8-/ La quête du phare


John Lucas

Publié le 05/09/2020 13:12
Mis à jour le 27/10/2020 11:01

5 mins de lecture

 L'atmosphère s'avère un peu plus légère dans la voiture. Les deux adolescents parviennent à retrouver un semblant de calme. Cependant, une chose chagrine encore Enzo.

 — Adam, ça fait combien de temps qu'on roule ?

 — J'en sais rien. Pourquoi ?

 — On est toujours sur la même route depuis tout à l'heure et on a croisé aucune intersection. Déjà tout à l'heure, j'ai roulé une dizaine de minutes à plus de 100 pour arriver là où je t'ai trouvé. C'est vraiment trop bizarre.

 — Mais, mais... On était, genre, à un kilomètre de chez toi. C'est impossible. D'ailleurs, qu'est-ce qu'il s'est passé là-bas pour que tu déboules comme ça, comme un fou ?

 — J'ai trouvé Tom sous mon lit. Il était...

 Il ne réussit pas à finir sa phrase et se remémorer la scène lui provoque un haut-le-coeur. Il se reprend et continue :

 — Et après il y a eu ce gosse, de la musique morbide, un cercueil avec mon cadavre dedans. Enfin bref, l'horreur. Je n'ai pas trop envie d'en parler.

 — On se croirait dans un livre de Stephen King.

 Un coup de frein brusque stoppe la voiture net et envoie la tête du frèle garçon, assis côté passager, heurter le tableau de bord.

 — Qu'est-ce tu fous ? demande Enzo, la main sur la bosse naissante sur son front.

 — Là, lui répond Adam.

 Il désigne une habitation délabrée d'un signe de tête.

 — C'est ma maison. Mais on n'est pas dans la bonne rue et elle est en partie en ruine.

 — Tu délires, ce n'est pas chez toi.

 — Tu as déjà entendu parler d'une maison en ruine dans le coin ? Et tu connais beaucoup de personnes qui ont cet éléphant en marbre chez eux ?

 Les deux adolescents sortent de la voiture et s'avancent dans les décombres. Adam se charge d'aller récupérer l'arme de son père dans la chambre de celui-ci, à l'étage.

 — Attends-moi en bas, les escaliers n'ont pas l'air en super état, je ne voudrais pas qu'il t'arrive quelque chose à toi aussi, dit-il, plein de bienveillance, en souvenir de leur forte amitié passée.

 — Je ne sais pas si c'est une super idée de se séparer.

 — Je n'en ai pas pour longtemps.

 Le colosse monte les marches quatre à quatre et laisse son ami seul au milieu du capharnaüm. La TV, renversée et à l'écran brisé, s'allume. Enzo sursaute, se retourne. Il a du mal à discerner l'image pourtant fixe mais très floue. Il s'approche à petits pas et la sueur recommence à perler sur son front. Il se penche pour mieux voir et reconnaît enfin un phare. Son regard plonge dans la lumière et son esprit s'évade. Un cri perçant le sort de sa stupeur. On dirait la voix d'Adam mais cela provient de la cour à l'arrière de la maison. Le garçon se précipite dehors. Rien.

 — Putain, encore toi ? Je vais te faire la peau, enfoiré !

 Cette fois-ci, c'est bien Adam qui vient de vociférer ces paroles et un coup de feu lui confirme qu'il a trouvé l'arme et que ça vient du pont à côté de la maison. Il y court et grimpe les marches très abimées dans la précipitation, si bien qu'il trébuche plusieurs fois dans son ascension, qu'il finit hors d'haleine.

 — Adam, t'es où ? appelle-t-il d'une voix emplie de tremblements.

 — Humph ! Humph !

 Il s'avance vers la voie ferrée et se retrouve le témoin d'une nouvelle scène cauchemardesque. Son camarade est ligoté aux rails et bâillonné. Au loin, il aperçoit une silhouette, le doigt pointé derrière lui. Il se retourne et un train surgit de nulle part et passe sur le corps de son ami. Il reste sans réaction tant le choc est rude pour lui.

 Après de longues et interminables minutes, il semble enfin réaliser et se laisse tomber sur les genoux, en sanglots. Après avoir pleuré toutes les larmes de son corps il se relève et retourne à la voiture. Que va-t-il faire maintenant ? Derrière son volant, il a le regard dans le vide, rempli de désespoir, en direction de l'horizon. Un clignement d'oeil et soudain, c'est la révélation ! Le phare du Cap d'Arme s'impose à lui à quelques kilomètres en ligne droite. Voilà où il doit se rendre.

 Enzo sort lentement de la voiture, son regard plongé dans la lumière au loin comme avec la télévision plus tôt. Il n'est plus lui-même, ne ressent plus rien, ni peur, ni colère. Il ne s'arrêtera qu'une fois arrivé à destination. Il entame une longue marche et reste insensible aux changements anormaux de l'environnement autour de lui. La route se transforme d'abord en un immense champ de maïs qu'il doit fouetter des bras pour poursuivre son chemin. Puis le champ devient une plage ensoleillée, sur laquelle joue un enfant avec un ballon dégonflé. Enfin un ponton prolonge la plage et mène à ce fameux phare, balayé par une pluie diluvienne.

 — Enfin, j'y suis, telles sont ses dernières paroles avant de s'évanouir sur le pas de la porte.





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