Doppelgänger sombre - Chapitre 7


John Lucas

Publié le 26/08/2020 16:01
Mis à jour le 07/10/2020 20:09

9 mins de lecture

Sian-ve

 Sian-ve, assis sur un rocher, observe, l'air pensif, le merveilleux spectacle que lui offre le levé du second soleil sur les eaux turquoise de la grande mer du sud. Il est resté éveillé toute la nuit à ruminer sur le peu de choses que Rislen lui a révélé. Il lui en a trop dit ou pas assez. Le bruit des vagues couvre l'arrivée, dans son dos, de son vieil ami.

 « Je ne savais pas que tu pouvais déprimer. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

 — Oh, Pai. Je ne t'avais pas entendu, répond l'humanoïde avec un léger sursaut. Je repense juste à ce que m'a dit Rislen. J'étais si excité d'en apprendre plus sur mes origines et finalement, je n'y comprends rien. Tout ce que j'ai appris, c'est que je viens d'un autre univers.

 — Pourquoi faire une fixation sur ton passé. L'essentiel, c'est ton présent, ici, avec nous.

 — Je ne sais pas. J'ai l'impression qu'il faut que j'en sache plus. Que c'est ma destinée.

 — Ah, non. Je t'arrête tout de suite. Rien de tout ça n'existe. Prophétie, destinée, ce ne sont que des mots en l'air. Rien n'est écrit à l'avance. Chacun décide de son futur. »

 Le robot se lève de sa pierre et vient se planter devant la lyar, l'air grave.

 « Pai. Prends Gudrak avec toi et rends toi à l'avant-poste orc. Là-bas, faites tout ce que vous pouvez pour les convaincre de vous prêter un bateau pour vous rendre sur le continent sud. De mon côté, je vais voir Rislen et je ne le lâcherai pas tant qu'il ne m'aura pas amené dans ce fameux univers.

 — Je doute qu'il accepte. Aussi persuasif que tu puisses être, Rislen est l'être le plus têtu que je connaisse. Et loin devant toi, crois-moi. Allons plutôt chercher l'orc ensemble et poursuivons notre chemin sans nous séparer. Nous avons besoin de toi pour cette mission. Et n'oublie pas, c'est toi qui m'as entrainé là-dedans. En plus... »

 L'androïde n'écoute pas son compagnon et longe la mer vers la maison du voyageur. Pai, les pics de la croupe dressés, rugit et se lance à sa suite. Les deux camarades arrivent très vite et retrouve Gudrak, accoudé à la rambarde des escaliers.

 « Quand j'ai vu que vous étiez déjà parti, je me suis dit que je vous trouverai ici », dit l'orc, fier de sa réflexion.

 Sian-ve, d'habitude si enthousiaste de retrouver l'orc, l'ignore et semble agité. Il entre dans la petite maison sans frapper à la porte et y être invité par son propriétaire. Ses amis, choqués par son attitude qui contraste avec son respect habituel, le rejoignent. L'humanoïde écarquille les yeux. L'habitation est vide.

 « Si tu m'avais laissé finir, je t'aurais averti que Rislen est parti hier soir pour Mondcarlin, suite à notre discussion, sermonne le lyar.

 — Aaaaahhhhhh ! Au secours ! Aidez-moi ! hurle une voix féminine mais grave. »

  Gudrak réagit le premier.

 « Vous avez entendu ça les gars ? »

 Sans même prendre la peine de répondre, le robot attrape le sceptre, oublié la veille, fonce à l'extérieur, bousculant l'orc au passage. Ce dernier se rattrape de justesse à la porte et demande :

 « Mais qu'est-ce qu'il lui prend aujourd'hui ?

 — Si seulement, je le savais. Allez, viens, allons vite voir ce qu'il se passe. »

*** 

 Pai et Gudrak se hâtent de sortir afin de ne pas se laisser distancer par Sian-ve, qui ne court pas mais marche d'un pas très décidé. À une centaine de mètres, face à la taverne, le groupe aperçoit une bande de barbares, qui entourent une créature qu'ils ne parviennent à identifier de leur position. Les assaillants sont très grands et leurs muscles saillants et écorchés sont bondés de veines qui semblent prêtes à éclater. Ils ne sont vêtus que d'un pagne en peau de cerflier.

 Arrivés à quelques pas de l'échauffourée, le robot et ses compagnons, un peu en retrait, invectivent les agresseurs. Ceux-ci s'écartent de leur victime et viennent se planter devant l'humanoïde, arrivé le premier.

 « De quoi je me mêle, tas de ferraille, gronde le plus grand des barbares, sûrement leur chef.

 — Et si vous vous en preniez à quelqu'un qui rend les coups, pour voir, encourage l'androïde, le sceptre pointé en direction de ses opposants, prêt à en découdre. »

 Celui face à lui fait un signe de la main à ses trois camarades, derrière lui. Ces derniers tirent leurs épées de leurs fourreaux et se ruent sur Sian-ve. Le robot part un premier coup de lame de son sceptre et décroche un coup de poing de sa main libre à son adversaire qui essaie de le prendre par la gauche, le mettant K.O. net. Les deux autres reculent d'un pas, un peu surpris, chuchotent et jettent un regard en direction de leur cible avant de lancer une attaque commune rapide. La lame du premier touche l'épaule de l'androïde sur laquelle elle ricoche et vient entailler le bras du second sur quelques centimètres.

 « Argh, par Crom, fait gaffe, se plaint-il en essuyant le sang qui ruisselle sur son coude.

 — C'est pas de ma ... »

 Sian-ve, de son bâton, éclate le nez de son vis-à-vis tourné vers son partenaire. Sans leur laisser le temps de réagir, il assomme celui au bras blessé d'une bonne droite au menton.

 Pai et Gudrak, agenouillés auprès de la victime, recroquevillée sur elle-même, qui s'avère être une ogresse, assistent à la correction que leur ami est en train d'infliger à ses satanés barbares. Dans leur dos, le chef des ennemis, qui s'est glissé là de manière fort discrète pour un être de sa corpulence, lève son épée, prêt à l'abattre sur l'orc. Un éclair vient alors le projeter contre le mur de la taverne et lui fait perdre connaissance. Les deux compagnons, abasourdis, regardent avec de grand yeux Sian-ve, le sceptre tendu, une légère fumée sortant de la pointe. Son regard témoigne de sa surprise qui est au moins aussi grande que celle de ces camarades.

 « C'était quoi, ça, β-16 ? » demande l'orc.

 Le lyar est incapable d'ouvrir la bouche. Les barbares, leur esprit retrouvé, ramassent leur chef et s'éloignent de la ville.

 « Aucune idée. Mais c'est efficace. Un brun dangereux mais terriblement efficace. Comment va-t-elle ?

 — Elle est terrorisée. Amenons-la à l'intérieur. Peut-être qu'un bon bout de viande et une bonne cervoise la remettra d'aplomb. En tout cas, les ogres adorent ça, en principe.

 — Et pour eux ? demande Gudrak d'un signe de la tête vers les fuyards.

 — ils ont eu leur compte, on ne les reverra pas. » répond Pai, plein de sagesse.

 Le groupe relèvent, non sans difficulté l'ogresse et entre dans la taverne.

*** 

 L'ogresse, assise au comptoir en compagnie de Gudrak accepte la chope que le tavernier lui tend mais repousse l'assiette de viande. Pai entraine Sian-ve à l'écart.

 « Tu es redevenu toi-même ou tu vas encore faire un truc débile ? le rabroue-t-il.

 — Désolé, ce sont les cachoteries de Rislen qui me font délirer.

 — Ça ira pour cette fois. Mais tâche de m'écouter un peu dorénavant. Tu nous accompagnes chez les orcs ?

 — Bien entendu ! Allons voir cette ogresse. »

 Les deux amis réconciliés se dirigent vers le comptoir où l'orc pouffe, de la mousse tout autour de la bouche.

 « Hé, les gars. Vous allez rire, cette demoiselle est végétarienne.

 — Vous voyez, vous aussi, vous vous moquez de moi, dit l'ogresse d'une voix tremblante.

 — Ne fais pas attention à ce gros balourd, intervient le lyar. Alors, comme ça tu ne manges pas de viande. Avoue que c'est étonnant pour quelqu'un de ta race.

 — Effectivement. Ça me vaut d'ailleurs tout le dédain de mes semblables. Je suis la seule dans ce cas dans mon clan. Pour ne rien arranger, j'ai peur de mon ombre alors que tous les autres sont de solides guerriers. C'est pour cette raison que j'ai décidé de m'enfuir de mon village. J'avais entendu parler ce cette charmante petite cité où personne ne juge personne. Malheureusement, alors qu'il me restait à peine quelques lieues à parcourir, je me suis faite attaquer par ces barbares. Heureusement, votre ami argenté ma sauvée.

 — C'est bien tombé, j'avais besoin de me défouler, dit l'humanoïde, d'un ton humble. Qu'est-ce qu'ils te voulaient ?

 — Je n'en ai aucune idée. Je les ai juste entendu dire qu'ils ne s'étaient jamais tapés d'ogresse. Mais je n'ai pas compris ce que ça voulait dire.

 — Hum. Oublie ces imbéciles. Tavernier, remets-lui une cervoise. Sian, Gud, venez un peu par là. »

 Les trois compagnons se posent à une table. Pai interroge l'orc :

 — Les orcs ont toujours peur des ogres ?

 — On a peur de personne. » proteste Gudrak dont les crocs relèvent ses lèvres supérieures en une grimace de haine.

 Le lyar le regarde avec insistance.

 — Et si tu mets ton égo de côté ?

 — Bon, ok, peut-être un peu.

 — D'accord. On va donc emmener mademoiselle végétarienne avec nous. Sa simple présence nous permettra de bluffer quant à une alliance avec ses semblables. Cela devrait suffire à finir de convaincre tes frères.

 Le fauve, se lève et se dirige vers l'ogresse. Elle a un peu repris contenance mais est toujours prise de légers tremblements. Elle en est à sa quatrième cervoise et ses joues ont pris une légère teinte rosée attestant de son enivrement.

 — Quel est ton nom, la miss ?

 — Zehell.

 — Enchantée Zehell. Moi, c'est Pai. Le lourdaud, c'est Gudrak. Et le tas de ferraille, c'est Sian-ve. On doit se rendre chez les orcs. Tu es la bienvenue si tu le souhaites. De cette manière, nous pourrons te protéger et t'apprendre à être moins peureuse et utiliser tes qualités innées de guerrière.

 — Vraiment, vous me protégerez ? Dans ce cas, je suis partante pour vous accompagner, qu'importe votre destination.

 — Très bien. Les gars, on y va. On a assez perdu de temps.

 Le groupe, muni d'un nouveau membre, sort de la taverne et repend la route vers le sud.





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