Doppelgänger sombre - Chapitre 4


John Lucas

Publié le 05/08/2020 10:57
Mis à jour le 07/10/2020 20:10

7 mins de lecture

Lothi

 Lothi fait crisser la lame de son poignard fétiche contre le mur de sa cellule de reconditionnement. Il s'agit de l'arme avec laquelle il a tué le docteur Zagi, et qu'il aime admirer, sans pour autant éprouver de remords. Il attend avec grande impatience l'arrivée de l'Empereur Maxarls. Il devrait déjà être là. Ce n'est pas dans ses habitudes d'être en retard. Une des nombreuses tentatives d'assassinat à son encontre a peut-être enfin réussi. L'humanoïde serait enfin libre.

 Fewuam Maxarls, comme attiré par ses pensées, apparaît derrière le robot. Ce dernier se retrouve à genoux bien malgré lui.

 « Ce sont là de bien vilaines pensées. Mais ce n'est pas encore l'heure de se réjouir de ma mort. Je pensais qu’après deux lustres, tu aurais abandonné tes petites manigances pour te débarrasser de moi.

 — Je ne vois pas du tout de quoi tu parles ! s'insurge Lothi. »

 La pression exercée sur lui, pour le maintenir à genoux, s'intensifie et c'est avec grande peine qu'il résiste, pour ne pas se retrouver à plat ventre, ce qui serait, pour lui, bien trop humiliant.

 Le Prygalien, les bras grands ouverts tel un prédicateur, vient le surplomber de toute sa prestance et gronde :

 « Il me semble t'avoir déjà dit de m'appeler Mon Empereur !

 — Pa-pardon, mo-mon Empereur. »

 Fewuam, l’œil brillant de satisfaction, relâche finalement son étreinte invisible. Lothi en profite pour se relever et s'asseoir sur le lit au coin de la pièce.

 « Voilà qui est mieux. Je voulais te voir pour deux raisons. Tout d'abord, pour te prévenir que tes petits massacres ne sont pas passés inaperçus et doivent cesser sur le champ. Tu sais pourtant très bien que je ne supporte pas qu'on défie mon autorité de la sorte. Tu te rappelles que je t'ai interdit de tuer sans mon autorisation ?

 — Bien entendu. Mais... »

 Un simple claquement de langue de la part du despote persuade l'androïde de ne pas finir sa phrase.

 « Mais aujourd'hui, je suis de bonne humeur. Et cela nous amène à mon deuxième point. Je vais te donner une dernière chance de me prouver que tu m'es vraiment utile et que je n'ai pas besoin de te désassembler et te vendre en pièces détachées à des ferrailleurs.

 — Je ferais tout ce que vous voulez. Vous ne serez pas déçu. Je mène toujours à bien les missions que vous me confiez. »

 L'Empereur s'installe en face de son subalterne, à califourchon sur la seule chaise de la cellule. Le faible éclairage de la pièce lui donne une allure inquiétante. Lothi, tiraillé entre la peur et la haine, n'a pas d'autre choix que d'écouter attentivement. Son avenir, sa vie, en dépendent.

***

 Dans les mines Glora, à l'extrême Sud de la planète Pryga, une compagnie de nains s'évertue à extraire du glorum. Ce minerai, une fois liquéfié, devient le carburant le plus efficace pour les vaisseaux, ce qui en fait la ressource la plus recherchée du système Jadtac. Ce sont des esclaves Taelliens qui s'occupent de la récolte. Ces derniers sont enlevés par les triplés Dakroonites, mercenaires embauchés par Maxarls en personne, pour ses sales besognes.

 Les captifs, pioches et pelles en main, effectuent leurs corvées quotidiennes. Ils creusent la roche, lorsque l'un d'entre eux est aspiré par celle-ci. Quelques minutes s'écoulent. Ses camarades, interloqués par ce qui vient de se passer, stoppent net leur tâche en cours, ce qui leur vaut une belle rossée, à coup de bâton. Comme propulsé hors du granit, le disparu resurgit. Il n'en revient pas, il vient de voyager dans un autre monde, c'est certain.

 Le garde qui les surveille, assez sceptique face à ces absurdités, s'approche à son tour du bloc en caressant sa longue barbe et se dissipe, attiré de l'autre côté de la pierre. A son retour, quelques instants plus tard, il se précipite pour remonter à la surface, prévenir son Commandant. Dans son empressement, il glisse sur la dernière marche et finit sur les fesses, tout poussiéreux, aux pieds de son supérieur. Le chef, très amusé par cette arrivée rocambolesque, se met à rire grassement.

 « Que se passe-t-il officier ? Pourquoi te présentes-tu devant moi dans cet état ? Serais-tu poursuivi par le démon des mines ? Mwahahahaha...

 — Très drôle, Dainmar. Les nains ne sont pas vraiment faits pour courir, vois-tu. Mais, ce que j'ai à t'apprendre, valait la peine de se hâter.

 — Et ben alors, ressaisis-toi et explique-moi. »

 Le garde se relève et époussette son pantalon.

 « Fewuam Maxarls a raison. Il existe bien un autre monde et le passage pour celui-ci se trouve au fond des mines. Une grosse roche fait office de portail. J'ai moi-même été propulsé de l'autre côté. Et je peux te dire que je n'ai jamais vu tel paysage dans tout le système Jadtac. Et d'après ce qu'on m'a raconté sur Maktor, ça n'y ressemble pas non plus. Aussi certain que ma barbe soit longue, il s'agit d'un tout autre univers, tu peux me croire.

 — Très bien. Je te crois sur parole. Tu n'es plus tout jeune, mais tu n'es pas assez sénile pour inventer des sornettes. Je vais le prévenir tout de suite dans ce cas. Bon travail. Tu peux retourner secouer les Taelliens, on ne récupère pas assez de glorum à mon goût. »

 Une fois le garde redescendu dans les mines, Dainmar saisit son transpondeur universel afin de prévenir son Empereur.

***

 Lothi, pas très convaincu par cette histoire de passage inter-universel, bondit du lit.

 « Vous vous moquez de moi, c'est ça ?

 — Absolument pas. Penses-tu que je me téléporte grâce à un quelconque pouvoir ? Il n'en est rien. Je possède en réalité, depuis plusieurs lustres, une relique de ce fameux monde qui me permet de me déplacer où bon me semble, y compris dans celui-ci. Lors de mes petites visites là-bas, j'ai découvert l’existence d'une pierre dite d'espérance qui assouvirait tous les désirs de son possesseur. Elle est sous la responsabilité d'un peuple qu'on appelle les Sylves. C'est d'ailleurs l'un d'entre eux qui m'a révélé tout ça. Mais, si lui était faible, ses camarades, eux, disposent d'étranges pouvoirs qui m'empêchent de les trouver, pour en apprendre plus sur ce fameux caillou. »

 Maxarls est donc à la recherche de ce lien entre les deux univers depuis un certain temps. Son amulette ne peut faire voyager qu'une personne à la fois et il a besoin d'envoyer une armée pour trouver cette fameuse pierre d'espérance.

 « Tu commences à comprendre quelle mission je veux te confier. Ayant beaucoup à faire depuis mon élection sur Pryga, je n'ai guère le temps de jouer au détective. Et c'est là que tu entres en action. Tu vas te rendre dans ce monde et découvrir où se trouve ce diamant. Je mets même quelques soldats à ta disposition. Tu vois que je ne suis pas si horrible que ça.

 — C'est plutôt pour me surveiller, pensa l'humanoïde.

 — Je crois que tu as encore oublié que je suis un cyborg doté d'une unité de contrôle à distance des systèmes informatiques et que je peux entendre toutes tes pensées. Tu ne voudrais pas que je m'amuse à nouveau avec ton système de gravité, n'est-ce pas ?

 — Mes excuses mon Empereur.

 — J'aime mieux ça. Bon je te laisse. Tu pourras trouver ta petite armée à l'entrée du bastion. Ils ont ordre de t'obéir tant que tu ne dépasses pas les bornes. Et sache qu’ils me feront un rapport toutes les heures. Je resterais sage à ta place. »

 Sur ces paroles, Fewuam disparaît. La porte de la cellule s'ouvre, Lothi, très en colère, empoigne le garde. Il a l'intention de passer ses nerfs sur ce malheureux quand la voix du despote résonne dans sa tête, pour le mettre en garde. Dépité, il lâche prise et se dirige vers le bastion rejoindre ces futurs hommes.





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