Doppelgänger sombre - Chapitre 8


John Lucas

Publié le 09/09/2020 12:28
Mis à jour le 07/10/2020 20:09

8 mins de lecture

Lothi

     Le passage dans l'autre monde est instantané et sans douleur ou quelque effet indésirable. Ce n'est ni plus ni moins comme passer par une porte. Enfin, pas pour tout le monde. En effet, le soldat taellien s'isole dans un coin et régurgite son dernier repas, ce qui provoque l'hilarité générale et une satisfaction malsaine de la part de Lothi.

    « Quand je vous dis que c'est une sous-race... On a le mal des transports troufion ?

    — Je t'emmerde tas de ferraille ! Beuargh.

    — Assez ! intervient Dainmar. Ressaisis-toi soldat et rejoins-nous vite dehors, sans quoi on part sans toi. »

    Le groupe, amputé du malade, sort de la grotte et découvre une vaste forêt d'arbres tous plus grands les uns que les autres. Leurs feuillages sont si denses que la lumière de jour peine à éclairer le sol, jonché de plantes et de fleurs de toutes les couleurs. Leurs senteurs multiples titillent les narines des humains qui n'ont jamais observé un tel spectacle. Il n'existe plus aucun espace de verdure de cette envergure dans leur monde, envahit par le béton des hauts gratte-ciels. Les piaillements des oiseaux dans un immense séquoia attirent l'attention du nain.

    « Regardez-moi ce branchu, dit-il. Il est aussi impressionnant que la majestueuse tour de l'Empereur.

    — On s'en fout, grommela l'humanoïde. On n'est pas ici pour admirer le paysage. Et je ne t'imaginais pas en amoureux de la nature. Si quelqu'un sait par où nous diriger, c'est le moment de le dire.

    — Fewuam Maxarls nous a laissé pour consigne de nous diriger vers l'ouest. On devrait tomber sur une cité en à peine deux heures de marche. »

    L'androïde se tourne vers la sortie de la grotte, les yeux remplis de haine.

    « Pourquoi faut-il qu'il ait donné ses ordres à ce moins que rien. Frotte-toi donc la bouche misérable, tu en as encore plein les moustaches. »

    Le Prygalien dégaine son fusil paralyseur, las de toute ses attaques du robot qu'il compte bien calmer à coup de milliers de volts. Ses camarades interviennent pour l'en empêcher. Le plus costaud pose une main ferme sur l'arme et force son acolyte à la baisser, la mine renfrognée.

    « La mission avant tout, soldat, l'invective le plus petit d'un ton très autoritaire.

    — La mission avant tout. »

    Lothi, amusée par cette scène devient d'un coup très sérieux et pivote de manière vivace en direction de fougères dont on décèle encore un léger mouvement.

    « Que se passe-t-il, robot ? demande Dainmar.

    — J'ai l'impression qu'on nous observe. Regarde cette plante, ses feuilles bougent encore.

    — Surement un animal ou le vent. Comment quelqu'un pourrait savoir que nous sommes ici ?

    — Tu as peut-être raison. Mais restons sur nos gardes. On n'est jamais trop prudent.

    — Pour une fois, je suis d'accord. »

    La troupe reprend son chemin en direction de l'ouest. La végétation se fait de moins en moins drue et ils commencent à apercevoir les deux soleils.

    « Halte là ! » ordonne une voix dans leur dos.

    Ils se retournent tous d'un même geste mais il n'y a personne. Enfin presque. L'humanoïde discerne une espèce d'émanation qui se déplace de branche en branche tel un écureuil volant.

    « Pourquoi ne pas désactiver ta technologie de camouflage et te dévoiler à nous ?

    — Technologie ? Qu'est-ce là donc ? C'est grâce à ma magie que je peux me rendre invisible à vos yeux. Et je vois bien à votre attitude qu'il n'est pas dans mon intérêt de me montrer. Je ne vous le demanderai pas deux fois, repartez d'où vous venez, vous n'êtes pas les bienvenus ici.

    — D'où on vient ? s'étonne le nain.

    — Tu pensais peut-être que personne de ce côté ne connaissait ce passage entre deux mondes ? Pauvre ignorant. »

    L'esprit part dans un rire et est bientôt accompagné par de nombreux autres gloussements provenant d'un peu partout autour d'eux. Les soldats reculent d'un pas, se resserrent et sortent leurs fusils d'une main hésitante car ils voient mal sur quoi ils pourraient tirer. Un poignard vole alors et vient se planter dans un arbre. La sève se met à couler, les feuilles tombent et pourrissent, et un bruit horrible résonne dans la forêt. Tout le monde se couvre les oreilles à part l'androïde, un énorme sourire aux lèvres. Il s'avance vers le tronc, décroche son poignard et un corps apparaît et s'affale au sol, sans vie. Le petit être, tout aussi vert que l'environnement, n'est pas plus grand qu'un enfant prygalien mais est aussi ridé qu'un vieux taellien. Le robot se baisse et essuie son poignard avec la chemise de sa victime avant de le ranger dans son étui. Des courants d'air fusent de toute part et toutes les présences qu'il ressent s'éloignent et finissent par s'estomper.

    « Qui est l'ignorant maintenant ? Reprenons notre route, messieurs. Je pense que nous ne serons plus dérangés, nous pouvons sortir de cette forêt en toute tranquillité.

    — Tu es vraiment impitoyable, dit Dainmar, mi-terrifié, mi-admiratif. »

    Le reste du chemin vers la lisière est, en effet, d'un calme absolu. Lothi marche en tête accompagné du nain. Les soldats, en retrait, discutent entre eux des aptitudes de leur leader et de la peur qu'il leur inspire.

    À leurs premiers pas en plaine, il leur faut un certain temps pour s'adapter à cette luminosité intense et soudaine provoquée par les deux soleils. Au loin, l'humanoïde aperçoit, à flanc de montagne, un énorme palais.

    « Ça doit être ça leur cité. Au passage, ce palais siérait à merveille à notre grandissime Empereur, dit-il d'un ton moqueur.

    — Je peux lui en toucher deux mots si tu veux, lui dit le petit barbu, son boitier bien en évidence dans sa main.

    — Je te jure que je te le ferais bouffer ! Allez, on y va ! »

    Le groupe effectue une marche de deux heures, comme l'avais dit Maxarls, et arrive aux portes est de Mondcarlin. La belle et grande cité ne les impressionne guère. Ce n'est qu'une petite bourgade de rien du tout en comparaison des grandes villes de Pryga.

    Dainmar arrête le premier venu. Celui-ci le dévisage et le balaye d'un regard intrigué.

    « La kermesse est terminée, messires. Il n'est plus nécessaire de se déguiser ainsi.

    — Ce sont nos habits de tous les jours. Nous venons de très loin. Peut-être est-ce là la raison de votre étonnement. »

    Le nain est parfaitement calme et courtois. Dans son dos, il en est tout autrement de Lothi qui jaillit et empoigne le passant par le col.

    « Où se trouve votre Empereur ?

    — Empereur ? Qu'est-ce là ? répond le pauvre d'une voix tremblante.

    — Votre chef, celui qui dirige cette planète ?

    — Planète ? Je suis désolé mais je ne vous comprends pas. Peut-être voulez-vous parler de notre administrateur ? Son palais de trouve au nord-ouest de la cité. Vous avez dû le voir depuis le chemin qui vous a mené ici.

    — Effectivement. Merci bien. Nous n'avons plus besoin de tes services, maintenant. »

    Comme pour ponctuer sa phrase, l'androïde plante son poignard dans le cœur de sa victime puis l'envoie valser contre un bloc de granit sur lequel un sculpteur était concentré sur son art. Ce dernier laisse tomber ses outils et s'échappe à toutes jambes en direction du centre.

    « Tu étais vraiment obliger de le tuer ? Maintenant, ce froussard va sonner l'alarme et on va se retrouver avec une armée sur le dos.

    — Ça sera l'occasion de s'amuser un peu. Et vu la gueule de leur village, je doute qu'il y ait beaucoup de combattant. »

    Arrive alors une poignée de soldats armés de sabres ainsi que Gashzun.

    « Veuillez décliner vos identités et déposer vos ... Argh ! »

    Le garde s'écroule, le poignard du robot planté dans la gorge. Ses camarades reculent d'un pas cependant que le gobelin murmure à l'oreille de l'un d'eux.

    « On dirait β-16. Enfin Sian-ve, je veux dire. On ne sera pas de taille à l'affronter s'il est aussi coriace. Le mieux est d'aller chercher du renfort. Avec tes deux acolytes, va donc voir mon frère à la taverne. Qu'il aille à Riroc prévenir les autres et ensuite, allez mettre Meslaf à l'abri.

    — Je doute fort qu'il nous laisse partir.

    — T'occupes pas de ça. J'ai une petite idée, avec un peu de chance, cela fonctionnera.

    Le soldat opine du chef et entraîne le reste de la mini-troupe dans sa retraite. Gashzun prend bien soit de se mettre entre eux et ses opposants. L'armée prygalienne s’apprête à les pourchasser mais Lothi les stoppe d'un geste du bras.

    « Laissez-les ! Qu'ils amènent du renfort, dit-il avant de reprendre à l'attention du gobelin : tu n'as tout de même pas l'attention de nous affronter seul ?

    — Et pourquoi pas ?

    — Non, j'ai de meilleurs plans pour toi. Tu sembles avoir de l'importance et j'ai des questions à te poser. »

    Gashzun voit alors l'humanoïde fondre sur lui, aussi vite que l'aurait fait Sian-ve et ne peut esquiver le coup de tranche sur la nuque qu'il lui assène avec précision. Sa vision s’obscurcit et il tombe dans les bras du robot, assommé.





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