2-/ Le pendu


John Lucas

Publié le 23/01/2021 13:12
Mis à jour le 24/01/2021 00:27

6 mins de lecture

 Antoine manqua quelques jours de classe sur les conseils du médecin qui lui avait plâtrer le bras. Ses parents avaient voulu qu'il porte plainte mais il craignait la réaction de Steve et avait préféré se taire. Ses amis étaient venus tour à tour, parfois seuls, parfois en groupe, prendre de ses nouvelles et lui apporter une copie des cours. Il constata, assez surpris, que Marine était particulièrement touchée par ce qui lui était arrivé. Encore plus que les autres.

 Durant sa seconde visite, elle était venue seule. Entre autres bavardages, elle lui rapporta que Steve n'avait pas hésité à se vanter de son exploit auprès des autres élèves et se mit à pleurer. Son ami la prit dans ses bras pour la réconforter et sentit qu'il se passait quelque chose entre eux.

 Lorsqu'elle fût sur le point de partir, Antoine la rattrapa par la main et lui déposa un tendre baiser sur les lèvres. La jeune fille rougit et se pressa de quitter la maison.


 Le lundi suivant, Antoine était de retour au lycée. Lorsqu’il dit bonjour à ses camarades, Marine paraissait un peu gênée et fit comme s’il ne s’était rien passé quelques jours plus tôt. Vu la réaction de la jeune fille après ce fameux baiser, Antoine s’y était attendu et ne le prit pas mal. Il lui en reparlerait lorsqu'ils seraient que tous les deux.

 Une fois que chacun eut apposé sa petite touche artistique au marqueur sur le plâtre du garçon, le groupe se rendit en cours d’anglais. Assis au fond de la classe, les pieds sur la chaise voisine, occupée d’habitude par Kevin qui était absent, Steve ne manqua pas d’adresser un large sourire à sa victime.

 — Ne fais pas attention à lui, souffla Hugo à Antoine.

 Les deux amis s’installèrent à peine, que le proviseur entra avec autorité dans la salle de classe. Tous les élèves se turent et se levèrent.

 — Vous pouvez vous asseoir ! Je vais être bref. Vous avez sûrement constaté qu'Antoine a le bras dans le plâtre. Sachez que dorénavant, tout acte de violence dans ou aux abords de l’établissement sera passible d’exclusion définitive sans avertissement préalable. Bien compris ?

 En prononçant ses derniers mots, l’homme avait regardé Steve droit dans les yeux et ce dernier avait baissé la tête comme un enfant qu’on eut disputé, ce qui mit mal à l'aise Antoine, craintif d'éventuelles représailles de son tourmenteur.


 Deux jours passèrent sans encombre pour Antoine et ses amis. Steve se tenait à distance, seul – Kevin n'étant toujours pas revenu en cours – et surveillé de très près par les professeurs et les pions. Même le proviseur l'avait à l'œil dès qu'il avait un moment de libre.

 Juste avant la fin de la journée, pendant le cours de français, une voiture de police se gara devant le lycée. Les deux agents qui en sortirent vinrent dans leur salle de classe pour interroger les élèves.

 — Bonjour, commença le plus petit avec une grosse moustache. Nous sommes ici car votre camarade Kevin Barrio n'est pas rentré chez lui depuis samedi après-midi. D'après sa mère, il a un caractère assez sulfureux, ainsi une fugue n'est pas à exclure.

 — Nous aimerions donc savoir si l'un d'entre vous sait où il se trouve, poursuivi l'autre inspecteur.

 La surprise et la stupéfaction se lisaient sur les visages et un brouhaha montait, si bien que le professeur dû demander le silence. Steve paraissait troublé et ne cessait de regarder avec insistance Antoine et Hugo.

 — Mr Monier, reprit le premier agent. Il semblerait que Mr Barrio et vous soyez des amis proches. Est-ce exact ?

 — Ouais. Et alors ?

 — Vous n'êtes au courant de rien ?

 — Non. Je n'ai aucune nouvelle depuis qu'on a fini les cours vendredi. Je l'ai appelé ce week-end pour sortir mais il n'a jamais décroché.

 La sonnerie retentit et les policiers laissèrent les lycéens rentrer chez eux, non sans leur demander de les contacter si l'un d'eux avait une quelconque information au sujet de Kevin. En passant devant les officiers, Steve leur glissa :

 — Je n'ai rien dit devant les autres mais il a déjà fait ça il y a deux ans. Il s'était battu avec son beau-père. Il était réapparu au bout d'une semaine. Par contre, il me tenait au courant par texto. Pas cette fois.

 — Merci, Mr Monier.


 Antoine marchait aux côtés d'Eugénie alors que le groupe se rendait à leur grotte. Elle le regardait avec un sourire malicieux sur les lèvres.

 — Bon, tu vas me dire ce qu'il y a, dit le garçon. C'est Marine ? Elle t'a parlé du bisou, c'est ça ?

 — Non, tu l'as embrassée ? se moqua-t-elle. Tu sais bien qu'elle me dit tout.

 — Ouais, ben, vu le râteau qu'elle m'a mis, j'aurais préféré qu'elle le garde pour elle.

 — Tu te trompes. C'est juste qu'elle est timide et ne veut pas s'afficher devant les autres. En vrai, elle te kiffe grave.

 Paul interrompit leur discussion d'un cri strident lorsqu'il pénétra dans leur repère. Il était devenu blême et resta planté à l'entrée des lieux. Les autres se pressèrent pour le rejoindre et ce fut au tour des filles de hurler lorsqu'elles virent au fond de la caverne, Kevin, pendu. La corde avait été attachée à un anneau sur une des parois sur laquelle était peints en rouge de nombreux pentacles agrémentés de représentations de Baphomet. Au sol, sous le corps, des bougies formaient un cercle.

 — C'est quoi ce bordel ? balbutia Hugo. Les bougies, la corde, la peinture. Tout ça, c'est à nous.

 La panique le gagnait tandis que Paul, Eugénie et Marine étaient sortis, en état de choc. Antoine parvint à garder son sang-froid et sortit son téléphone afin d'appeler la police.

 — T'es fou ! On va nous accuser ! s'emporta son camarade, tentant de lui prendre son portable.

 — Calme toi, mec. On n'a rien à se reprocher. On ne peut pas juste se barrer sans rien dire. Et de toute façon, quelqu'un finira bien par le trouver et Steve sait qu'on vient souvent ici, il n'hésitera pas à nous balancer, ce qui fera de nous des coupables idéales.

 Antoine n'en revenait pas de garder son calme ainsi et d'être en mesure de réfléchir de manière aussi posée. Cela eut le mérite de calmer Hugo et il put ainsi prévenir les forces de l'ordre avant d'aller rejoindre leurs amis.





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