4-/ Fin de soirée


John Lucas

Publié le 08/08/2020 12:57
Mis à jour le 27/10/2020 10:57

4 mins de lecture

 Une drôle d'ambiance règne devant la maison d'Enzo. L'orage grondant en début de soirée s'est apaisé de manière proportionnelle à la montée en tension du jeune homme. Les invités regagnent leurs voitures et échangent à propos de ce qui vient de se passer. Tout le monde s'avère d'accord sur un point : tout est de la faute de ces trois délinquants. Ceux-ci s'éloignent du groupe, l'air renfrogné.

 — Pourquoi les a-t-il invités ? demande un grand mince aux mêmes lunettes rondes que Harry Potter.

 — Ce sont les premiers potes qu'il s'est fait en arrivant à Porquerolles, répondit Emma. Vous savez, avant d'être le geek que vous connaissez, il jouait plutôt les racailles, quand il était au collège. Adam était, à ce moment, comme un frère de remplacement pour lui. Puis, au lycée, il a mûri et s'est calmé, alors que les autres sont devenus de plus en plus voyous.

 — Quoi, un frère de remplacement ? Et ça ne nous dit toujours pas pourquoi il les a conviés à sa soirée.

 Emma, embarrassée par sa petite bourde, referme la portière du jeune homme de façon hâtive et reprend par la vitre ouverte :

 — Connaissant Adam, il a dû s'inviter de lui-même, avec ses deux acolytes, sachant très bien que mon cousin n'oserait pas refuser. Bon, les gars, allez-y avant qu'Enzo ne ressorte encore plus énervé.

 De son côté, la jeune fille, qui n'habite qu'à deux rues, décide de repartir à pied. Elle a fait cette route si souvent...

 — Putain, mais qu'est-ce qu'il lui est arrivé au gringalet ? demande Léo.

 — Ta gueule ! Tu ne sais pas ce que représente ce cadre pour lui, répond Adam d'un ton sec. Et toi, gros lard, pourquoi tu l'as lâché ?

 — Euh, c'est toi qui m'as bousculé, je te signale.

 — Si t'avais pas été bourré, tu ne l'aurais pas fait tomber, abruti.

 — Calme-toi, Adam, ne t'en prends pas à Nathan comme ça. Ce n'est pas sa faute si Enzo est taré.

 — Ne parle pas de lui comme ça ! Même s'il ne traîne plus avec nous, il reste mon meilleur pote, loin devant vous.

 — Laisse, Léo. Adam n'a pas totalement tort, reprend le rondouillard. Je suis bourré et au vu de ce qu'Enzo m'a raconté à propos de cette photo, il a toutes les raisons du monde de péter un plomb.

 — Fous-moi la paix ! hurle une voix féminine.

 Au coin de la rue, le gothique aux légendes urbaines entoure le cou d'Emma de son bras tatoué. Celle-ci essaie de le repousser mais le garçon parvient à l’entraîner avec lui dans une ruelle en cul-de-sac.

 — Putain ! Cette fois, je me le fais cet enfoiré. Allez, venez vite, les gars !

 Adam se met à courir, suivi de près par Léo. Nathan, gêné par sa corpulence, a plus de mal à suivre. Il voit ses deux camarades obliquer vers la petite impasse qui s'avère, à leur grand étonnement, déserte.

 — Et merde, ils sont où ? demande Léo.

 — Il l'a certainement emmenée dans le bois. C'est la seule échappatoire possible. Aide Nathan à passer par-dessus la barrière et rejoignez-moi. Tu entendras les cris de douleur de l'autre cinglé.

 Nathan arrive enfin, s'appuie sur la barrière et vomit.

 — Eh, c'est pas le moment, mec ! Vite, passe au-dessus. Si Adam tombe sur le type sans nous, il va en faire de la charpie.

 Le plus sobre fait la courte échelle à l'autre et escalade à son tour. Les voilà dans le bois à la recherche de leur acolyte.

 Dans la maison, Enzo ne décolère pas lorsque quelqu'un frappe quelques coups timides à la porte. C'est Tom. Ah, oui, c'est vrai, il devait dormir sur place.

 — Excuse-moi, dit celui-ci tout penaud. Mais est-ce que je peux quand même rester ici ? Je file direct dans la chambre. Ça sera comme si je n'étais pas là.

 — Ouais, O.K., vas-y. Désolé, j'avais oublié. Et t'inquiète, tu n'y peux rien, toi. Pis bon, je ne vais pas te laisser passer la nuit dehors.

 — Merci.

 L'invité monte les escaliers quatre à quatre avant que son hôte ne change d'avis. Ce dernier, occupé à chercher du regard les fauteurs de troubles par la fenêtre, ne voit pas la lumière de la chambre d'ami s'éteindre seule et la porte se refermer d'un claquement léger sur son camarade, le teint blafard et les bras croisés devant son visage, comme pour se protéger.

 Enzo rejoint l'étage à son tour et fait un rapide passage par la salle de bain, sans prendre le soin d'allumer la lumière. Si bien qu'il ne distingue pas le mot, écrit en lettres de sang, sur le miroir : GABRIEL.





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