Doppelgänger sombre - Chapitre 10


John Lucas

Publié le 23/09/2020 14:16
Mis à jour le 07/10/2020 20:08

9 mins de lecture

Lothi

    Lothi, accompagné de ses sbires, a trouvé refuge dans la taverne de Mondcarlin. Dainmar et Krax sont attablés avec une chope de cervoise. Le géant dévisage, d'un regard rempli de haine, le nain qui s'amuse de cette situation.

    « Tu vois, mon grand, ce n'est pas le gabarit qui fait tout. Tu pourrais m'écraser d'une seule main et pourtant tu manges dans la mienne.

    — Parole de Krax, tu me le paieras, un jour.

    — Ah oui ? En attendant, profite de ma générosité et bois ce breuvage qui, ma foi, ne vaut pas une bonne bière mais est tout de même bien goûteux. »

    Le nain se lève et se désintéresse du géant pour aller retrouver l'humanoïde. Celui-ci termine tout juste de ligoter son prisonnier, toujours inconscient, à l'aide de solides cordes, réquisitionnées au tavernier qui s'en servait pour pendre son gibier avant de le cuire.

    « Où sont passés les soldats ? demande Dainmar.

    — Ils surveillent l'entrée. Je n'ai pas envie d'être dérangé pendant que je lui soutire le plus d'informations possibles. Ils en profitent également pour faire leur rapport à Maxarls, mais j'ai comme l'impression que les transpondeurs n’émettent pas dans ce monde. D'ailleurs, j'y pense, ton joujou ne fonctionne peut-être pas non plus.

    — Tu veux essayer ? répond le nain, confiant. Tiens, regarde, le téméraire se réveille.

    — Bah alors le dormeur ? Pas très solide pour quelqu'un qui veut affronter un groupe à lui tout seul.

    — Ta gueule, tas de ferraille, beugle Gashzun.

    — Je vais faire comme si je n'avais rien entendu pour cette fois. En revanche, j'ai très bien capté tes murmures de tout à l'heure. Alors, comme ça, il y a un être similaire à moi-même dans ce monde ?

    — Va te faire voir, je ne te dirais rien »

    Le sourire de l'androïde s'élargit en une grimace de haine cependant qu'il sort son poignard fétiche de son étui et vient le poser sur la gorge du gobelin, d'où quelques gouttes commence à perler.

    « Tu ne sembles pas bien réaliser la situation, je crois. Tu vas répondre à mes questions si tu ne veux pas que je te vide de ton sang petit à petit et te laisse agoniser le plus longtemps possible. D'abord, où est ce Sian-ve qui me ressemble tant ?

    — De toute façon tu vas me tuer.

    — Certes. Mais tu peux choisir de mourir vite et sans douleur.

    — Je ne sais pas où il est, de toute façon. Tout ce que je sais, c'est qu'il te fera la peau si vous vous rencontrez. Rien, ni personne ne peut le blesser.

    — On verra, on verra. Et tu n'as pas entendu parler d'une pierre d’espérance, je présume ? »

    Gashzun crache un mélange de billes et de sang au visage de Lothi, puis retrousse ses lèvres dévoilant ses dents en sang dans un rictus de colère.

    « Voilà ma réponse, elle te plait ? »

    L'humanoïde, dans un de ses excès de rage qui font sa réputation, poignarde à plusieurs reprises le corps de sa victime et le jette en bas de la chaise pour le ruer de coups de pieds.

    « Je pense qu'il a son compte, robot. C'est ça que tu appelles laisser agoniser le plus longtemps possible ? pouffe Dainmar.

    — Il semblerait que je ne puisse pas me contrôler. J'aurais peut-être dû garder une puce de sagesse ou deux pense-t-il. Bon, assez perdu de temps avec ce vaurien, allons au palais rendre visite à cet ... administrateur, comme ils disent. »

***

    Tandis que Krax fait demi-tour, sur ordre du soldat Taellien, pour aller aider Dainmar à gravir la côte qui mène au palais, Lothi et la milice de l'Empereur arrive aux portes de celui-ci. Un humain les y attend. Il n'est plus tout à fait dans la fleur de l'âge mais reste cependant bien bâti. Il porte une longue robe blanche à liserés dorés dont le bas s'ouvre sur des chausses de la même couleur et ornées de petits arabesques noirs. Malgré le temps plutôt clément, il a rabattu sur sa tête le capuchon prolongeant son vêtement. Il se tient dans un rayon de soleil, ce qui lui donne une belle prestance. Il accueille le groupe d'un large sourire éclatant dans une révérence bien trop exagérée.

    « Qu'allégresse et quiétude fassent votre journée chers voyageurs. Mes gardes m'ont informé que vous étiez à ma recherche. Eh bien me voilà. Je serais ravi de vous offrir de quoi vous désaltérer dans mon humble demeure pendant que vous me contez ce qui vous amène à Mondcarlin.

    — Et bien, quel accueil ! dit l'humanoïde.

    — Il se trouve que j'ai eu vent de votre entrée... hum... disons... fracassante, dans ma cité. Et pour tout vous dire, je tiens beaucoup à ma petite vie tranquille. C'est pourquoi je suis prêt à vous aider du mieux que je le pourrais.

    — Hum... Ça sent le piège, robot, intervient le nain, tout juste arrivé et sur les rotules. »

    L'androïde examine avec une grande attention l'être qui se trouve devant lui. L'assurance et le manque complet de peur dans le regard ou l'attitude de ce dernier le trouble. Il est au courant de la cruauté du robot mais cela ne semble pas le perturber plus que ça. De plus, il ressent une espèce de pression qui l'empêche d'attaquer ce drôle d'individu et de plutôt s'en faire un allié.

    « Ne soit pas impoli, le nain. Profitons de son hospitalité et on verra ce qu'on en fait après. »

    Lothi ne laisse pas le temps au nain de répondre et pénètre dans l'immense bâtisse. Il est invité à prendre place dans le grand salon et s'installe, sans le savoir, à la place que Sian-ve occupait quelques jours plus tôt.

    Une fois tout le monde installé et à l'aise, Meslaf leur fait apporter du vin doux et s'installe dans son fauteuil au coin du feu.

    « Alors, messires, que désirez-vous savoir ?

    — Où se trouve la pierre d’espérance ? demande l'humanoïde, visiblement pressé d'en finir.

    — Cela, je ne peux vous le dire, car je suis moi-même à sa recherche. J'ai d'ailleurs envoyé mes plus braves guerriers pour la retrouver.

    — Vous avez au moins une idée ou quelque indice quant à sa position ? Je suppose que vous ne les avez pas envoyés sillonner le monde entier. »

    L’administrateur attrape le livre posé sur l'accoudoir de son siège.

   « En effet. Ce fichu caillou serait, selon ce vieux grimoire, en possession d'un esprit sylve dans un bois, au sud de Nazgdrak, le village orc.

    — Et il se trouve où ce village ?

    — Sur une île, à l'extrême sud de ce contient. »

    Lothi se lève et s'approche à pas lents de Meslaf. Il sort son poignard de son étui et le fait sauter de main en main. À sa grande surprise, l'administrateur reste stoïque.

    « Je ne vous effraie pas ?

    — J'ai banni ce genre d'émotions négatives de ma vie depuis bien longtemps. Si vous voulez me tuer, qu'il en soit ainsi.

    — Hum... Tu me plais bien, toi. Je t'épargne, mais s'il s'avère que tu m'as menti, je reviendrai et je serai moins clément. »

    Il range sa lame et se dirige vers la sortie.

    « Vous partez déjà ? lui demande Meslaf. C'est marrant ce que vous lui ressemblez et pourtant, vous êtes aussi très différents. »

D'un geste de la main, l'androïde invite ses compagnons à le suivre et fait mine de ne pas prêter attention à ce qu'il vient d'entendre.

***

    Le retour au centre de la cité se fait dans un silence que seuls la douce brise et le chant des oiseaux viennent perturber. Lothi n'a de cesse de penser à cet étrange personnage qui l'a en quelque sorte dompté. Pourquoi n'a-t-il pas peur et surtout, qu'est-ce qui a empêché le robot de le tuer comme il l'aurait fait habituellement ? De plus, cette lueur dans son regard, pleine d'assurance, ne lui est pas inconnue. Et c'est sans compter sur cette histoire de Sian-ve qui lui ressemble tant. Il aimerait bien le rencontrer, tiens. Ça lui ferait sûrement un adversaire à sa hauteur.

    « Hey, le robot. Quelque chose te chagrine ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette, demande Dainmar.

    — Non. Rien, grince l'intéressé. Soldats ! Vu que vos petits jouets n'émettent pas ici, vous allez retourner sur Pryga faire un rapport à Maxarls sur ce que nous a raconté ce type.

    — Nous avons ordre de ne pas te lâcher, intervient le plus costaud de la milice.

    — Et vous avez ordre de faire votre rapport et aussi de m'obéir, non ?

    — Affirmatif !

    — Dans ce cas, envoie ce maudit Taellien, ça m'en débarrassera au moins pendant un moment. Et que n'importe lequel d'entre vous aille avec lui, il serait capable de se perdre, ce bon à rien. »

    Le garde donne les consignes à ses collègues et choisit d'accompagner lui-même le Taellien. Ce dernier est tout sourire à l'idée de quitter Lothi.

    « Messieurs, en route pour le Sud, reprend l'humanoïde. Allons rendre visite à ses fameux orcs, peu importe ce qu'ils sont. Et peut-être, tomberons-nous sur ces fameux braves guerriers. »

    Sur ces paroles, ses yeux étincelèrent d'excitation. Son objectif a changé de manière radicale. Au diable ce satané caillou, il doit retrouver ce robot qui, il en est certain, à quelque chose à voir avec lui. Encore un coup de ce professeur Zagi. Même mort, il arrive encore à l'ennuyer.





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