3-/ Faisons la fête


John Lucas

Publié le 31/07/2020 15:03
Mis à jour le 27/10/2020 10:56

5 mins de lecture

 La fête bat son plein dans la grande maison. Alors que certains discutent en toute tranquillité un verre à la main dans le salon, d'autres se consacrent déjà à des jeux à boire dans la cuisine. Une partie de caps par-ci, un jeu de cartes par-là, égaient les invités. Enzo, lui, se démène pour discuter avec chaque groupe. Il garde, tout de même, un œil sur les trois caïds, en permanence. Il croit dur comme fer qu'au moins l'un d'eux va perturber la soirée, d'autant plus que Nathan semble déjà bien éméché.

  Voilà justement un grand brun ténébreux, au style un peu gothique, qui s'invite dans leur trio. Les invités chuchotent, personne ne semble le connaître.

  — Bonsoir, messieurs ! Laissez-moi vous conter la légende urbaine des disparus du Cap d'Arme.

  — Eh, mec, tout le monde s'en fout de ton histoire, l'apostrophe Emma, au loin.

  — Ne faites pas attention à cette petite écervelée. Elle réclame juste de l'attention.

  — Fais gaffe à ce que tu dis, enfoiré, s'énerve déjà Adam, agrippant son vis-à-vis par le col. Elle a raison, tes conneries, tout le monde s'en branle.

  Enzo bondit de sa chaise. Il essaie, tant bien que mal au vu de son frêle gabarit, de les séparer.

  — Steuplé, Adam, pas de bagarre. En plus, tu sais que ma cousine déteste ça.

  Il a visé juste. Le colosse relâche son étreinte.

  — Tu as de la chance. Je n'ai pas envie de gâcher mes chances pour un connard dans ton genre. Maintenant, dégage !

  — Avec plaisir, puisque tout le monde semble ignorer que des jeunes ont mystérieusement disparus dans la région il y a tout juste vingt ans.

  À ces mots, un frisson parcourt le corps du propriétaire des lieux.

  L'étrange garçon s’apprête à sortir. Juste avant de franchir la porte, il ajoute, le regard noir, pointé vers le groupe :

  — J'espère que vous subirez le même sort que ces malheureux, bande de mécréants.

  C'en est trop. Le grand gaillard se dispose à en découdre. Ses amis sont obligés de seconder Enzo pour le retenir.

  — Laisse tomber. Va plutôt parler à Emma. Elle te verra peut-être comme le prince charmant, qui a volé au secours de la belle, dit Léo.

  — T'as raison, mec. Nathan, regarde un peu comment on emballe une meuf.

  Il s'éloigne et accoste la jeune fille de manière un peu gauche. Le rondouillard, pas très intéressé par les techniques de drague de son camarade, se retourne vers la table pour reprendre sa bière. Cela constitue son échappatoire face à son problème de timidité avec le sexe opposé.

  — Merde, ma bière. C'est bizarre, je suis certain de l'avoir laissée là. Au fait, c'était qui ce type chelou ? Je savais que tu traînais avec des mecs bizarres, mais là, il atteint des sommets, lui.

  — Bah en fait, je ne le connais pas. Au début, je pensais que c'était vous qui l'aviez invité. J'ai bien compris que ce n'est pas le cas. L'essentiel, c'est qu'il soit parti. Allez, suis-moi dans la cuisine, je vais te refiler une binouze puisque la tienne a mystérieusement disparu. C'est peut-être l'autre type qui l'a fait disparaître. Ou alors tu es juste trop saoul pour te rappeler que tu l'avais déjà terminée et balancée à la poubelle.

  — Vas-y, c'est bon. Je suis peut-être un peu bourré mais je ne suis pas encore débile. Et l'autre type était assez flippant comme ça, pas besoin d'en rajouter une couche.

  Nathan suit Enzo dans le hall qui mène à la cuisine. Son regard se pose sur une photo, posée sur la commande, dans l'entrée. Il s'en saisit et demande :

  — Je ne savais pas que tu avais un frère.

  — Normal. Il est porté disparu depuis dix ans. Personne, ou presque, n'est au courant. Nous sommes arrivés à Porquerolles il y a huit ans et mes parents, qui ont déménagé pour faire leur deuil, n'en parlent jamais. D'ailleurs, si tu peux garder le secret, ça m’arrangerait.

  — Ouais, t'inquiètes, je ne suis pas comme les deux autres. Je traîne juste avec eux car on se connait depuis tout petit. Je comprends pourquoi tu semblais contrarié quand Monsieur Légende Urbaine a dit des trucs étranges, tout à l'heure. D'ailleurs, tu ne trouves pas qu'il ressemblait un peu à ton...

 Furieux, Adam déboule du salon et bouscule le jeune corpulent, qui en laisse tomber le cadre. L'adolescent chétif ne peut que constater les dégâts. Le verre est brisé en mille morceaux. Il entre alors dans une rage folle, à la manière de Bruce Banner se transformant en Hulk.

 — Putain, mais c'est pas vrai ! Que tout le monde dégage ! hurle-t-il.

 Il ouvre la porte et jette Nathan à l'extérieur de la maison. Puis, vient le tour d'Adam, trop surpris pour réussir à maîtriser la colère subite d'Enzo.

 — Et toi, je ne veux plus jamais te voir chez moi.

 Le reste des invités, interloqués par la scène, quitte aussi la demeure. Fin de la soirée.

 Les trois caïds ne l'avaient jamais vu comme ça, même au temps où il faisait encore le dur et traînait avec eux.





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