Roussalka § 2


Magdala Hathor

Publié le 11/07/2020 04:19
Mis à jour le 11/07/2020 04:39

17 mins de lecture

Русалка


 II.    Jour noir


     Le problème avec le printemps c’est que ça fait fondre toute la neige de l’hiver. Et de la neige en hiver, en Sibérie, ben y’en a plutôt beaucoup ihihih. Alors quand ça fond je ne te dis pas toute la boue que ça fait partout. On a parfois du mal a avancer tellement ça colle aux pieds. Mais bon, ça a aussi des avantages. Comme par exemple pouvoir se faire un camouflage en quelques secondes ihihih. Tu plonges dedans et hop, c’est fait, t’es plus blanche et rousse, t’es toute marron ihihih. En plus ça te protège bien des griffures des fourrés et des piqures des moustiques. Sauf que moi, je ne sais pas pourquoi mais ils ne m’ont jamais embêté. Enfin voilà comment je suis « habillée » aujourd’hui : juste de boue des pieds à la tête. D’habitude, dès la venue des beaux jours, je passe tout mon temps à jouer dans la forêt avec mes amis les animaux ou à explorer les environs que je connais déjà  par cœur depuis longtemps. Mais bon, dans la forêt, il y a toujours quelque chose à découvrir alors… Mais ces deux derniers jours, après le retour de papa, on les a passé à tout ranger et à découvrir tout ce qu’il avait ramené du village. Et découvrir surtout les nouveaux livres ihihih. C’est pourquoi aujourd’hui il me tardait tant de repartir à l’aventure pour la journée dans ma chère forêt. Je suis donc partie à l’aventure loin de ma maison ce jour là. En plus j’ai eu envie de revoir mes copains les loups et ils sont généralement aux orées des bois. Ils aiment voir loin tout en restant cachés dans les buissons. Je ne mis pas longtemps à les trouver et on s’est dit bonjour en se faisant pleins de léchouilles comme toujours, ihihih. J’adorais ça moi mais comme j’étais recouverte partout de boue, ben ça leurs a pas donné très envie ihihih. Je comprends ça, lécher de la boue, c’est pas trop top hein ?! Donc ce fut mieux de passer direct à jouer : on s’est poursuivit, on a fait semblant de se bagarrer et ça a fini comme toujours par les grattouilles ihihih. C’est incroyable ce que les animaux aiment ça les grattouilles. Ce que je ne comprends pas c’est qu’ils ne s’en font pas entre eux alors qu’ils aiment tant ça. On dirait qu’il n’y a que moi qui sache faire ça. C’est peut être pour ça qu’ils m’aiment autant alors.

     La matinée était déjà bien avancée et on s’amusait toujours comme des fous quand soudain nous avons ressenti tous quelque chose d’anormal qui nous a fait tous tout arrêter net. Je perçu quelque chose que je ne connaissais pas. Ca me faisait des frissons dans le dos et ça rendit de suite très nerveux mes amis les loups. Et eux je t’assure, il ne vaut mieux pas les énerver hein ?! De la peur ! C’était de la peur qu’on ressentait. De la peur qui venait de loin et qui venait d’une direction précise. Tous les loups regardaient dans la même direction. Mais… c’était la direction de ma maison ça ! Mes parents ! Mes parents avaient peur ! Peur de quoi ? Il fallait que je sache. Je me mis à courir aussi vite que je pu vers ma maison. La meute faisait de même comme si elle partait à l’attaque. Ce fut là que je regrettais de n’être qu’une petite fille. Tu parles qu’un loup ça courait beaucoup plus vite qu’une fillette hein ?! Ils m’eurent vite distancé, et ce d’autant plus que la boue n’arrangeait rien pour pouvoir courir vite.
Pang … pang !
C’était quoi ces bruits ? Je n’avais jamais entendu ça moi. Après un bref arrêt de surprise, je repartis encore plus vite. Du moins j’essayais. Je me rapprochais quand j’entendis le bruit des loups attaquant quelque chose. Des cris aussi ! Mais ce n’était pas les voix de mes parents ça. C’était qui alors ? Des gens étaient chez moi et faisaient peur à mes parents ? Les bruits de bagarre eurent vite cessé. Tout était à nouveau calme et sans peur.  Mais quand j’arrivais exténuée devant ma maison là…

     Je ne sais pas combien de temps je suis restée comme ça paralysée, hébétée, à regarder cette… scène… d’horreur.

     Papa, maman, gisant par terre, mort. Et les loups calmant leurs nerfs en déchiquetant deux corps d’humains pour les manger ensuite. Et ces odeurs ! L’une que je connaissais déjà : celle du sang frais. Et une autre que je n’avais jamais senti, âpre, comme du minéral brulé avec du souffre. Je vomi. Je tremblais. J’étais glacée. Je m’approchai doucement comme un zombie des corps de mes parents. Je tombais à genoux à coté d’eux. Ils avaient l’air détendu avec un air abasourdi. Ils avaient chacun un petit trou sur le front qui n’avait presque pas saigné. C’était ça qui les avait tué ? Comment c’était possible ça ? Je restais là sans bouger, sans même pleurer. Je ne pouvais pas. Je ne sais même pas durant combien de temps. Les loups avaient fini leurs repas. Il ne restait que les os et quelques lambeaux de vêtements éparpillés un peu partout. Je ne savais même pas à quoi ressemblaient ces deux personnes qui avaient fait peurs à mes parents et qui les avaient tué. Je ne savais même pas comment. Il sembla que mes copains les loups décidèrent de rester avec moi. Peu être pour veiller sur moi ou pour me soutenir à leur façon. L’un d’eux vint même me lécher doucement le visage pour me consoler. Mes parents, je ne pouvais pas les laisser comme ça. J’avais déjà vu dans la forêt ce que devenaient des animaux morts. C’était pas beau a voir et encore moins a sentir. Il fallait que je les enterre. Alors je me suis levée, je suis aller chercher une pelle se trouvant contre le mur de ma maison et j’ai commencé a creuser un peu comme un robot, avec la tête vide de tout et le cœur en miette. Le sol étant mouillé de la fonte des neiges, ce ne fut pas trop dur de creuser et je ne suis pas allée très profond. Juste de l’épaisseur du corps de mes parents. De toute façon, en Sibérie, tu ne peux pas creuser très profond car tu butes vite sur le sol gelé toute l’année qui se trouve à quelques dizaines de centimètres dessous, alors… Par contre, les tirer jusque dedans le trou ça, ce fut plus dur. Je ne sais même pas si j’y serais arrivé si  mes amis les loups ne m’avaient pas aidé à les tirer par leurs habits. Je leurs ais fait un dernier bisou à chacun avant de les recouvrir de terre. La nuit tombait quand je finissais tout ça. Je rentrais ensuite machinalement dans ma maison. Les portes étaient ouvertes depuis le début mais je ne m’en apercevais que maintenant. Je les laissais ouvertes. Dedans je vis que tout avait été mit à sac. Tout était par terre, renversé mais je m’en foutais. Je m’allongeais sur le lit de mes parents pour sentir leurs odeurs. Je me mis en boule pour ne plus rien voir et là, enfin, je pleurais.

      Une nuit à pleurer, puis un jour, puis une autre nuit. Les loups étaient toujours là à veiller sur moi. L’un d’entre eux vint même me porter une miche de pain qui se trouvait sur la table et qui avait dû tomber au sol lors du saccage de la maison. Il voulait que je mange. Que je revive. C’était possible après tout ça ? C’était incroyable ce que les yeux d’un loup pouvaient donner comme amour quand il vous regardait dans les yeux en penchant sa tête de coté et en poussant de tout petits gémissements. L’amour ! Oui il y avait encore de l’amour partout autour de moi malgré ce drame. Mes amis les loups étaient là pour me le dire. Pour me dire que même si mes parents étaient partis, la forêt avec tout ces habitants étaient encore là bien vivant, avec de l’amour bouillonnant partout. Et puis mes parents étaient ils vraiment partis ? Non, je les sentais encore autour de moi. Je sentais leur amour même si il n’y avait plus leurs corps. Il y avait leurs âmes.
- Merciiiiiiii dieu !
Cet amour que je ressentais partout autour de moi me remplit soudain à nouveau de vie. Il fallait que je réagisse. Je commençais a avoir faim moi, et surtout très soif. Je me mis à boire et à manger goulument. Mmmmmmm, que c’était bon de revivre. Les loups virent bien que j’allais mieux. Ils en furent heureux. Après avoir un peu fêté mon retour à le vie en remuant leurs queues et en recommençant à jouer entre eux, ils me quittèrent rassurés sur mon état.

     N’empêche que je me retrouvais quand même toute seule moi. Je n’avais jamais vécue sans mes parents. Les amis de la forêt ils étaient bien pour s’amuser mais pour vivre tous les jours, quand on était une fille de six ou sept ans toute seule, on faisait comment ? Et ben… on se débrouillait. Il y avait les réserves de la maison. Elles étaient prévues pour un an et pour trois personnes dont deux adultes. Alors pour moi toute seule, même si je mangeais comme un ogre, ça laissait largement le temps de voir venir. En plus, je savais poser des collets, dépecer les lapins et les oiseaux que je pouvais attraper. J’avais souvent vu maman faire et je l’avais même aidé parfois. J’avais déjà aussi péché avec papa. Et puis je savais trouver de la nourriture dans la forêt, je faisais ça tout le temps quand je passais mes journées à m’amuser dehors. Finalement je crois que passer ma vie ici n’allait pas être si mal même si l’absence de papa et maman, la solitude, allait surement me rendre nostalgique, peut être même mélancolique, des moments où ils étaient encore auprès de moi.

     En attendant j’avais du travail moi. D’abord remettre de l’ordre dans la maison. Mais pourquoi ces gens avaient ils tout saccagé dans la maison. On aurait dit qu’ils cherchaient quelque chose, mais quoi ? Y’avait rien d’important dans ma maison, même pas de trésor ou d’argent. Je le savais bien moi, je la connaissais par cœur. Alors ? Mystère ! Ranger ma maison me pris toute une journée. Ca m’épuisa aussi mais ça c’était plutôt bien. Ca me permettait de me défouler et j’en avais besoin. La preuve : je dormi vraiment pour la première fois depuis la tragédie dans la nuit qui suivit. Maintenant je pouvais m’attaquer au dehors. En commençant par virer loin de chez moi les ossements de ces deux individus venus faire tant de mal ici. Après plusieurs jours passés à l’air libre, les restes avaient vraiment été bien nettoyés par la nature. Ce fut des os propres que je ramassais dans un panier pour aller les jeter dans le fleuve. Parmi ces restes je trouvais bien sûr des morceaux de vêtements, des ceintures en cuir avec leurs boucles de métal, mais aussi de l’argent et des papiers d’identités qui ne me disaient rien dans deux portefeuilles marqués par les crocs de mes amis. Et puis je trouvais également des objets bizarres. D’abord ces deux humains avaient chacun petit miroir rectangulaire. Mais ces miroirs avaient une glace noire. Je trouvais ça complétement idiot car on ne s’y voyait vraiment pas bien dedans. De plus ils avaient été très abimés lors de l’attaque. Ils rejoignirent donc les ossements au fond du fleuve. Ensuite il y avait également deux autres objets qui m’étaient totalement inconnu. Tout deux identiques, avec la même odeur que je ne connaissais pas. C’était de ces trucs là qu’étaient venus ces relents si mauvais de minéral brulé. C’était comme si il y avait eu le feu dedans mais ces machins là étaient en métal, pas en pierre, alors comment expliquer cette odeur ? En plus y’avait une partie qui bougeait en glissant sur une autre et puis une autre qui semblait s’enfoncer dedans quand on appuyait dess…
Bang ! Clang !
Oktiiiii ! Qu’est ce que c’était que cet engin ? Le bruit assourdissant et la secousse brutale qu’il avait fait m’avaient fait le lâcher très vite. Et ça puait comme quand j’étais arrivée juste après l’horreur. Et c’était quoi ce clang que je venais entendre aussi ? Ca venait de la maison. Tiens mais y’avait un petit trou dans la vitre de la fenêtre. Il n’y était pas y’a deux minutes. C’était cet engin qui faisait des trous. Des trous… comme sur le front de mes parents.

     Aaaaaaaarrrrgh ! Là, je me suis mise a haïr ces engins comme je ne savais pas que je pouvais haïr ! D’ailleurs je ne savais pas que je pouvais haïr du tout encore. Ca ne m’était encore jamais arrivé. Je suis devenue folle. J’ai pris la pelle qui était non loin et j’ai tapé dessus de toute mes forces en hurlant des cries de rage. Je pense que toute la forêt a été au courant que je me défoulais là. Je ne me suis arrêtée de frapper que par épuisement, longtemps après et en pleurs. Je me sentie vidée comme jamais. Et il ne restait presque plus rien de ces deux objets maudits. Quelques morceaux de métal, dont certains écrasés, et tous profondément enfoncés dans la terre. Je n’y toucherais plus jamais à ces trucs là. C’était trop mauvais. Je finie de les enterrer en posant de la terre par dessus avec mon pied et en tassant bien pour être sûre de ne plus jamais les revoir. Et la pelle, il n’en restait pas grand chose non plus ihihih. Pauvre pelle ! Qu’est ce qu’elle avait prit là ? Le métal était tordu et même fendu, le manche cassé en deux. Elle ne méritait vraiment pas ça elle ihihih. Tiens, c’était la première fois que je me mettais a sourire depuis…

     Je ne croyais pas que le fait de me sentir seule soit si douloureux. Bien sûr je continuais à vivre mais j’avais comme l’impression de porter en moi comme un grand vide. Un grand vide pesant des tonnes et dont je n’arrivais pas à me défaire. Je n’avais plus trop le gout à jouer. Hormis les tâches ménagères habituelles je ne passais plus mes journées qu’à me balader mélancoliquement dans la forêt. Bien sûr je rencontrais encore mes amis les animaux mais même s’ils avaient envie de jouer avec moi, ils comprenaient très vite que je n’étais pas vraiment d’humeur. Alors ils me laissaient tranquille ou m’accompagnaient un moment juste comme pour me dire je n’étais pas seule. Je les en remerciais mais cela ne changeait rien à mon état. Ce fut en me promenant ainsi le long du fleuve que je découvris une embarcation que je ne connaissais pas. Elle était étrange car elle n’était pas en  bois mais en un matériau vert que je ne connaissais pas et qui semblait sonner creux. Il ne m’a fallu longtemps pour comprendre que c’était avec celle ci que les deux hommes venus faire tant de mal chez moi étaient arrivé ici. Je l’ai fouillé par curiosité mais à part de la nourriture un peu bizarre, toute séchée dans des emballages étranges, je n’y trouvais pratiquement que du matériel dont je ne comprenais même pas la fonction ou son utilité. Même les vêtements étaient d’un tissu que je n’avais jamais vu. Je me suis demandé un moment si ce n’était pas en fait des extraterrestres ou un truc dans le genre. Par précaution, j’ai préféré ne rien prendre de tout cela. J’y ai mis le feu à l’embarcation avant de la libérer pour qu’elle aille se consumer à la dérive et loin de moi sur le fleuve. Et je crois que j’ai bien fait parce que même l’odeur de ce feu puait. Je ne sais pas pourquoi mais il semblait que beaucoup de chose puent dans le monde d’où ces gens venaient quand on y mettait le feu. Alors que normalement, un feu de bois par exemple, ça sentait super bon. Ca ne me donnait pas vraiment envie de connaître ce monde où beaucoup de chose puait ainsi. Je ne savais pourquoi, mais cela me consola un peu d’être seule dans ma forêt que j’aimais tant et où je n’avais que des amis. Mais tout cela ne répondait pas aux questions qui me taraudaient encore l’esprit : pourquoi ces gens étaient ils venus ici ? Qu’est ce qu’ils cherchaient en fouillant ma maison et qu’ils n’avaient manifestement pas trouvé ? Est ce que c’était le fait d’être bredouille dans leur recherche qui les avait mit en rage au point d’en tuer mes parents ? Qu’est ce qui pouvait être si inestimable que cela dépassait la valeur de la vie de mon papa et de ma maman ? Il n’y avait rien de plus précieux que la vie d’un être vivant pourtant, non ?





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