10-/ Chaque chose à sa place


John Lucas

Publié le 19/09/2020 11:41
Mis à jour le 27/10/2020 11:03

3 mins de lecture

 Les premiers rayons de soleil éclairent la façade de la maison des parents d'Enzo et la rosée matinale se dépose en fines particules sur la pelouse du jardinet. Les effluves qui s'en dégagent laissent présager une belle journée ensoleillée. Le calme et la paix règnent. Seuls les gazouillis des oiseaux viennent perturber le silence.

 À l'intérieur, tout est en ordre. Aucune trace de soirée, ni même de quelque événement étrange. Il est déjà lundi et les parents, rentrés la veille au soir, déjeunent avant d'aller au travail.

  — Chéri, tu pourrais aller réveiller notre fils. J'aimerais qu'il déjeune avant d'aller chez Aurélia.

 — Pas de soucis, je m'en occupe.

 Le père dépose son journal sur la table et se dirige vers les escaliers, sans oublier d'embrasser sa femme au passage. Plus les années passent, plus il la trouve jolie. Il monte, tout sourire, les grandes marches pour se rendre à l'étage et entre dans la chambre de son fils après avoir toqué à la porte. Il lui caresse la joue avec beaucoup de tendresse et lui remet les cheveux en place. Il aime le réveiller de cette façon depuis son plus jeune âge.

  — Ma marmotte, il est l'heure de se lever.

 — Hum, encore un peu, p'pa.

 — Désolé, fiston, pas aujourd'hui. Ta mère et moi reprenons le travail, tu dois aller chez ta tante. Allez, viens, maman t'a préparé tes céréales préférées.

 — Bon, d'accord.

 Père et fils redescendent à la cuisine prendre le petit déjeuner pour l'un et finir son journal pour l'autre. Les nouvelles étaient bonnes. Tout allait pour le mieux à Porquerolles.

  — On est un peu en retard, s'inquiète la mère. Dépêche-toi de terminer et va vite te préparer, ajoute-t-elle à l'intention de son enfant, les yeux remplis d’affection pour lui.

 — D'ac, m'man.

 — Et n'oublie pas de brosser tes dents.

 — Je sais... Je ne suis plus un bébé.

 — Il grandit tellement vite, soupire le père lorsque son fils n'est plus à portée de voix.

 Sa femme, amusée, l'enlace en guise de réponse. Ils sont si fiers de leur enfant, leur plus belle réussite.

 Il ne faut pas plus de dix minutes pour que tout le monde se réunisse dans l'entrée, prêt à affronter une nouvelle semaine. La famille sort de la maison et s'apprête à monter dans la voiture. L'enfant frissonne à la caresse d'un coup de vent frais et fait alors demi-tour, avant que son père n'ait fermé la porte.

  — Attends !

 — Qu'est-ce qui se passe, Gabi ? demande son père, l'air confus.

 — J'ai oublié de dire au revoir à Enzo.

 Le garçon se positionne devant la commode dans le hall et prend un cadre dans les mains. Dans celui-ci se trouve une photo d'un groupe d'enfants devant un phare. Ils sont cinq garçons et une fille. On y reconnait Enzo et sa cousine Emma mais aussi Adam, Nathan, Léo et Tom. En petit, en bas, il est noté : Phare de Cap d'Arme - 2 juillet 2000. Un sourire malsain s'élargit alors sur les lèvres de l'enfant qui murmure :

  — Chaque chose à sa place, mon frère.

 — Tu as dit quelque chose ?

 — Non, rien. Allez, on y va, p'pa, on est déjà assez en retard.

 L'enfant repose le cadre et referme lui-même la porte, de manière précipitée, avec un dernier regard de satisfaction sur la photo. Chaque chose est bel et bien à sa place.





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