Doppelgänger sombre - Chapitre 13


John Lucas

Publié le 21/10/2020 11:24

9 mins de lecture

Sian-ve

 La horde exulte. Ils ont mis en déroute leurs adversaires et en sont fiers. Les cris de guerre résonnent dans les grandes plaines et chassent les quelques animaux curieux qui s'étaient approchés pour assister aux combats. Gudrak, moins euphorique, accourt au côté de son frère, bientôt rejoint par Sian-ve, Pai et Zungash. Ils ne sont pas trop de quatre pour empêcher le mastodonte de se relever et d'élargir ses plaies. Celui-ci accepte finalement de s'allonger cependant que son cadet demande du tissu propre à ses compagnons et nettoie les blessures qui s'avèrent être moins profondes qu'il le pensait.

 « Tu t'es bien battu, mon frère, dit Gudrak d'un ton rempli de fierté.

 — Tu parles, je ne l'ai touché qu'une fois et tu as vu mon état, grogne Tulgar, dépité.

 — Ce ne sont que des égratignures ça, non ? Tu as connu bien pire durant la guerre. Un bon cataplasme et dans quelques jours, tu seras sur pieds. »

 L’aîné tourne la tête signifiant la fin de leur discussion. Gudrak qui n'a jamais vu son frère se morfondre ainsi, achève ses soins puis s'écarte pour rejoindre ses amis. Un peu plus loin, Grielaa est expulsé du géant. L'esprit sylve a épuisé tout son pouvoir et le contrôle a été rompu. Krax en profite pour tenter une évasion mais l'androïde, muni de son sceptre et le lyar, les nasaux fumants, lui barrent la route de manière prompt.

 « Laissez-moi passer, je vous en prie. Je n'ai rien contre vous.

 — Que faisais-tu avec eux dans ce cas ? demande Pai.

 — Ils retiennent mon fils en otage. Je dois absolument y retourner sinon ils vont le tuer.

 — Tu ne m'as pourtant pas l'air faible, intervient Sian-ve.

 — Le robot est trop fort. Vous avez bien vu.

 — C'est pas faux, hein β-16 ?

 — Effectivement, il est au moins aussi fort que moi. Mais quel était le but de votre visite ici ?

 — Je n'ai pas tout compris mais apparemment ils cherchent une pierre magique pour leur Empereur.

 — Malheur, ils sont au courant... se désole Grielaa. Laissez-le partir, je n'ai senti aucune once de méchanceté lorsque je l'ai possédé. »

 Les deux comparses s'écartent et observent le géant s'éloigner à toutes jambes. Il est plutôt rapide pour sa corpulence observe Sian-ve pour lui-même. Il aurait pu être utile dans leur quête.

 L'obscurité commence à tomber et tout le monde se regroupe sous la grande tente du poste d'avant-garde. Tulgar a déjà retrouvé de la vitalité et invite son frère et ses amis à boire l'hydromel de la victoire et à passer la nuit dans le camp avant de reprendre la mer.

 « Hé, Gud ! Pourquoi être repassé par ici ? Je te dois une fière chandelle, en tout cas. »

 Gudrak ouvre des grands yeux tant il est étonné de recevoir ce qui ressemble à des remerciements de la part de son frère et se rappelle qu'il est venu lui remettre la missive de leur père.

 « Père voulait que je te donne ceci. Et je suis bien content d'être arrivé à temps. »

 Tulgar lit le parchemin et se met à pouffer.

 « Il semblerait qu'on va devoir se supporter encore un moment. Père m'ordonne de t'accompagner. En tant que plus grand soldat orc, dit-il.

 — Il a raison. Ton aide sera précieuse. »

 L'immense orc met une énorme tape sur l'épaule de son cadet, s'éloigne vers la sortie et sans se retourner, lâche ces quelques mots.

 « Au fait, si j'étais si en colère contre toi, c'est qu'en fait j'étais jaloux de ne pas avoir eu autant de cran. »

 Gudrak regarde son frère sortir avec un large sourire. Il est très heureux que les choses aillent mieux entre eux. Il rejoint ses amis et ensemble, ils boivent quelques coupes d'hydromel avant d'aller se coucher.

***

 L'aube point et le réveil est fort difficile pour certains. L'hydromel des orcs est plus fort que n'importe quel autre. Pai et Zungash le découvrent à leur dépend alors que Gudrak qui s'est bien gardé d'en boire, est déjà prêt. Tulgar entre dans la grande tente centrale. Il s'est équipé d'un plastron et de jambières. Il souhaite laver son honneur à la suite de sa défaite de la veille et ne fera plus l'erreur de sous-estimer son adversaire.

 « Tu as là des amis bien faiblards, mon frère, se moque-t-il avec un rire rauque.

 — Le faible t'a sauvé les miches hier, grogne le lyar.

 — Et ils n'ont pas d'humour, en plus... Sans vouloir vous donner d'ordre, il serait temps de prendre la mer. Le voyage pour se rendre à Gor est assez long et si j'ai bien compris, vous êtes plutôt pressés. »

 L'orc sort, accompagné de son frère, bien décidé à rattraper le temps perdu entre eux.

 Une heure plus tard, tout le monde est réuni sur le pont du navire, à l'exception de Sian-ve.

 « Il doit sûrement encore faire une petite crise de panique à l'idée d'aller sur l'eau, dit Pai.

 — Mais qu'est-ce que tu racontes papy, ça fait une plombe que je vous attends. Ne vous voyant pas arriver, j'ai fait le tour du propriétaire. Les orcs sont prévoyants, il y a là-dessous de quoi nourrir un village pour un mois. Et je ne vous parle pas de la réserve d'hydromel.

 — Non, t'as raison, ne parles pas d'hydromel. »

 Le lyar, le poil hérissé et les moustaches frisées, va s'allonger en boule à l'avant du bateau.

 « Réveille-moi quand nous serons arrivés, β-16.

 — Il va dormir quatre jours ? s'étonne Tulgar.

 — Les lyars peuvent hiberner sur commande », explique l'androïde.

 Le voyage est agréable, la météo est clémente et la mer parfaitement calme. Sian-ve se repaît des histoires des orcs dont il boit les paroles et les prend pour vérité malgré la mise en garde de Gudrak. Ce dernier passe la plupart de son temps à discuter avec son frère de plus en plus admiratif. Zungash, lui, ne dessaoule pas de la traversée. Il est bien trop friand de l'hydromel des orcs et n'a pas trop hâte d'arriver chez ses semblables. Quant à Zehell, les orcs essaient tant bien que mal de lui donner plus de courage.

***

 Une magnifique cité sort de la brume matinale à l'horizon. Le navire va bientôt accoster à Gor. Le petit village gobelin a bien évolué et est devenu une grande ville, depuis le départ de Gashzun et Zungash. Ce dernier ne reconnait rien lorsque le groupe accoste au port et aimerait que son frère voie ça. Tous les bâtiments sont aussi luxueux que le palais de l'administrateur Meslaf et toutes les routes ont été pavées avec soin.

 Un groupe de gobelins les attend sur les quais pour les conduire à leur chef. Ils disposent de chariots tirés par des oiseaux dodus à trois pattes et aux ailes coupées qui les entraînent à vive allure jusqu'à la taverne. Si celle-ci n'a plus du tout la même allure, elle est toujours tenue par l'oncle de Zungash qui le dévisage à son passage.

 « Je commence à comprendre ce que tu as pu ressentir à Nazgdrak, Gud. J'espère qu'on ne va pas trop s'attarder ici, je n'ai pas envie de rendre des comptes, dit le gobelin.

 — Je te souhaite que cela s'arrange comme pour moi avec Tulgar » répond l'orc.

 Les deux camarades sont interrompus par l'entrée du chef gobelin, tiré à quatre épingles. Il est vêtu d'une belle chemise grise, d'un gilet sans manche noir et d'un pantalon en cuir marron de cerflier. Ses poignets sont cerclés de bracelets scintillants.

 « Depuis quand les gobelins sont si riches et coquets ? demande Pai au tavernier.

 — À la suite des guerres, il a bien fallu reconstruire le village. Les gobelins sont devenus des pillards et Orbruk s'est avéré très efficace. Depuis qu'il a été nommé chef, il aime exhiber ses richesses, gage de sa puissance.

 — Hum, je comprends mieux. »

 Une lumière vive ébloui la pièce et Grielaa fait son apparition. Il a dans les mains une pierre identique à celle reçue chez les orcs, à l'exception que celle-ci est rouge.

 « Bonjour, aventuriers. J'ai pris les devants et je suis allé chez le sorcier récupérer ceci. Ce vieil acariâtre déteste les non-gobelins et il refuse de vous rencontrer. Tiens Zungash, pour les mêmes raisons que Gudrak, c'est à toi que je la confie.

 — Merci, c'est un honneur.

 — Super, nous avons les deux pierres, dit Sian-ve, tout excité. Dépêchons-nous de repartir.

 — Attendez, intervient Grielaa dont les joues s'empourprent. J'ai omis un petit détail lorsque je vous ai parlé de ces clés. Le coffre qu'elles ouvrent ne se trouve pas dans le bois au sud de Nazgdrak. Il se situe en réalité dans la grotte Rog-ledh au sein de ma très chère forêt Thelthane.

 — Encore cette foutue forêt, grommelle Pai. Elle ne m'inspire pas du tout.

 — Tu te fait trop de soucis, essaie de le calmer l'androïde.

 — Et toi tu mérites bien ton surnom, β-16. »

 La bande se mit d'accord pour se reposer sur la terre ferme jusqu'au lendemain puis de reprendre le navire pour se rendre sur le continent principal et poursuivre leur route à pied. Si tout se passe bien, ils seront dans la grotte dans six ou sept levés de soleils.





Auteur du Pen :

7
Abonné(s)

42
Article(s)


Suggestions :