Doppelgänger sombre - Chapitre 6


John Lucas

Publié le 19/08/2020 11:36
Mis à jour le 07/10/2020 20:09

12 mins de lecture

Lothi

  Lothi bouillonne. Si seulement ce satané Empereur n'avait pas cette capacité à contrôler ses systèmes, il y a bien longtemps qu'il s'en serait débarrassé. Il se dirige vers le quartier militaire et malheur à celui qui croise son regard. Il n'attend qu'une petite étincelle pour attiser son feu intérieur et déverser toute sa rage sur le premier venu. À son grand dam, le voici arrivé sans qu'il n'eût croisé âme qui vive.

  Le bastion est un énorme bâtiment de pierre construit lors de la précédente ère. À l'intérieur, plusieurs salles d'entrainement composées de machines de dernière génération contrastent avec l'austérité de la façade. C'est ici que se forment les meilleures unités du système Jadtac. Prygalliens, Taelliens, Vaoyannes, tous sans distinction de race, se donnent corps et âmes pour évoluer au sein de l'armée locale et s'attirer les faveurs de l'Empereur.

  « Bon, lesquels d'entre vous sont les heureux élus ? »

  Quatre soldats s'avancent la tête haute et le torse bombé. Ils portent un uniforme bordeaux aux liserés dorés et des bottes noires. Chacun arbore un écusson signifiant leur appartenance à la milice personnelle de Maxarls. Sous celui-ci, un numéro indique leur niveau dans la hiérarchie, le un étant le bas de l'échelle et le dix, réservé à l'élite ; les nouveaux hommes de Lothi exhibent, avec fierté, leur numéro cinq. Parmi eux se trouvent un Taellien, ce que l'humanoïde prend pour de la provocation. Tout le monde est au fait de son aversion envers la planète d'origine de son créateur.

  « Bien entendu, il a fallu qu'il me mette un membre de cette sous-espèce dans les pattes, maugrée-t-il. Toi, là, reprend-il le doigt pointé vers celui qui est à l'origine de ce nouveau motif de désappointement. Viens un peu me montrer ce dont tu es capable.

  — Avec plaisir, tas de ferraille, lui répond le solide gaillard qui le surplombe d'une bonne tête. »

  La recrue s'avance et décoche un coup de poing rageur qui aurait décroché la mâchoire de n'importe quel homme. Seulement, le robot n'est pas n'importe quel homme et sa constitution lui permet d'encaisser sans broncher. On ne peut pas en dire de même pour le Taellien, mis K.O. par la riposte, aussi spontanée que dévastatrice, de Lothi.

  « Ramassez ce troufion, remettez-le vite sur pied, il a une bonne droite, il peut nous servir et rejoignez-moi à mon vaisseau d'ici une heure. »

  Les militaires relèvent leur camarade et l'amènent à l'infirmerie tandis que l'androïde se dirige vers le garage de l'armée pour y récupérer son vaisseau. Celui-ci a été remis en état durant sa courte période en cellule. Lorsqu'il accède à son véhicule, l'humanoïde se précipite dans la soute. Il est rassuré de voir que ZagiTri se trouve toujours là, enfermé dans un ersatz de chambre qui tient plutôt lieu de cellule. Il remonte au poste de commande et termine les préparatifs.

  Lorsque son équipage arrive, il est amusé de voir la main du Taellien bandée.

  « Bien, tout le monde est là. En route pour Glora !

***

  Les quatre soldats, cramponnés à leur siège, assistent pour la première fois à un célèbre atterrissage de Lothi, en tant que passagers. Il s'avère que c'est bien plus crispant d'y prendre part que de le voir. C'est cependant sans dégâts que le groupe se pose à proximité des mines et descend de la passerelle. Dainmar, accompagné de trois de ses hommes, les accueille d'un rire moqueur.

  « C'est donc ça le fameux pilotage du guerrier de métal, glousse le chef nain.

  — Si tu as eu vent de mes talents, tu n'es donc pas sans savoir que je n'hésite pas à punir quiconque me déplaît, le nabot, s'énerve l'androïde.

  — Je vois que ta réputation n'est pas surfaite, mais tu es ici chez moi et moi seul peut te mener à la galerie Dhelgor, où se trouve le passage que tu es censé emprunter. De plus, je ne pense pas que cela serait du goût de l'Empereur d'apprendre que tu m'as cherché des noises.

  — C'est ça, cache-toi derrière ce vieux fou. Mais il n'est pas ici, il me...

  — Il suffit ! Maintenant tu vas la fermer et m'écouter bien attentivement, gronde le nain, des flammes dans les yeux. Tu vois cette petite chose, reprend-il en secouant un petit boitier noir de sa main potelée. Une seule pression sur ce bouton et l'Empereur débarque sans délai. C'est lui qui m'a confié cet instrument, connaissant très bien ton caractère. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que je vais vous accompagner dans l'autre monde. Je serai, en quelque sorte, ses yeux.

  — Hors de question, tu n'es pas de taille. À quoi me servirait une demi-portion ? »

  Dainmar fait mine d'appuyer sur l'interrupteur, un gros sourire aux lèvres, à peine visibles, perdues entre ses moustaches et sa barbe touffue.

  « Non, fais pas ça ! Arrête ! O.K., tu viens avec nous.

  — Tu vois quand tu veux, se moque le nain en remettant la télécommande dans sa poche. Laisse-moi juste le temps de prendre mon bon vieux Harìn et de donner mes ordres à mon second, et je vous mène au rocher téléporteur. Vous pouvez m'attendre à l'entrée de la mine, je ne serai pas long. »

  Lothi se retourne vers ses hommes et les foudroie du regard lorsqu'il voit que ceux-ci sont tout sourire devant son impuissance face à la menace de voir débarquer le seul être qu'il ne peut dominer. Ces derniers effacent très rapidement leurs rictus et prennent la direction des carrières de glorum, comme si de rien n'était.

  En dix minutes à peine, le nain est de retour, armée d'un énorme marteau. Il le brandit aussi que lui permet sa taille.

  « Je vous présente Harìn, mon plus fidèle lieutenant, dit-il. Je peux vous assurer qu'il en a fait des victimes. Et des bien plus coriaces que vous autres. Bref, suivez-moi de prêt, si ne voulez pas vous perdre. Seul un nain peut arpenter ces grottes sans s'égarer. »

  Le groupe s'aventure dans les mines, sans se laisser distancer par Dainmar.

***

  À mesure que la troupe s'enfonce dans le dédale de galeries, la température grimpe. Les officiers de l'Empereur, très peu habitués aux chaleurs, Pryga étant une planète relativement froide, suent à grosses gouttes. Cela ne s'arrange pas, lorsque des cris retentissent et qu'ils sont amenés à accélérer le pas.

  « Hâtez-vous, ordonna le nain, arme à la main. Les Taelliens doivent, à coup sûr, encore se rebeller. Je vais leur présenter mon vieil ami. »

  Il se met à courir, bifurquant à droite, à gauche. Les autres le suivent tant bien que mal. C'est qu'il est rapide pour un nain. Au moment d'obliquer vers le dernier couloir menant à la roche, il se heurte à une montagne de muscles.

  « Merde ! Des géants, hurle-t-il, le front veiné par la colère. Par ma barbe, tu vas goûter au courroux du grand Harìn ! »

  Le géant, de dos, n'a pas le temps de se retourner que Dainmar lui éclate un genou d'un coup rageur de son marteau. Malheureusement, il en faut bien plus pour terrasser un tel colosse et celui-ci, d'un geste rapide pour un être d'une telle taille, se retourne et balance son gourdin qui envoie valser son adversaire. Un bref instant, un sourire malsain s'élargie sur son visage, avant de se transformer en une grimace de douleur. Lothi qui avait suivi l'altercation vient de lui planter son poignard en plein cœur.

  Derrière l'androïde, le nain se relève avec difficulté, essuie le sang qui lui coule de la mâchoire et rugit :

  « Ne compte pas sur moi pour te remercier. Continuons, je doute qu'il soit venu seul livrer bataille. Il se balade toujours en bande de trois ou quatre. »

  Le groupe reprend sa route en direction du passage vers l'autre monde et surgit dans la galerie Dhelgor cependant que deux autres géants malmènent les gardes nains et les esclaves taelliens sans distinction. Le premier a les cheveux et la barbe longs et grisonnants tandis que le second porte une coupe courte et n'a aucun poil au menton.

  « Soldats, sont-ce là les fameuses armes paralysantes créées par l'Empereur en personne ? demande le nain, le doigt pointé sur un fusil pendant à la ceinture du militaire le plus proche de lui.

  — Je te le confirme, grogne Lothi.

 — Alors, dans ce cas, faites plein feu sur le plus petit des deux. Si on parvient à le capturer, son père nous obéira au doigt et à l’œil. Rien n'est plus important que la famille pour eux. Le robot, occupe-toi du paternel pendant ce temps-là. Qu'il ne nous démolisse pas avant qu'on ait pu agir.

  — Des ordres ? Et pourquoi pas les tuer tout de suite tous les deux ? Tu as bien vu comment j'ai liquidé le premier.

  — Me force pas à sortir mon petit boitier ! Et crois-moi c'est toujours très utile d'avoir un géant sous ses ordres. Il pourrait venir avec nous, tiens.

 — Hum, ma foi, tu n'es pas si bête. Et en plus, je vais pouvoir me défouler un peu.

  Lothi se lance alors dans un combat en un contre un et amène son adversaire quelques galeries plus loin. L'attention du géant détournée, les officiers actionnent leurs armes et les quatre dards éjectés ne mettent que très peu de temps à assommer leur cible, qui s'écroule, prise de légères convulsions. Les gardes nains en profitent pour l’enchaîner et remettre les esclaves au travail.

***

  L'humanoïde arbore un sourire sadique et une lumière étincelle dans ses yeux à chaque coup porté au géant. Qu'est-ce qu'il aime se battre et faire souffrir son opposant. Le colosse, le corps couvert d'estafilades, ne laisse aucune émotion transparaître sur son visage pourtant boursouflé par la correction infligée par le robot. Il ne fait qu'émettre des grognements de plus en plus féroces et balance son gourdin dans tous les sens, sans jamais toucher sa cible, beaucoup trop vive pour lui.

  « Bah alors, mon grand, l'asticote l'androïde. C'est tout ce que tu as à me proposer ? Je suis déçu, j'espérais un minimum de répondant. Bon, au diable, ce foutu nain, je vais t'achever ici et maintenant. »

  Lothi se jette sur son adversaire et d'un mouvement vif dirige son poignard vers le cœur de son adversaire lorsque du coin de l’œil il aperçoit Dainmar, une torche dans la main gauche et ce fichu boitier dans la main droite, le doigt posé sur le bouton. Il est suivi de la milice de Maxarls et un groupe de nain. Ces derniers poussent un wagon, initialement prévu pour remonter le glorum à la surface et temporairement utilisé pour contenir leur prisonnier.

  « Arrête ça tas de ferraille ! Sinon... gronde le chef nain. Et toi le géant, tu vas m'écouter avec attention si tu ne veux pas qu'on mette le feu à ce chariot. »

  Le sourire s'efface des lèvres de l'humanoïde. Il s'écarte de sa cible qui se laisse choir à genoux.

  « Non, pas mon Grax ! implore le géant, l'air abattu. Qu'avez-vous fait à mon fils ?

  — Qu'est-ce que j'avais dit ? Un vrai papa poule, dit le nain, les yeux remplis de fierté rivés sur Lothi, avant de s'adresser à nouveau à l'ennemi. Rassure-toi, il est juste sonné. Mais si tu ne veux pas qu'il lui arrive malheur, tu vas m'obéir.

  — Parole de Krax, je vous donnerais ma vie pour celle de mon fils.

  — Très bien. Je sais que vous êtes une race honorable. Tant que tu nous suivras et fera tout ce qu'on te demande, il n'arrivera rien à ton fils.

  — Honneur, parole, que de jolis mots, ironise l'androïde. Bon, quand tu auras fini de jour au grand manitou, le nain, on pourrait peut-être y aller. À moins que tu aies changé d'avis et que tu veuille rester ici en cas de nouvelle attaque.

  — C'est bon, on y va. Mes hommes ont toujours réussi à défendre les mines, ils n'ont pas besoin de moi. »

  Le groupe s'approche de la roche portail. Personne ne semble décider à passer le premier.

  « Krax, c'est bien ça ? Tu vois ce rocher ? Tu vas passer à travers puis revenir nous dire si c'est sans danger. » ordonne Dainmar.

  Le géant, interloqué, s'avance à petits pas, tend la main à travers la paroi, puis la deuxième et enfin franchit le passage d'un seul bond. Quelques secondes plus tard, sa tête dépasse de la pierre et d'un hochement, invite le reste du groupe à le suivre.

  Lothi se lance le premier, plein d'assurance. Puis vient le tour du nain. Et enfin les soldats se précipitent également à travers le bloc.





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