Doppelgänger sombre - Chapitre 5


John Lucas

Publié le 12/08/2020 10:23
Mis à jour le 07/10/2020 20:10

7 mins de lecture

Sian-ve

    Pai fait les cent pas sur la place de la cité, dont le calme contraste avec la cohue qui y régnait la veille. Il ne décolère pas de l'attitude hautaine dont a fait preuve l'administrateur envers son compagnon et surtout lui-même. 

    « Comment ose-t-il me parler ainsi, moi, le doyen de la cité. Où était-il, lorsque je protégeais Mondcarlin des tentatives d'invasion des orcs, il y a de cela plus de vingt-cinq ans ? Il se promenait sûrement dans sa forêt magique à la recherche de je ne sais quels contes ou légendes.

    — Calme-toi. C'est quand même lui qui a mis fin aux premières rixes des barbares lorsqu'il est arrivé, il y a une dizaine d'années. Et depuis, il s'efforce de les tenir éloignés, avec un certain succès, avoue.

    — Et alors ? Ça ne lui donne pas le droit de nous traiter de cette manière. Et sa soi-disant prophétie ? C'est de la belle connerie ! Cela fait une éternité que personne n'a aperçu un barbare dans la région. Tu ne vas quand même pas me dire que tu y crois, toi ?

    — Rislen semble convaincu, donc je le suis. D'ailleurs, je me demande bien ce qu'il souhaite me remettre.

    — Ce que tu peux être naïf, β-16 ! Et arrête avec ton Rislen ! Te faire patienter autant de temps pour finalement t'en dévoiler si peu...

    Il secoue la tête, désabusé. Son regard se pose sur l’énorme porte de la taverne.

    « Tiens, je ne vois plus Gudrak, il a dû finir par émerger. Je te parie une cervoise qu'on va le retrouver à l'intérieur, attablé avec Gashzun et Zungash, en train de s'en jeter une. »

    Les deux amis entrent et découvrent avec horreur que les lieux ont été saccagés. Des chaises et des tables, éclatées par ce qui semble être des coups de hache, jonchent le sol sur lequel ruissellent trois coupes de breuvage encore tiède. Derrière son bar, le tavernier, terrorisé, se relève prudemment.

    « C'est... c'est terminé ? bredouille-t-il.

    — Que s'est-il passé ? demande le lyar.

    — Les.. les barbares. Ils sont revenus. Ils ont commencé à tout casser mais vos amis les ont chassés.

    — Tu as vu par où ils sont partis ?

    — Euh... non. Je n'ai rien vu. J'avais bien trop peur, je me suis caché. Je suis désolé.

    — Ce n'est rien, tu n'es pas un guerrier, tu as bien fait, intervient Sian-ve. Pai, je sais que ton odorat n'est plus ce qu'il était, mais Gudrak doit encore empester l'alcool. Tu devrais pouvoir le pister, non ?

    — Nous allons voir ça. »

    Les camarades sortent et après quelques instants à renifler un peu partout, le lyar trouve une piste. Elle mène vers l'ouest de la cité, en direction de la forêt Thelthane. Ils s'élancent à la poursuite de leurs compères.

    « La prophétie de l'administrateur serait donc vrai, dit Sian-ve.

    — Décidément tu es bien naïf. Cela ne te paraît pas étrange de subir une attaque de barbares le jour même où il nous raconte cette histoire ?

    — Pur hasard. C'est toi qui es trop parano. Regarde, voilà nos amis. »

    L'orc se trouve à quelques enjambées, juste en bordure de la forêt. Un énorme gourdin à la main, il hurle aux gobelins de ne pas s'aventurer à travers bois. Les deux frères rebroussent chemin à contre-cœur et rangent leurs dagues dans leurs bottes.

    « Tu as perdu tes boules Gud, grogne Gashzun, le plus vieux des frangins.

    — On allait se les faire, poursuit Zungash, son cadet.

    — Les esprits sylves vont s'en occuper. Regardez qui nous rejoint. Vous étiez où les mecs ? On a reçu une visite surprise à la taverne mais on leur a réglé leur compte. Il a juste fallu que je cours après ces deux abrutis qui ne voulaient pas les lâcher.

    — On a vu ça, répond l'humanoïde, amusé. On était au palais avec l'administrateur, reprend-il plus sérieusement. Et il nous a justement parler d'une prophétie selon laquelle les barbares allaient nous envahir.

    — Par Karak ! » jurent en chœur l'orc et les goblins. »

    Sian-ve et Pai rapportent l'intégralité de leur rencontre à leurs amis puis décident de créer deux groupes. Gashzun et Zungash repartent à Mondcarlin pour protéger la cité en cas de nouvelle attaque barbare. Gudrak les accompagnent à Riroc où les attend Rislen. Ils ont besoin de lui pour la suite du voyage, quand il faudra convaincre ses semblables de les laisser passer.

***

    Riroc est une cité miniature si on la compare à sa voisine, la grande Mondcarlin. Elle est composée, en tout est pour tout, d'une auberge-taverne, lieu incontournable de chaque village, d'un bureau, réservé au responsable des lieux, d'une bibliothèque, résidence secondaire de Rislen qui en est l'instigateur et le principal fournisseur, et de quelques habitations dont celle du voyageur, située à l’extrême est, au bord de la mer.

    L'androïde frappe de manière enthousiaste à la porte de la petite maison montée sur pilotis tandis que le lyar et l'orc se disputent pour savoir quelle cervoise est la meilleure.

    « Je te dis que c'est celle de Gor, soutient Gudrak. Il n'y a pas meilleurs brasseurs que les gobelins.

    — Certes. Mais, ici, ils cultivent le meilleur méteil de la région, et ça n'a rien à voir avec l'orge à deux sous utilisée pour ton ersatz de cervoise. Mais encore faut-il avoir du goût pour faire la différence ?

    — Vous vous trompez tous les deux, intervient une voix dans leur dos. Je vais vous faire goûter ce que les gens appellent bière dans l'autre monde et vous m'en direz des nouvelles. »

    C'est l'explorateur, une pile de livres à la main, avec son air enchanté habituel.

    « Veuillez m'excuser. Je rassemblais quelques ouvrages pour préparer mon prochain voyage au nord des montagnes interdites. Suivez-moi à l'intérieur, voulez-vous ? »

    Le groupe se faufile par la petite porte et malgré l’étroitesse de la demeure, chacun trouve une place et s'installe confortablement pendant que Rislen leur offre, à chacun, une bouteille en verre remplie de cette fameuse bière. Sian-ve s'assoit à la table sur laquelle est posé un étrange bâton. Pai s'allonge sous la seule fenêtre à la quête d'un peu de fraîcheur marine. Gudrak s'affale dans le lit, descend son breuvage d'une traite et ne tarde pas à ronfler comme un sonneur.

    « Alors, c'est ça que tu voulais me donner ? s'impatiente l'humanoïde, le doigt pointé sur l'objet devant lui.

    — Exactement, répond l'hôte en venant s'installer en face du robot. Il provient de ton monde. Là-bas, on appelle ça un sceptre. Malheureusement, même si j'ai vu un garde pulvériser le propriétaire de cette arme en lui lançant une espèce de lumière avec un même instrument, je ne sais pas du tout comment cela fonctionne. Mais, je suis certain que tu seras capable de le découvrir et que tu en feras bon usage pendant ta mission, qui j'en suis certain, sera parsemée de grands dangers.

    — Encore et toujours des mystères, grommelle le lyar. Sian-ve, réveille l'autre ivrogne et allez m'attendre à l'auberge. Je voudrais m'entretenir en privé avec notre cher ami. Il y a certaines choses, que ta naïveté ne pourrait comprendre, que je voudrais éclaircir.

    — Mais. J'avais plein de quest...

    — Ecoute tes aînés, le coupe Rislen, dont le ton est devenu plus sec et grave. Et tu sais, de toute façon, que je ne dirai rien de plus au sujet de ton passé. »

    Ce changement radical d'attitude surprend l'humanoïde, qui n'a jamais vu le voyageur aussi sérieux. Il réveille l'orc et les deux sortent de la maison pour rejoindre l’auberge. C'est bien plus tard que Pai les rejoint et faisant preuve d'une grande autorité, il ne leur laisse pas le temps de l'interroger.

    « Pas de questions ! Les soleils sont presque couchés et nous devons partir très tôt pour Nazgdrak. »

    Ses compagnons savent qu'il ne faut pas trop le titiller lorsqu'il est sérieux ainsi. Ils décident donc d'aller dormir.





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