Doppelgänger sombre - Chapitre 9


John Lucas

Publié le 16/09/2020 15:38
Mis à jour le 07/10/2020 20:08

9 mins de lecture

Sian-ve  

  Sian-ve et ses compagnons ne souhaitent surtout pas perdre de temps. C'est donc d'un pas vif qu'ils traversent la forêt Thelthane et empruntent le chemin le plus court vers le sud malgré sa mauvaise renommée. L'ogresse se tend un peu plus à chaque pas sur le sentier désert de la vallée des diablotins. Selon elle, les diablotins seraient de petits animaux aux dents acérées, réputés pour leurs attaques meurtrières en horde, sur quiconque ose s'aventurer sur leur territoire. Les histoires racontent même que les victimes sont méconnaissables et jamais entières si tant est qu'elles sont retrouvées un jour.

  « Vous êtes certains que c'est sans danger ? demande-t-elle la voix tremblante.

  — Ce n'est pas la petite bête qui va manger la grosse, se moque Gudrak.

  — Je peux t'assurer que tu ne crains rien, les histoires sur ces bestioles ne sont que des fables inventées pour faire peur aux enfants et les empêcher de s'éloigner des cités sans être accompagnés. »

  Pai se veut convainquant et rassurant. Zehell approuve d'un signe de tête et décide de faire lui confiance. C'est néanmoins la peur au ventre qu'elle continue de suivre ses nouveaux amis. Tout au long du voyage, elle ne peut d'ailleurs pas s'empêcher de jeter des coups d’œil affolés un peu partout. À plusieurs reprises, elle est même certaine de voir des yeux briller dans les fourrées bordant la route. Le lyar, d'un simple regard, réussi, à chaque fois, à l'apaiser, comme un père l'aurait fait avec son enfant.

  Après une journée entière à crapahuter, sans jamais s'arrêter plus de quelques instants, afin de se désaltérer et manger un peu de viande séchée, Sian-ve et les siens se rapprochent enfin des montagnes qui se dressent maintenant très nettement devant eux. Elles sont plus petites que celles du nord et par chance, à cette période, elles ne sont pas encore entièrement enneigées. Leur traversée ne devrait prendre guère plus d'une journée et ceci, sans vraiment se hâter. L’ascension se passe sans encombre mais le ciel est de plus en plus sombre. L'orc, en sueur, profite de leur arrivée sur un plateau pour s'affaler sur un rocher, exténué.

  « Pfiou, j'ai bien cru que vous ne vous arrêteriez jamais, dit Gudrak, le souffle court.

  — Désolé Gud, je sais que les orcs et la marche ne font pas bon ménage, mais ce n'est pas une balade touristique, répond Pai, d'un ton grave.

  — Je sais bien. C'est bien pour ça que je n'ai rien dit jusqu'ici. Mais là, je suis vraiment trop mort.

  — Mort, tu le seras peut-être bientôt si cette fameuse prophétie est réelle, intervient Sian-ve. Je suis allé voir un peu plus loin, il y a une grotte. On va s'y abriter pour la nuit. Il serait bien trop dangereux de faire la descente dans cette pénombre.

  — Bien parlé β-16. »

  L'orc, toute fatigue oubliée, se lève d'un bond et se précipite dans la caverne indiquée par l'humanoïde avant que le lyar ne puisse répondre. Il est très vite imité par l'ogresse. Elle est soulagée de ne pas avoir à marcher dans l'obscurité avec la lune comme seule source de lumière. Sans compter sur toutes les bêtes qui rôdent la nuit dans les montagnes. Le robot et son meilleur ami se regardent, d'abord quelque peu surpris de l'attitude de leurs compagnons, puis éclatent de rire avant d'aller les rejoindre.

***

  L'androïde se tient debout à l'entrée de la grotte, il examine avec attention le sceptre que lui a remis Rislen. Il se demande encore ce qu'il s'est passé lors de son combat contre les barbares. Il a beau chercher, il ne trouve aucun mécanisme qui aurait pu provoquer cette ... étincelle ? Qu'était-ce au juste d'ailleurs ? Il serait bien pratique de savoir se servir de cette arme correctement s'il ne voulait pas blesser ses alliés par inadvertance. Un bruissement dans son dos l'interpelle. Il se retourne et observe ses amis. Pai et Gudrak dorment d'un sommeil aussi profond que celui de Zehell est agité. Les péripéties de la journée doivent lui donner de légers cauchemars.

  Sian-ve, rassuré, s'allonge à l'extérieur et admire les étoiles, se demandant s'il existe des civilisations là-haut. Un nouveau bruit, plus prononcé cette fois, le sort de sa contemplation. Cela provient d'un peu plus bas et ressemble au souffle roque d'une bête. Il attrape son bâton et s'avance d'un pas prudent. Le râle est de plus en plus perceptible et il peut presque sentir la présence de cette chose qui rôde à quelques pas à peine. Il est désormais assez proche pour voir que ce n'est pas un animal. Il lève son bras prêt à frapper son assaillant mais ce dernier s'écroule d'épuisement à ses pieds. Quelle surprise lorsqu'il le retourne et reconnait Zungash, dont les vêtements sont en lambeaux et rougit par le sang coagulé.

  « Zungash ! Tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

  — T'en fais pas, ce ne sont que des égratignures. Je suis juste occis.

  — Mais tout de même, ce sang, tes habits...

  — Une horde de diablotins. Coriaces ces petites bêtes.

  — Vous voyez que ce n'était pas une légende, intervient l'ogresse, accompagnée du lyar et de l'orc, alertés par le bruit.

  — Si je n'avais pas dit ça, tu aurais fait demi-tour, répond Pai d'un ton sec. Mais plus important, Zun, si tu nous as rejoints aussi vite, en prenant le risque de voyager de nuit, c'est que quelque chose de grave se trame. Il y a eu une attaque de barbares à Mondcarlin ?

  — Pas des barbares. D'après les gardes, ils n'avaient jamais vu ce genre d'individus. Tout était différent chez eux : leurs tenues, leurs apparences, leur façon de parler. Vous pensez qu'ils pourraient venir de l'autre univers dont a parlé Rislen ?

  — Hum. Ça s'annonce de plus en plus ardu et urgent cette mission.

  — Et ce n'est pas tout, reprend le gobelin. Ils ont aussi dit que l'un d'entre eux ressemblait énormément à β-16.

  — On y va, Pai. »

  L'humanoïde se précipite dans la caverne afin d'y regrouper ses affaires, bientôt rejoint par ses compagnons. L'orc aide Zungash à s'installer sur sa paillasse cependant que l'ogresse se recroqueville dans un coin au fond de la grotte. Le lyar vient s'asseoir à côté de Sian-ve et l'observe sans mot dire. Le robot cesse alors ce qu'il fait et vient se planter juste devant son ami, si bien que celui-ci est obligé de lever la tête.

  « Je connais ce regard. Tu vas me dire de me calmer et de réfléchir. » dit-il avant de prendre place en tailleur face à son aîné.

  Il avance la main pour caresser la tête de son vis-à-vis et récolte une petite flammèche crachée au visage.

  « Tu m'as pris pour un matou ? grogne Pai. Bon, maintenant que tu es redescendu, que penses-tu de la situation ?

  — Zungash n'est pas en état de reprendre la route. Pas plus que Gudrak d'ailleurs. Et se séparer serait trop dangereux. Le mieux est de terminer la nuit ici, le temps pour eux de reprendre des forces. Demain matin, j'irai nous chasser du gibier, ça sera plus revigorant que la viande séchée. Et seulement là, nous pourrons repartir pour Mondcarlin en contournant la vallée des diablotins. Je doute que Zungash et Zehell est envie d'y repasser.

  — Tu vois quand tu veux. »

  Le lyar bondit sur ses quatre pattes, se met à renifler et tourne en rond à la recherche de cette odeur de sève qui lui a titillé les narines. Une vive lumière l'aveugle et un petit être vert apparaît devant lui. Il se met à rugir, les naseaux fumants prêts à cracher le feu.

  « Veuillez excuser mon intrusion, messires. Je suis un esprit sylve. Je suis désolé mais je dois faire vite, je ne peux malheureusement pas me matérialiser longtemps lorsque je suis loin de ma forêt. »

  Le nouveau venu, en aucun cas choqué de l'attitude de Pai, tressaillit à l'approche de Sian-ve.

  « Pardonnez-moi cette impolitesse. C'est que vous lui ressemblez tellement.

  — Vous voulez dire que vous aussi vous avez rencontré ce ... robot identique à moi-même.

  — Oui. Il a tué un de mes enfants, reprend l'esprit, les larmes aux yeux. Je disais donc, le temps est compté, donc écoutez-moi avec attention. Ils sont sept et sont arrivés par la grotte Rog-lehd dans la forêt Thelthane. Ils ont ensuite pris la direction de Mondcarlin. Leur leader semble impitoyable et ses compagnons possèdent des armes dont nous ne savons rien. Je doute que vous soyez de taille. Je sais que vous êtes à la recherche de la pierre d’espérance. Cependant votre administrateur ignore qu'il faut deux clés pour ouvrir le coffre qui la contient. Nous autres, esprits sylves, avons toujours pris soin de garder cela secret, mais je pense que l'heure est grave et qu'il est temps de le dévoiler. En réalité, nous les avons confiées aux sorciers orc et gobelin. Personne ne soupçonnerait ces êtres qui ont été défaits lors de la grande bataille il y a plusieurs années.

  — Et vous n'avez pas eu peur qu'on les utilise pour renverser les humains ? intervient Gudrak.

  — Notre magie leur en empêche. Vite, mon pouvoir s'affaiblit et je me sens repartir pour ma forêt. Attendez le levé du jour et continuez votre chemin vers le village orc. Là-bas, scandez mon nom et j’apparaîtrai, le bois au sud me donnera assez de force pour rester parmi vous.

  — Et quel est-il ? demande le lyar alors que l'esprit est devenu presque invisible. »

  Aucune réponse. L'esprit est reparti. Puis un vent empli de magie entre dans la caverne apportant avec lui les dernières paroles du sylve : Grielaa.





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