Doppelgänger sombre - Chapitre 14


John Lucas

Publié le 21/10/2020 11:24

10 mins de lecture

Lothi

 L'androïde presse le pas dans les mines de Glora mais ne fait que tourner en rond. Ces galeries sont un vrai labyrinthe lorsqu'on ne les arpente pas tous les jours. Il tape du poing contre les parois à chaque virage, vocifère insulte sur insulte et empoigne les esclaves taelliens pour leur demander le chemin, or ceux-ci ne sont jamais remontés à la surface depuis qu'ils sont prisonniers. De rage, il les envoie valser contre les murs puis se résolu enfin à attendre le nain, amusé par la situation, et le laisser le guider vers la sortie. En à peine quelques minutes, les voici sortis à l'air libre où ils retrouvent les deux soldats envoyés au rapport auprès de l'Empereur. La vue du Taellien, une chope à la main et aux joues rubicondes, fait remonter Lothi en pression. Il s'avance, prêt à rosser ce couard qui a osé lui désobéir et rester festoyer avec les nains plutôt que de prévenir leur souverain de leurs découvertes.

 « Sombre idiot, n'avais-tu pas un message à transmettre ? »

 Le robot lance son poing avec vélocité. À l'instant où celui-ci s'apprête à enfoncer le nez dans le visage du garde impérial, l'humanoïde se retrouve plaqué au sol.

 « Je ne t'ai pas prêté mon armée pour que tu la démolisses, gronde une voix dans son dos.

 — Maxarls... Grrr »

 Lothi sent la puissance de la gravité croitre et ne parvient pas à tourner la tête vers son agresseur dont les yeux sont emplis d'une lueur de haine.

 « Tu me renvois deux soldats et tu reviens sans les deux autres. Comme d'habitude tu n'en fais qu'a ta tête. J'espère qu'au moins tu as trouvé cette fameuse pierre d'espérance.

 — Non, mon emp..., intervient Dainmar.

 — Silence nain, le coupa l'empereur, furibond. Ne t'avais-je pas demandé de m'avertir en cas de problème ?

 — C'est que... euh... J'ai estimé qu'il agissait pour le bien de la mission.

 — Maintenant, Lothi, donne-moi une bonne raison de ne pas te mettre en pièce ici et maintenant.

 — Ceux de l'autre monde montent toute une armée pour rechercher ce fichu caillou. Parmi eux, il se trouve un robot identique à moi-même. C'est d'ailleurs mon créateur qui l'a conçu, avec mes restes, je présume. Nous avons eu un bref affrontement et je peux vous assurer qu'il est presque aussi fort que moi. Il ne faut surtout pas le sous-estimer. Donc, à part si vous vous rendez vous-même de l'autre côté, et à condition que votre technologie fonctionne également sur lui, vous savez très bien que je suis le seul capable de le vaincre.

 — Si je peux me permettre mon empereur, dit le nain du bout des lèvres, j'ai vu ce combattant à l'œuvre et je pense sincèrement que votre milice ne pourra rien contre lui. De plus, il possède un sceptre similaire à ceux de votre garde rapprochée, à l'exception que celui-ci ne fait pas que paralyser.

 — Hum, je vois. J'ai déjà eu affaire à cette arme. Elle appartient au chef de la rébellion Dakroonite. Je me demande bien comment elle est arrivée entre ses mains. Bref, je vais vous accorder une dernière chance. »

 L'empereur relâche son étreinte invisible sur Lothi puis contacte ses hommes restés à bord de son vaisseau et demande au responsable de la milice de lui envoyer ses quinze meilleurs combattants. D'un signe de la main, il ordonne à ses deux soldats de regagner l'aéronef. Il s'avance vers l'androïde et sors un petit objet rond de sa veste.

 « Prend ce holo-message et rends-toi sur Vaoya. Là-bas, montre-le à la cheftaine. Elle te confiera ses plus braves guerrières.

 — Des femmes ? s'interloque l'humanoïde.

 — Je peux t'assurer que tu n'as jamais vu aussi hargneux que ces espèces d'amazones, dit le nain. J'ai eu une fois affaire à l'une d'elle et voici ce que j'en ai récolté. »

 Dainmar soulève sa barbe et dévoile une belle cicatrice au niveau du cou.

 — Une femme qui met une raclée à un nain, quelle référence », se moque Lothi.

 Le nain empoigne son marteau, le sert très fort et le brandit. Maxarls le stoppe d'un seul regard.

 « Il ne mérite pas que tu salisses Harìn. Prends tes meilleurs hommes et accompagne-le. Normalement, mes hommes devraient être suffisants pour rendre la visite diplomatique mais on ne sait jamais comment réagissent ces sauvageonnes.

 — Entendu, mon Empereur.

 — Dans ce cas messieurs, je vous laisse. »

 Fewuam Maxarls disparait. Dainmar s'absente un instant et revient accompagné d'une douzaine de nains armés de marteaux ou de haches. Pendant ce temps, les soldats prygaliens, menés par leur commandant en chef, se sont présentés à Lothi, ravi de ne pas y voir de Taellien. Le nouveau groupe ainsi constitué emprunte un vaisseau de l'armée et se dirige vers la planète Vaoya.

***

 Malgré l’insistance du robot, le commandant prygalien, Harar, refuse que celui-ci pilote son propre engin. L'ensemble de l'équipage, tout heureux de pouvoir voyager en toute tranquillité et surtout d’atterrir sans encombre, le gratifie de sincères remerciements. Après un saut dans l'hyper-espace, l'aéronef survole une planète rocailleuse jaune, entourée de deux anneaux auprès desquels gravitent deux lunes. Avec une grande dextérité, le pilote pose l'appareil α-15 en douceur, au milieu d'une vaste prairie clairsemée de fleurs de toutes les couleurs. La passerelle est descendue et Lothi, accompagné de Dainmar, Harar et quelques soldats, foulent le sol chaud de Vaoya.

 Le petit groupe se met en route vers la ville qui leur fait face quand, des airs, surgit une centaine de drones qui leur projettent des aiguilles. Tout le monde s'effondre à l'exception de l'humanoïde qui est aussitôt entouré de toute une armée de femmes munies de lances électriques paralysantes. Trop occupé à voir ses hommes tombés un à un, il ne les a pas vu arrivées dans son dos.

 Les femmes se ressemblent beaucoup. Grande, blonde, yeux bleus et une belle musculature. Elles portent un uniforme kaki qui recouvre leur corps de la tête aux pieds et laisse juste apparaître leur sein gauche.

 « C'est comme ça que vous accueillez vos visiteurs ? grogna l'androïde.

 — Nous n’apprécions pas beaucoup les hommes sur cette planète. Nous préférons les capturer et les interroger ensuite, lui répond la plus jolie. Que faites-vous chez nous ?

 — C'est l'Empereur Maxarls qui nous envoie. Il m'a demandé de montrer ceci à votre cheftaine.

 — C'est moi-même. Mon nom est Dame Fortinha. Tâchez de vous en rappeler lorsqu'on vous demandera qui vous a botté le cul. »

 Le robot lui remis l'objet en question et jette un œil aux armes des Vaoyanne et comprend qu'elles sont similaires aux fusils de la milice impériale. Il juge préférable de ne pas jouer au plus malin. Le nain a peut-être raison en fin de compte, mieux vaut ne pas se frotter à ses sauvageonnes. La belle blonde enclenche le mécanisme et le holo-message fait apparaître une image de Fewuam Maxarls. Celui-ci explique que les rebellions taeliennes et dakroonites s'intensifient et qu'il a besoin d'aide pour trouver un artefact qui l'aidera à défendre Pryga d'une part mais aussi tout le système Jadtac, et par conséquent Vaoya. Il rappelle à Forti, comme il la nomme, qu'elle lui est redevable pour les raisons qu'elle connait et qu'il ne lui fera pas l'affront de nommer au cas où des oreilles mal intentionnées traîneraient, et que c'est au nom de leur amitié qu'il lui demande de rejoindre son armée, accompagnée de ses meilleures guerrières.

 Le message terminé, Dame Fortinha explose l'appareil au sol et le piétine de rage. Elle a les lèvres retroussées et est prête à bondir sur Lothi, impassible.

 « Que fait-on, ma Dame ? demande une jeune fille au visage tatoué.

 — Malheureusement, je n'ai pas le choix. Ce maudit Empereur est un fourbe sans scrupule.

 — Je ne vous le fait pas dire ! s'exclame l'humanoïde.

 — Toi, ta gueule. Ramasse ta bleusaille et tenez-vous prêt à décoller dans quinze minutes. Le temps pour moi de regrouper mes plus braves femmes. »

 Les vaoyannes s'éloignent cependant que l'androïde prend un plaisir malsain à réveiller ses hommes à grandes claques dans la tête.

 Une fois soldats à moitié anesthésiés et amazones des temps modernes à bord, le commandant fait décoller le vaisseau et programme le retour pour les mines Glora sur Pryga.

***

 L'aéronef se pose non loin de l'entrée des mines. Le nain est le premier à sortir Harìn à la main, prêt à aplatir d'éventuels ennemis, il a constaté une inhabituelle agitation lors de l'atterrissage. Un de ses hommes, un jeune soldat, sort des galeries, ensanglanté et le souffle court.

 « Que se passe-t-il là dessous ? demande Dainmar.

 — Le géant... Il est... revenu... C'est un massacre... Il a... Il a...

 — Il a quoi ? s'énerve le chef nain.

 — Il a délivré son fils et entraîné les Taelliens à se battre à leurs côtés.

 — Et merde ! »

 Dainmar s’engouffre dans le dédale et tombe vite nez à nez avec Krax qui malgré de nombreuses entailles sur tout le corps, décime l'armée naine, privée de ses meilleurs éléments. Le géant étonné ne peut éviter le coup de marteau que lui assène, avec haine, son adversaire et qui vient lui enfoncer un œil dans le crâne. Le nain profite de l'effet de surprise pour porter un second coup puis un troisième. Le mastodonte, épuisé par ses précédents affrontements s'écroule.

 « Vis mon fils ! » parvient-il à murmurer dans un dernier souffle.

 Dainmar, dans un état second, ne cesse de le frapper encore et encore. Une main métallique vient finalement lui arracher son arme et une deuxième l'envoie au tapis. Cela a le mérite de le sortir de sa frénésie mais il se fait la promesse de rendre la monnaie de sa pièce à ce maudit robot.

 Les valides aident les blessés à remonter à la surface. On dresse une grande tente dans laquelle on regroupe les corps sans vie des nains alors qu'on brûle le corps de Krax et des Taelliens qui ont été tués durant cette guérilla. Les esclaves survivants sont reconduits dans les mines pour reprendre leur labeur.

 « Et le géant prisonnier ? demande Dainmar à ses hommes.

 — Disparu. Un Taellien affirme qu'il a emprunté le passage de l'autre monde.

 — Et merde ! Avec un peu de chance, nous le retrouverons là-bas. Je lui réserve le même sort qu'à son père.

 — C'est bon le nain ? On peut y aller maintenant ? demande Lothi, sans ménagement, ni compassion.

 — Ouais, c'est bon, robot... Laisse-moi juste donner mes ordres et on y va. » bougonne le nain.

 Dainmar laisse ses consignes à ses hommes. Il veut un contingent armé autour de la roche transporteuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pour prévenir un éventuel retour de ce satané Grax. Il est maintenant prêt à mener nains, androïde, Prygaliens et Vaoyannes dans les mines pour se rendre de l'autre côté.





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