Chapitre 5 - Partie 5


John Lucas

Publié le 23/02/2021 18:30

6 mins de lecture

 Alors que Paul dormait sur un banc sous le kiosque, Dorothy en sortit pour se dégourdir un peu les jambes à la suite de son petit somme. Le vent s'était levé et faisait voler ses longs cheveux tandis qu'elle fermait les yeux pour profiter du calme de la nuit. Un sourire se dessina sur ses lèvres quand une main vint se poser sur ses fesses et une autre attrapa son sein. Quand la poitrine de l'inconnu se plaque contre son dos et que son visage s'approcha du sien, elle sentit son souffle chargé d'effluves de chewing-gum aux myrtilles qui la ramenèrent à une époque lointaine qu'elle préférait oublier. Son cœur s'accéléra et ses joues s'empourprèrent de colère. La femme rouvrit les yeux et le ricanement de son mystérieux partenaire confirma sa crainte. Elle se retourna à toute vitesse et dans son élan, envoya une gifle monumentale du revers à la personne qui se tenait maintenant devant elle, sous le regard hilare d'un deuxième homme qui était en tout point identique au premier.

 — Je vois que tu as toujours aussi bon caractère, ma belle, dit le jumeau, entre deux rires. Je t'avais prévenu Ethan.

 — Ta gueule, Evan, s'énerva l'autre, la main sur la bouche. Je crois qu'elle m'a pété une dent.

 — Qu'est-ce que vous me voulez ?

 — Juste dire bonjour et discuter du bon vieux temps, poursuivit Evan. Il n'y a aucune raison de s'énerver.

 — Tu me prend pour une conne. Vous faites partis des assassins et moi des candidats. Vous n'êtes pas là par simple courtoisie, ça ne vous ressemble pas.

 — Tu as bien changé, pourquoi pas nous ?

 Les jumeaux, de manière très synchronisée, se tournèrent et observèrent en direction du kiosque où se trouvait Paul, et sans se parler, ils firent tous deux une grimace pleine de dédain avant de reporter leur attention sur la belle rousse qui les écarta pour se diriger vers son mari. Ethan lui agrippa alors le bras tandis que son frère sortait un revolver de la poche de sa veste et l'enfonça dans les côtes de la femme qui resta stoïque mais n'avança plus. Elle planta son regard bleu-vert, habituellement magnifique, devenu, à cet instant, glacial, dans celui très sombre de l'homme armé et posa d'un geste lent sa main sur son bras, qu'elle lui fit baisser sans effort. Ethan, plongé dans les yeux de Dorothy, commençait à transpirer.

 — Te rappelles-tu la dernière fois que tu m'as menacé de la sorte ? Tu as fini avec les deux bras cassés et une belle commotion cérébrale. J'ai bel et bien changé, comme tu dis, mais je pourrais encore t'envoyer à l'hôpital en un claquement de doigt.

 L'homme remballa son revolver et ce fût au tour d'Evan de se moquer de son jumeau qui, vexé, empoigna son frère par le col et leva le poing pour le cogner. Ce dernier en fit de même et Dorothy ne put se retenir de laisser un rire s'échapper.

 — Vous disiez avoir changé ? Toujours comme chien et chat à ce que je vois.

 Les jumeaux se lâchèrent et rire de bon cœur avec la femme.

 — Non, vraiment, dit Ethan. Maintenant que tu n'es plus dans nos pattes, nous n'avons aucune raison de nous en prendre à toi. Sauf, si on venait à nous payer pour cela, bien entendu. Mais, tu connais le système. Et nous voulions vraiment discuter avec toi. Après tout, nous avons aussi eu de bon moment, non ?

 L'homme voulut mimer un geste obscène de la main mais Dorothy lui attrapa rapidement et entreprit une clé de bras qui le mit au sol.

 — Je n'ai pas envie que mon mari surprenne ce genre de choses, vois-tu. D'ailleurs, s'il pouvait ne pas vous voir ça m'arrangerait aussi.

 — Il n'est pas au courant de ton passé ? demanda Evan.

 — Je crois que c'est râpé pour ce qui est de ne pas nous rencontrer, on dirait, bafouilla l'autre jumeau entre deux gémissements.

 La rousse relâcha sa prise et se tourna pour voir débouler à toute vitesse son mari qui semblait en furie. Celui-ci arriva et sans réfléchir décrocha une droite à Evan qui eut tout juste le temps de l'esquiver, sans quoi, il n'aurait pas donné chère de sa mâchoire tant Luc avait donné de puissance dans son coup. Celui-ci revint à la charge mais fut immobiliser par les deux jumeaux, qui perdaient patience et s'apprêtaient à répondre.

 — Du calme ! intervint Dorothy. Ces deux-là m'apprenaient juste quelques petits trucs d'auto-défense.

 — Euh, oui, voilà, on voulait juste aider la dame, dit Ethan.

 Les jumeaux libérèrent avec beaucoup de prudence Paul de leur étreinte. Le mari se posta au côté de sa femme qu'il enveloppa d'un bras musclé. Il observa les deux frères puis s'adressa à sa femme.

 — Tu es bien certaine ? Je les reconnais, ce sont eux qui te faisaient peur à l'amphi. Cependant, je ne saurais dire lequel tu as castré.

 Une étincelle traversa les pupilles d'Evan et il ressentit presque à nouveau la douleur dans ses testicules. Paul remarqua sa réaction et comprit que c'était de lui dont il s'agissait. Il fit un signe de tête vers son entrejambe.

 — Elles sont toujours là ?

 — Ma belle, je veux bien jouer aux gentils mais j'ai mes limites, grommela le jumeau concerné.

 — C'est bon Paul. De toute façon, ils s'en allaient. N'est-ce pas messieurs ?

 Les jumeaux acquiescèrent et commencèrent à s'éloigner quand l'un des deux se retourna comme s'il venait d'avoir une révélation.

 — Au fait, je t'ai vu avec Oscar. D'ailleurs, j'étais étonné que tu ne fasses pas équipe avec lui.

 Dorothy devint rouge pivoine et essaya de faire comprendre à l'homme de se taire par des petites mimiques de la bouche ou des yeux. Celui-ci, soit ne comprit pas, soit passa outre, et poursuivit son monologue.

 — Tu sais que son cousin, avec qui il participe, bosse pour Willis ?

 Cette révélation eut l'effet d'un coup de massue sur la femme. D'un seul coup, tout s'éclairait. C'était cet Eddy qui avait enlevé son fils. Tout collait, à commencer par la cigarette. Il avait sans doute profité des révélations de son cousin pour se faire mousser auprès de son patron. Cet homme n'avait visiblement aucun honneur. Voyant Dorothy médusée par ses propos, Evan préféra couper court et rejoignit son frère qui avait continué de marcher vers la sortie des jardins.

 Paul regardait sa femme mais voyait une étrangère tant celle-ci paraissait différente depuis le début du jeu. Il voulait lui poser des tas de questions, notamment à propos de ces jumeaux qu'elles avaient fait semblant de ne pas connaitre, ce qui semblait pourtant bien être le cas. Mais, il savait qu'il n'obtiendrait aucune réponse. Du moins, aucune qui ne lui conviendrait. Il la serra alors dans ses bras tandis qu'elle se laissa aller à sangloter.





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