5-/ Promenons-nous dans les bois


John Lucas

Publié le 15/08/2020 11:16
Mis à jour le 27/10/2020 10:58

4 mins de lecture

 Léo et Nathan s'enfoncent dans les bois, la boule au ventre. L'obscurité et la légère brise jouent avec leur imagination, décuplée par l'alcool. Leur angoisse ne cesse de croître alors qu'Adam reste introuvable. Les deux jeunes font une pause au pied d'un chêne mort. Le plus costaud, toujours embrumé par ses excès de la soirée, a besoin de reprendre son souffle.

  — Oh, putain ! C'est quoi ça ?! s'écrie-t-il, paniqué, alors que des os craquent sous ses pieds.

  — Mais quel trouillard ! Ça doit être les restes d'un animal que des chasseurs ont oublié d'emporter.

  Un rire glauque résonne derrière des feuillages non loin. Leur sang se glace. Leur ami sort de sa cachette, content de sa petite blague et vient se saisir du crâne, qui a sans doute appartenu à une biche.

  — Toujours aussi flippette, mon gros ! Venez les gars, j'ai trouvé un truc super bizarre. Il faut trop qu'on examine ça de plus près.

  Le colosse, tout excité, les mène devant un arbre immense, situé à l'exact centre du bois. Un escalier en creuse le tronc pour descendre sous terre. Tout le monde paraît trouver cela normal et avoir oublié la raison de leur présence au milieu de ces bois.

  — Ouah, trop fort, s'extasie Léo. On descend ?

  — Je veux, mon neveu ! répond Adam.

  — Euh... moi je vous attends ici. Je ne me sens pas très bien, dit Nathan, déjà assis sur une grosse racine.

  — Dégonflé ! reprennent les autres en chœur, tandis qu'ils commencent à descendre.

  Arrivés au bas des marches, un labyrinthe, éclairé par des torches, se présente à eux. Comme envoûtés par les lieux, les adolescents commencent leur exploration. Couloir après couloir, pièce après pièce, ils s'ébahissent devant les espèces de hiéroglyphes dessinés sur les murs. Soudain, un bruit effroyable se fait entendre. Une nuée de chauves-souris surgit, vole par-dessus leurs têtes et poursuit sa course effrénée en direction de la sortie. Dans la panique, Adam lâche le crâne qu'il tenait toujours dans les mains. Celui-ci vient s'exploser au sol, libérant une flopée d'araignées trop nombreuses pour un si petit espace. Celles-ci se dirigent dans la même direction que les chiroptères.

  Dans un bref élan de lucidité, les caïds décident de rebrousser chemin. Le charme semble rompu. Mais il n'en est rien. En effet, quelques couloirs plus loin, celui-ci opère à nouveau, et Adam pense apercevoir, du coin de l’œil, une chose bien étrange.

  — Eh ! T'as vu ça, mec ? Il y avait un gosse. Et on aurait dit qu'il n'avait pas de visage.

  — Tu délires. Allez, viens, on s'arrache.

  — Non, attends. On vérifie juste ça et on y va.

  Le gaillard ne laisse pas le temps à son acolyte de réagir et s'aventure dans la pièce voisine. Léo, pas rassuré de rester seul, le suit et découvre son ami pétrifié par un spectacle que sa carrure masque. Adam désigne alors la scène du doigt et s'écarte. Dans un coin gît le cadavre d'Emma, dont les yeux encore ouverts traduisent l’effroi de ses derniers instants.

  À la vue du corps, ils retrouvent leurs esprits et la mémoire.

  — Merde, Nathan ! s'exclame Adam. Vite, sortons d'ici ! L'autre taré doit encore rôder dans les parages, et vu l'état du gros, il va se le faire aussi.

  Il ne faut que quelques minutes pour que les deux ressortent du labyrinthe, devenu sans qu'ils s'en rendent compte une longue ligne droite. Léo sort le premier à l'air libre à toutes jambes. Son pied se prend dans une racine et il se retient de justesse à une branche qui pend juste devant lui.

  — Putain ! hurle Adam d'une voix enrouée par l'effort.

  — Qu'est-ce qui te prend ? demande le premier. Son regard se pose alors sur ce qu'il pensait être une branche mais qui s'avère être le bras ballant de Nathan, pendu au vieil arbre et au regard aussi vitreux que celui de la jeune fille.

  — Mais, c'est quoi, ce délire ?! reprend-il, plus paniqué que jamais.

  — Viens, on va chercher le flingue de mon père et on va se le faire, cet enfoiré.

  Après avoir tourné en rond pendant une éternité, ils débouchent sur une rue. Léo déboule le premier, terrorisé, sur la route pour arrêter la première voiture qui passe. Il gesticule comme un beau diable mais le conducteur, qui semble agité derrière son volant, ne le voit pas. Quand Adam débarque à son tour, il regarde impuissant son ami, incapable de bouger, comme hypnotisé par les phares de la voiture, se faire percuter.





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