber sur la chaise.

- Est-ce que vous comprenez pourquoi je suis en colère ?

- Parce que je vous ai désobéit.

- Non, parce que vous avez mis votre vie, celle de Shadow et Cain mais aussi celles de ces otages en danger, rétorque-t-il exaspéré. Vous savez, on a réellement cru vous perdre. Et je ne me le serais jamais pardonné.

- Vous n’avez rien à vous reprocher, j’ai pris la décision seule et j’en assumerai les conséquences.

- Ça n’est pas pour cette raison, me dit-il d’un ton plus calme. J’aurais dû vous écouter pour les otages. Si je l’avais fait vous ne seriez pas partie dans cette mission suicide.

Je ne dis rien, en réalité je ne sais pas quoi dire. Il se lève et en me pressant la cheville il ajoute :

- Vous avez besoin de vous reposer après tout ce que vous avez vécu.

Il s’approche de la porte et je lui dis :

- Merci major.

Il hoche la tête avant de sortir.

Après avoir vue les médecins, Marcus me rend visite. Il tient à la main un calepin et une boite de crayons, ce qui me fait sourire.

- Je sais que tu déteste les fleurs coupées, et de toute façon dans un camp militaire c’est plus difficile à trouver.

- Merci, répondis-je.

- Comment tu te sens ?

- Ça va, le docteur dit que je récupérerai la totalité des facultés de mon bras d’ici quelques semaines.

- C’est bien, je suis content. Même si tu m’as fait terriblement peur. Qu’est-ce qui t’a pris de faire ça ?

- Nous y voilà, répondis-je dans un soupir d’exaspération. Je savais que tôt ou tard j’aurais droit au serment du coach.

- Ne soit pas insolente, me réprimande-t-il.

- Je ne suis pas insolente, j’en ai juste marre que tout le monde me reproche d’avoir sauvé la vie de ces innocents. Ça n’est pas le boulot pour lequel on m’a sorti de prison ? Tu savais très bien que j’étais une tête brulée, bien avant que je ne me fasse virer de la fédé, alors ne me reproche pas d’avoir agi comme je le fais toujours… j’aurai mieux fait de mourir dans cette voiture, ajoutai-je en baissant la voix.

- Ne dit pas de bêtises pareilles, rétorque-t-il en s’asseyant sur le bord de mon lit. Je me suis juste inquiété pour toi. A vrai dire, je savais que tu n’en ferais qu’à ta tête, je n’imagine simplement pas que ça aurait ces conséquences.

- Je vais retourner en prison, je suppose, dis-je tout bas.

- Quoi ? Non, bien sûr que non, et je ne pense pas que Strike dépose une plainte contre toi. Par contre le colonel est sacrément remonté contre toi. Elle revient demain de sa visite dans l’enclave du Nord et ses conseillers m’ont dit qu’elle n’était vraiment pas de bonne humeur.

- Super, je sens que la colère du dragon sera terrible.

Nous nous mettons à rire et ça me rappelle des souvenirs. La dernière fois que j’ai ri comme ça, c’était avec lui, au club, sur le ring.

- Je suis vraiment désolée, Marcus. Je ne voulais pas te faire peur.

Le sanglot qui passe dans ma voix le surprend mais il ne le relève pas. Marcus n’aime pas les pleurnicheurs. Il me surprend à son tour en me prenant dans ses bras.

- Je suis simplement heureux que tu sois en vie.

- Bon, assez pleurniché, raconte-moi ce que j’ai manqué.

Il passe le reste de l’après-midi à me lire le journal sportif. Lorsqu’il attaque les résultats du foot on frappe à la porte. Cain suivi de Tender et Shadow entrent.

- Dieu merci, vous arrivez à temps pour me sauver des résultats du foot, dis-je en souriant.

- J’adore le foot, rétorque Tender.

- Ça ne m’étonne pas, répondis-je en riant.

- On est content que tu ailles bien, me dit Shadow en me serrant dans ses bras.

- Oh vous savez il faut plus qu’un simple accident pour avoir raison de moi.

- Qu’a dit le médecin ? demande Cain.

- Que je pourrais te mettre une raclé sur le ring dans quelques semaines.

Il se met à rire et nous restons à discuter pendant plusieurs minutes. Marcus prend Cain à part mais je n’entends pas ce qu’il lui dit.

- Alors, est-ce que Strike a été sévère avec toi ? me demande Shadow.

- Non, enfin je n’en sais rien. Je ne pense pas que je vais avoir une sanction disciplinaire mais avec lui on ne peut pas savoir. Et toi ?

- Pas grand-chose, me répond-t-il un peu gêné.

- Tu rigole ? intervient Tender. Il a été suspendu pour une durée indéterminée.

- Quoi ? m’écriai-je. Mais tu n’as fait que me sauver la vie. Ça n’est pas juste, j’en parlerai à Strike.

- Non, ça ira, je peux me débrouiller, ajoute-t-il.

- Bon les jeunes, je vous laisse, nous interrompt Marcus. Cha, tu dois te reposer.

- Ouais, on va te laisser aussi, ajoute Shadow.

Marcus m’embrasse sur le front avant de quitter la chambre suivie par Shadow et Tender. Au moment où Cain s’apprête à sortir je l’interpelle.

- Eliot, attend.

Il se retourne et s’approche.

- Je voulais te remercier, dis-je d’une voix un peu gênée.

- Quoi ? Attends, désolé mais je n’ai pas bien entendu. Tu dis merci ?

- Ouais bah profites en parce que ce n’est pas près de se reproduire.

Il rit et s’approche du lit.

- Tu n’as pas à me remercier, je t’ai promis de veiller sur toi et c’est ce que j’ai fait. Même si j’aurai dû empêcher que tu te retrouves ici.

- Eh, non, tu n’y es pour rien, dis-je en lui prenant la main.

Je le regarde en souriant et l’espace d’un instant j’ai l’impression qu’il sera toujours là. Je baisse les yeux en rougissant.

- Bon, je vais te laisser te reposer, ajoute-t-il en quittant ma chambre.



*[...] Passage censuré par l'auteur car comprenant des scènes trop osées.