Roussalka § 3


Magdala Hathor

Publié le 15/07/2020 04:55

11 mins de lecture

Русалка


III.    La vie continue


     La vie continua malgré tout. Finalement je m’adaptais bien à ma solitude. Solitude qui n’était d’ailleurs que relative vu que j’avais énormément d’amis dans cette forêt. D’ailleurs c’était la forêt dans son ensemble qui était mon ami. Je recommençais même à m’amuser avec tous même si c’était beaucoup moins qu’avant car maintenant je devais faire seule ce que mes parents faisaient à deux pour que nous puissions vivre ici. Trouver à manger, fumer, saler ou mettre en pot une partie de mes récoltes pour l’hiver comme j’avais vu faire mes parents. Bien sûr, au début, il y eu quelques ratés ihihih. Mais j’appris vite et je trouvais même ça plutôt amusant à faire. Par contre, le truc qui était pour moi une véritable corvée c’était de couper du bois pour le feu de tout les jours mais surtout pour pouvoir passer l’hiver au chaud. Grrrr, je détestais ça ! Enfin bon, je n’avais pas trop le choix. Tout comme il me fallait tuer quelques animaux et couper des végétaux pour me nourrir, il me fallait bien aussi abattre quelques arbres pour ne pas mourir de froid en hiver non ? Chaque fois que j’ôtais la vie à un être, qu’il soit animal ou végétal, je ne pouvais m’empêcher de prier pour lui en lui demandant pardon et en le remerciant de ce que son sacrifice m’offrait comme espérance de vie. Ca pouvait paraître puéril et même idiot au point que parfois j’en venais à me moquer de moi même mais en même temps je sentais que c’était important sans que je comprenne bien pourquoi. Alors je continuais à le faire. Tout comme il ne se passait pas un seul jour sans que je repensasse à mes parents. Et comment pouvais je les oublier ? D’autant plus que leurs tombes se trouvaient juste a coté de ma maison. A ce sujet, la nature me fit un cadeau qui me rendit folle de joie : il se mit a pousser sur leurs tombes un tapis de superbes fleurs violettes qui embaumait merveilleusement. Rien que de voir ces fleurs ou de sentir leur parfum ne me mettait en joie.

     Je redoutais quand même l’arrivée de mon premier hiver en solitaire. Passer six mois enfermée toute seule dans ma maison, même avec les livres de papa, c’était une idée qui ne m’enchantait pas plus que ça. Mais c’était sans compter sur la bienveillance de mère nature, du hasard ou de dieu, appelles ça comme tu veux ihihih. Alors qu’il commençait déjà à neiger et que je ne sortais plus que très rarement je me suis retrouvé face à face avec une jeune ourse que je n’avais encore jamais vu. Normalement, à cette époque, les ours avaient déjà tous trouvé un abri où hiverner. Ce ne semblait manifestement pas être le cas pour celle là et elle était donc condamnée à mourir de froid plus ou moins rapidement si elle restait comme ça. D’autant plus qu’elle n’était pas bien grosse. Elle n’avait pas pu faire suffisamment de réserves pour passer l’hiver. Alors je l’ai invité chez moi ihihih. J’ai vu de suite qu’elle appréciait le confort de ma maison et surtout la chaleur du poêle. Après avoir fait le tour du propriétaire, ce qui fut vite fait, elle s’arrêta longuement pour renifler mes réserves de nourriture. Heureusement que tout cela était bien enfermé dans des caisses et tonneaux en bois bien clos parce que sinon je crois qu’elle se serait bien taper un méga gueuleton ihihih. Mais je mis de suite les choses au clair : défense d’y toucher ! C’était moi qui distribuerait la nourriture et pas elle qui pourrait aller se servir comme elle le voulait. Elle sembla le comprendre rapidement. Du coup elle alla s’installer… sur le lit de mes parents (soupir) pour dormir. Remarques il lui fallait bien un lit à deux places pour elle hein ?! Et puis moi j’avais mon lit à moi alors autant qu’elle en profite, non ?

     Ce fut comme ça que je passais mon premier hiver, pas si seule que je ne le craignais. Ma nouvelle amie passa la majeure partie de son temps à dormir même si elle se réveillait à chaque fois que j’allais fouiller dans les stocks de subsistance. Pendant ce temps, moi, je plongeais dans les livres et même si je les avais déjà tous lu je ne m’en lassais pas. Au point de finir par les connaître quasiment tous par cœur. Quand ma colocataire n’avait pas sommeil, on jouait ensemble. Et bien sûr, s’en était encore une qui adorait les grattouilles sur le ventre ihihih. Je te jure, ces animaux, on dirait qu’ils ne connaissaient que ça comme passion ihihih. J’ai bien un moment essayé de lui donner gout à la lecture en la lui faisant à haute voix mais elle avait le don de me faire taire net en me balançant en plein visage une grosse léchouille bien baveuse dont elle avait le secret et sans crier gare, ihihih. Mais étant particulièrement têtue de nature (si si !) j’évitais ce problème en me posant sur son dos pour lui lire du Dostoïevski, du Jules Verne ou même des évangiles en grecs ancien tout en étant certaines ainsi de ne pas être victime d’un ravalement de façade intempestif. Mais bon, il était clair qu’elle préférait les grattouilles aux histoires, qu’elles soient petites ou faisant partie de la grande. Mais il avait quelque chose qui me turlupinais. Même si elle ne bougeait pas beaucoup et qu’elle mangeait normalement, ma copine grossissait. Vu ce que je ne lui donnais pas beaucoup à manger elle aurait dû plutôt maigrir pendant son hibernation comme c’était le cas pour tout les ours. Je ne compris pas cela jusqu’à qu’un beau matin, à mon réveil, je découvris que nous étions maintenant trois dans ma maison. Oktiiiiii ! La cachotière ! Elle ne m’avait pas dit qu’elle était enceinte ihihih. Ben ça faisait un copain de plus avec qui jouer ça ! En plus il était trop mimi. Du coup, cette arrivée inattendue a fit passer la fin de l’hiver plus vite. Ce fut presque à regret que je les vis partir de chez moi quand les beaux jours revinrent. Mais bon, je savais bien qu’on se reverrait et peut être même souvent pour peu qu’elle décida de s’installer dans le secteur. Et ce fut ce qui se passa. Maintenant qu’elle connaissait mon adresse, tu parles qu’elle ne manquait pas une occasion de revenir me voir, ne serait ce que pour tenter de me piquer à manger. Mais bon, je n’étais pas cruche au point de laisser mes portes ouvertes quand je partais quand même, hein ?!

     Ce fut donc comme ça que se passèrent les trois années qui succédèrent au drame de ma petite vie. Les beaux jours à préparer l’hiver mais aussi à jouer dans cette forêt que j’aimais tant avec tous mes amis ou à me promener en rêvant seule au milieu de toute cette vie que qui m’était si chère. La peine de la perte de mes parents se transforma petit à petit en une sorte de souvenir mélancolique qui fini même par m’être douce, voir agréable et parfois réconfortante. Et les hivers je retrouvais pour 6 mois ma copine et son fiston qui grossissait bien aussi, ihihih. A chaque début d’hiver, quand ils arrivaient, je ne pouvais m’empêcher de me demander si nous serions le même nombre à la sortie de l’hibernation qu’à l’entrée. A tel point que je songeais un moment poser un panneau avec marqué auberge ou alors maternité dessus à l’entrée de ma maison ihihih. Mais bon, finalement, n’arrivant pas à me décider entre l’auberge et la maternité, je laissai vite tomber cette idée. En plus, mon amie sue être raisonnable les deux années suivantes, ce qui fit que nous ne restâmes que trois dans ma datcha. Tant mieux, c’était vraiment préférable pour la survie de mes réserves ça.

     Je crois que j’aurais pu passer tout le reste de ma vie comme ça. Sauf que la vie n’est pas comme ça. C’était la fin du printemps et il faisait chaud. Il n’avait pas plu depuis un moment déjà mais cela ne m’inquiétait pas. D’ailleurs y’a t’il quelque chose qui puisse m’inquiéter à moi ? Euh… ben non, désolée, je ne vois pas ihihih. En attendant, l’atmosphère était lourde. L’orage arrivait et il commença à se déclencher au soir. J’aimais bien l’odeur de l’orage et le feu d’artifice qu’il faisait dans le ciel. Mais bon, après ce joli spectacle j’allais me coucher. Au matin il régnait une atmosphère bizarre. La forêt était étrangement silencieuse. Et il y avait comme une odeur… une odeur de feu de bois. Pourtant mon poêle était éteint. Je sortis pour voir ce qui ce passait et là je compris très vite. Au loin je vis un grand panache de fumée noire ainsi que des lueurs rouge à sa base. Un incendie de forêt ! La forêt était en flamme. Je regardais d’où venait le vent. Il venait de vers l’incendie. Autrement dit, il poussait les flammes droit sur ma maison, droit sur moi. Il fallait que je file de là et vite moi si je ne voulais pas finir grillée. Je rentrais dans ma maison, pris un drap et le remplis rapidement de quelques affaires indispensables ainsi que de nourriture puis je m’en fis un baluchon que je me mis en bandoulière sur le dos et que je m’attachais par devant. Comme d’habitude, j’étais nue. Depuis que maman n’était plus là pour me le reprocher je ne me mettais que très rarement des habits. Franchement, pourquoi faire, hein ?! Je partis ainsi sans me retourner vers la barque de mon papa. Avec elle je traversais le fleuve puis après l’avoir attaché sur l’autre rive je me posais là. Je regardais l’incendie arriver et dévorer tout de l’autre coté du fleuve. Ma maison avait déjà dû y passer en cet instant. Bon, vivre à la belle étoile pendant les beaux jours ce n’était pas un problème même si les nuits étaient fraiches. Je n’étais pas frileuse moi. Mais pour l’hiver prochain, j’allais faire comment ? Parce que même si je ne craignais pas le froid, les moins cinquante, surtout si il y avait du vent, et ben même les ours avaient du mal à le supporter hein ?! Il fallait donc que je trouve un abri avant que l’hiver et son froid n’arrivent. Et un abri avec de quoi manger pour tout l’hiver en plus. Ce n’était pas gagné ça. Bah, qui vivra verra ! Et si cela devait arriver que je ne puisse pas le voir, ça aurait juste signifié que j’en fus morte et puis c’est tout. Au moins comme ça j’aurai retrouvé mes parents. Donc il était inutile de se poser trop de questions qui ne servaient à rien, il fallait juste que je me mette en route. Mais par où aller ? Ben tiens pourquoi pas par là ? De toute façon quelle importance ? Je partais donc un peu au hasard.





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