Chapitre 5 - Partie 4


John Lucas

Publié le 16/02/2021 21:51

6 mins de lecture

 Dorothy rangea la trousse de soin dans son sac à dos et entraina son mari en dehors du parc. Elle jeta un dernier coup d'œil en direction d'Oscar qui avait rattrapé leurs agresseurs et semblait décidé à leur faire regretter. Elle déploya son holo-carte et repéra une station de taxis à quelques rues de leur position. Le couple devait se presser de rejoindre la première ville intermédiaire, Philadelphie, et plus précisément Liberty Bell. Là-bas, ils récupéreraient un précieux indice concernant le point de passage suivant.

 Par bonheur, plusieurs véhicules étaient disponibles et Paul insista pour emprunter celui conduit par une personne d'origine asiatique.

 — Fais-moi confiance, avait-il dit. Les Coréens sont les meilleurs chauffeurs au monde. Efficaces, très discrets et peu bavards.

 Pour le coup, il avait eu raison et ils étaient arrivés à destination en un peu moins de deux heures, sans encombre et dans un silence qui avait fini par leur peser. Paul avait bien essayé à plusieurs reprises de lancer la discussion avec sa femme mais celle-ci avait prétexté ne pas se sentir bien et vouloir se reposer.

 Ils se rendirent au pied de la cloche où un membre de l'organisation distribuait les indices. Le tas de feuilles sur la table les informa qu'ils étaient certainement parmi les premiers. Le couple récupéra très vite un blason marqué d'un Y et Dorothy reconnut le symbole du York College of Pennsylvania. Sans perdre de temps, ils se mirent à la recherche d'un nouveau taxi, conduit par un Coréen si possible.

 Après avoir marché une bonne vingtaine de minutes, ils pensèrent que la chance leur souriait à nouveau lorsqu'ils tombèrent sur le même chauffeur qui les avait amenés là. Paul, tout souriant, ouvrit la portière à sa femme, qui en y passant uniquement la tête, vu une photo d'elle et son mari sur le smartphone de l'Asiatique. Elle ressortit et tira son homme un peu à l'écart.

 — C'est un assassin, ce mec, murmura-t-elle.

 — Mais qu'est-ce que tu racontes ? Il ne nous aurait pas transporté ici pour ensuite nous tuer pendant un hypothétique deuxième voyage.

 — Justement, réfléchis. Quel heureux hasard de retomber sur lui. N'aurait-il pas dû repartir à New-York ? Et regarde discrètement sur le siège passager, il y a nos têtes sur son téléphone.

 Comme Dorothy commençait à s'énerver, Paul s'exécuta et son visage se durcit à la vue de la photo. Il claqua la portière sans douceur et fit signe au conducteur qu'il pouvait partir. Le couple s'attendait à le voir sortir pour les prendre en chasse mais ce dernier, à leur grande surprise, démarra en trombe et s'éloigna à toute vitesse.

 — Il devait juste aider un assassin, conclut Paul. Par sécurité, on devrait prendre un bus.

 — Bonne idée. J'ai vu un arrêt deux rues plus haut.


 Après avoir patienter une heure à l'arrêt de bus puis avoir fait route pendant trois heures, le couple finit par arriver dans la ville de York. Ils se hâtèrent de se rendre au York College of Pennsylvania où ils récupèrent le second indice. Il s'agissait d'une photo d'une locomotive. Chacun enclencha sa holo-carte à la recherche d'un endroit qui pouvait correspondre. Paul abandonna assez vite, au plus grand dam de sa femme, qui, avec persévérance, trouva un musée ferroviaire à Altoona, au centre de l'état.

 — Cela nous rapproche de Pittsburgh, dit Paul avec enthousiasme. Ça serait donc bien ça. Je suis certain que l'arrivée de l'étape se fera là-bas. Les organisateurs aiment les grandes villes.

 La nuit tombait et un vent froid commençait à leur caresser les joues. Paul convainquit Dorothy de se réfugier dans un kiosque dans les jardins de l'université, déserté par les étudiants en vacances, pour s'y reposer une partie de la nuit. Assis sur un banc, il lui tendit deux petites pilules rouges alors qu'elle contrôlait la position des candidats sur la projection au-dessus de son poignet.

 — Tiens, avec ça, deux ou trois heures de semi-sommeil nous requinqueront autant qu'une bonne nuit dans un lit bien confortable.

 Dorothy interrogea du regard son mari, qui lui fit un clin d'œil rassurant, avant de les avaler sans rechigner.

 — Je suis passé à mon ancienne caserne récupérer quelques petites choses bien utiles, dit-il l'air très fier de lui.

 — J'ai vérifié sur la carte, il n'y a pas personne dans le coin, on devrait être tranquilles.

 — Petite rectification. Il n'y a aucun concurrent. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'assassin. Ceux-ci n'apparaissent pas sur l'hologramme.

 — Bah ouais, ça serait trop simple. Suis-je bête ?! Bon, vu que monsieur connait tout sur ce stupide jeu, il va pouvoir me dire à quoi correspondent les lignes rouges.

 — Ce sont en quelque sorte les bornes de l'étape. Il est interdit de les franchir, sous peine de se voir éliminer. Dans tous les sens du terme d'ailleurs. Maintenant à moi de poser les questions. C'est qui ce Mexicain ? Et ne me dis pas que tu ne le connais pas. Il ne s'inquiéterait pas autant pour toi.

 — Je crois que tes pilules font déjà effet, s'excusa Dorothy qui s'allongea sur le banc dos à Paul.

 — Ça met trente minutes à agir. Tu ne t'en tiras pas comme ça.

 — Bon, d'accord. Je le connais depuis très longtemps. Mais cela fait des années que je ne l'ai pas vu. C'est du passé et je n'ai vraiment pas envie d'en parler. Pas maintenant, en tout cas. Laisse-moi finir ce stupide jeu et récupérer mon fils, et là je te raconterais tout. Promis.

 Paul accorda ce délai à sa femme bien que tous ses secrets commençassent vraiment à le ronger. Il rumina tout le temps que Dorothy dormit. Le couple inversa ensuite les rôles. La jolie rousse montait la garde pendant que son époux se reposait.

 Lorsque Paul émergea, il ne vit pas tout de suite sa femme. Il regarda autour de lui et la repéra un peu plus loin dans les jardins en compagnie des jumeaux qui l'avait déjà accosté à l'infirmerie après la pose de leur implant. La discussion lui sembla houleuse, si bien qu'il courut aussi vite qu'il put pour les rejoindre.





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