Doppelgänger sombre - Chapitre 11


John Lucas

Publié le 30/09/2020 17:28
Mis à jour le 07/10/2020 20:07

9 mins de lecture

Sian-ve

 Aux premières lueurs du jour, Sian-ve se met en chasse et attrape sans difficulté quelques lapins des montagnes. Il revient à la grotte et après les avoir dépecés et vidés, il les met à cuire, plantés sur un bâton, au-dessus du feu qu'il a allumé la veille au soir avant de se coucher.

 L'odeur de gibier grillé réveille Pai qui rejoint l'androïde. Il se lèche déjà les babines quant à l'idée d'avaler autre chose que de la viande séchée. L'humanoïde a juste le temps d'embrocher une part à chacun sur de petites branches et tout le monde vient s'asseoir près des flammes pour manger sa portion, dans un silence de cathédrale.

 Le repas terminé, chacun remballe ses affaires et le groupe se remet en route, toujours sans un mot. La descente se passe en toute tranquillité. Le robot et le lyar en tête s'arrêtent parfois pour attendre leurs camarades. Ils n'effectuent qu'une seule pause avant d'arriver dans les grandes plaines menant à la mer du sud.

 Un bruit fait dresser les oreilles de Pai.

 « Tu as entendu ça ?

 — Oui, oui. Tiens-toi sur tes gardes, j'aime pas trop ça » répond Sian-ve, les mains serrées autour de son sceptre.

 Les deux acolytes se retournent pour faire signe à leurs compagnons de presser le pas mais il est déjà trop tard et ceux-ci sont encerclés par de nombreux orcs. Le plus grand et musclé de la horde brandit un immense gourdin et s'avance vers le lyar et l'androïde.

 « Que faites-vous sur notre territoire, mécréants ?

 — Nous souhaitons nous entretenir avec votre chef, dit Pai sans se démonter face à l'imposante carrure de l'orc.

 — Et en quel honneur devrais-je accepter ?

 — Tulgar, mon frère, je me porte garant pour eux. Le monde en dépend. » intervient Gudrak.

 Le mastodonte se retourne, les lèvres retroussées dévoilant d'horribles crocs, et se dirige vers celui qui a osé l'importuner.

 « Mon frère ? Tu oses m'appeler ainsi alors que tu nous as lâchement abandonné pour aller vivre avec les humains.

 — Je t'en prie, de l'eau a coulé sous les ponts depuis la guerre d'il y a 25 ans.

 — Traître !! Emportez-le et tuez ses amis. »

 Un orc de taille moyenne dégaine une épée courte et s’apprête à taillader l'ogresse. Celle-ci, prise de panique, se laisse choir sur les genoux, les mains devant son visage en pleurs.

 « Grielaa !! » crie-t-elle.

 Dans un éclair de lumière, le petit être vert apparaît. Les orcs lâchent aussitôt leurs armes et mettent un genou à terre.

 « Relevez-vous, très chers. Quel est donc cet accueil ?! Bref. Ces personnes désirent voir votre chef et vous allez les y conduire. Et moi, je vous accompagne afin d'être certaine que vous ne les noyez pas.

 — Bien, Mère Esprit, répond Tulgar, en sueur.

 — Et bien, quel étrange spectacle auquel venons-nous d'assister, hein β-16 ? » murmure Pai.

 L'humanoïde reste sans voix, admiratif devant ce petit être qui domine ainsi une horde d'orcs de sa simple présence. Grielaa est aux côtés de Zehell et lui pose une main sur la joue. L'ogresse reprend alors confiance en elle et se relève, un sourire ayant remplacé les larmes.

 « Là, c'est mieux ainsi, dit l'esprit. Maintenant, en route. Ou plutôt, en mer.

 — En mer ? bredouille Sian-ve.

 — Pardonnez-le, môssieur a peur de l'eau, ricane le lyar.

 — Tu as vu comme je coule ? La seule fois où j'ai voulu me baigner, j'ai failli me noyer Tu n'aurais pas peur à ma place, peut-être ?

 — Pas d’inquiétude. La mer devrait être parfaitement calme aujourd'hui, tente de rassurer Grielaa.

 Les orcs préparent avec minutie un bateau, ou plutôt un rafiot, vu son état de délabrement assez avancé. Ils jurent que c'est là leur meilleur et qu'avec celui-ci, la traversée ne durera guère plus de deux heures, ce qui fait frémir un peu plus l'androïde. Il s'imagine mal tenir autant de temps si proche d'une éventuelle noyade. Tous embarquent et sont priés de prendre les rames pour aider les quelques orcs qui les accompagnent à pagayer. La grand-voile parsemée de petits trous n'est plus aussi efficace et à besoin d'un coup de main.

 Le courant et le vent leur sont favorables et leur progression est assez rapide. Toutefois, les rafales se font de plus en plus violentes, le ciel s'obscurcit et le tonnerre commence à gronder non loin. Sian-ve est recroquevillé au milieu de l'embarcation sous les yeux étonnés des passagers à l'exception de Pai. Il s'accroche de toutes ses forces à son banc et crie soudain de tout son soul.

 « On n'y arrivera jamais, la tempête arrive. »

 Personne n'ose lui répondre. Le lyar vient se blottir contre lui, espérant ainsi le rassurer. Les autres commencent également à pâlir à mesure que l'orage s'intensifie. La pluie fouette désormais la voile avec fracas et le bateau est balloté comme le serait une brindille dans une cascade, si bien qu'à chaque vague il n'est pas loin de se retourner et envoyer ses occupants dans les eaux agitées. L'esprit profite de son pouvoir pour disparaitre cependant que les orcs rient à gorge déployée.

 « Il s'est bien foutu de nous ce sylve, peste Pai. Et maintenant, il est où ? Reparti dans sa forêt comme un lâche.

 — Terre en vue, hurle un orc pour se faire entendre de tous.

 — Et voilà, la petite promenade de santé se termine, glousse un autre.

 — Ils sont tous aussi cinglés ? grommelle le lyar, très agacé, à l'intention de Gudrak.

 — Tu n'imagines même pas, lui répond celui-ci.

 — Et dire que je pensais irrécupérable, tu es un saint en réalité. »

 C'est ainsi que les compagnons arrivent sur les berges de Nazgdrak, Sian-ve en tête, sous le regard peiné de son ami à quatre pattes. Dans ce village d'apparence austère, chaque bâtiment est orné de piques et de crânes d'animaux. Il n'y a aucun chemin tracé, longues herbes et gravas se battent pour avoir la faveur des lieux. L'odeur va de pair avec l'allure repoussante des habitants, cela ressemble à des effluves de viande pourrie. Bien que son flaire n'est plus ce qu'il a été, Pai est le plus incommodé et sa colère n'en ai que plus accentuée.

 Un orc bien plus imposant que Tulgar vient à leur rencontre, accompagné du petit esprit sylve qui se cache derrière lui pour éviter le regard assassin que lui jette le lyar. La montagne qui se dresse devant eux n'a que seule arme ses poings et ses crocs acérés qui dépassent de sa mâchoire proéminente. Son visage est traversé d'une longue cicatrice recouverte de peinture, comme pour la masquer. Son aspect pourrait inspirer la crainte, il ne dégage pourtant aucune animosité.

 « Bienvenue ! dit-il d'une voix rauque. Je suis Kiar, chef de cette tribu. Grielaa m'a expliqué un peu la situation. Nous ferons tout ce que nous pourrons pour vous venir en aide. J'ai déjà envoyé mon grand sorcier récupérer cette fameuse clé. Il est le seul à savoir où elle se trouve. En attendant, venez, vous en mettre plein la panse avec nous. »

 Gudrak, s'avance et s'incline devant celui qu'il reconnait encore comme chef malgré des années loin de la horde.

 « Bonjour chef-père. Heureux de voir qu'au moins un membre de ma famille peut faire preuve d'une certaine intelligence.

 — Fils ! N'en veux pas à ton frère, quoiqu'il ait fait. Il n'a toujours pas accepté ton départ. »

 Kiar, d'un geste de la main, fait signe à son enfant de ne pas répondre puis se met en marche, l'esprit toujours à ses basques. Le groupe le suit jusqu'au centre du village où la horde s'est réunie autour d'un énorme feu. On leur sert de grosses portions de viande grillée qui, elle, ne sent pas la charogne et des chopes d'hydromel. Chacun profite de ce moment agréable. Pai questionne Gudrak dont il ne savait pas qu'il était le fils du chef des orcs. Sian-ve change les pansements de Zungash. Le sorcier orc fait alors son apparition. Il est très maigre pour quelqu'un de son espèce et son vieil âge se lit sur les plis de son visage. Il a dans la main une pierre topaze bleu ovale et lisse. Il la tend à Grielaa.

 « Merci sorcier. Messires, voici la première clé. Je vous la confie et prenez en grand soin. Comme elle appartient désormais aux orcs, c'est à toi Gudrak que je la remets.

 — Quel honneur.

 — Fils ! dit Kiar. J'ai moi aussi quelque chose pour toi. »

 Sur ces paroles, une vingtaine d'orc équipés pour le combat se rassemblent au côté de leur chef.

 — Ce sont mes meilleurs soldats. Ils sont à toi ainsi que mon navire de guerre. Grielaa m'a dit que vous deviez vous rendre chez les gobelins. Il vous sera plus rapide de passer par la mer. Cela vous évitera, en outre, de repasser par les montagnes.

 — Père...

 — Ce n'est pas tout. Je voulais aussi te dire que je suis fier de toi. Tu as eu le cran de me défier et de prendre une grave décision contre mon avis. Et regarde-toi, tu as des amis et tu pars sauver le monde. Oh. J'ai failli oublier. Va remettre cette missive à ton frère et attends qu'il en ait pris connaissance avant de le quitter. Et sache que s'il t'en veut autant, c'est parce qu'au fond, il t'aime.

 — Bien ! Merci Père. »

 Gudrak s'empare du parchemin tendu par Kiar et d'un geste de la tête ordonne à sa nouvelle armée de le suivre. Ses compagnons se joignent à lui et tous ensemble, ils découvrent le fameux navire de guerre des orcs. Il est immense, noir et entouré de nombreux piques à l'instar des habitations. Ses trois énormes voiles doivent faire de lui le plus rapide des bateaux que Pai a vu de sa vie. Sian-ve se sent rassuré en montant à bord, rien ne pourra le renverser se dit-il. Le capitaine ordonne de remonter l'ancre et voici le navire qui s'engage dans les eaux devenues plus calmes.





Auteur du Pen :

7
Abonné(s)

42
Article(s)


Suggestions :