Chapitre 5 - Partie 7


John Lucas

Publié le 24/02/2021 18:06

6 mins de lecture

 Patterson, accoudé à sa voiture de fonction dont le moteur chauffait, fulminait depuis que l'organisation avait diffusé son portrait ainsi que celui de son partenaire. Les deux hommes pensaient profiter de leur statut professionnel et de leur uniforme pour ne pas être démasqués par les candidats tout en utilisant leur rôle d'assassin pour enfin se débarrasser de ces deux meurtriers qui ont fait des ravages dans leur petite ville du Texas et notamment lors de la fusillade dans leur poste de police qui a coûté la vie à bon nombre de leurs collègues.

 Cette semaine-là, tout s'était déroulé très vite. Ceux que les journalistes du monde entier surnommaient « Les Suédois », avaient débarqués dans leur petite bourgade tranquille, où les seuls délits étaient des bagarres d'homme saouls, pour y semer la zizanie. En quelques jours à peine, on dénombrait déjà une quinzaine de victimes, au plus grand dam des forces de l'ordre qui ne parvenaient pas à mettre la main sur ces psychopathes, jusqu'à ce qu'ils se présentent d'eux-mêmes dans le petit commissariat. C'était, en quelque sorte, leur signature. Lorsqu'ils se lassaient de jouer au chat et à la souris avec la police, il lui rendait une petite visite d'adieu pendant laquelle ils tâchaient de faire le plus gros carnage.

 Plusieurs mois plus tard, Patterson et Cox ne pouvaient toujours pas effacer les images du massacre de leurs pensées. La vie avait repris son cours mais les deux hommes enquêtaient sans cesse afin de retrouver ces deux criminels. Ils découvrirent que la liste des villes où ils étaient passés était longue comme le bras. On l'étudiant de manière plus attentive, Cox remarqua que toutes étaient sous l'influence du grand ponte Willis. Cela ne pouvait être un hasard, les deux fous cherchaient très certainement à attirer son attention. Aussi, une idée lui vint alors en tête. Il avait vu à la télévision un spot publicitaire pour cette course incroyable et violente justement organisé par Marlon Willis. Les Suédois y prendraient part, sans aucun doute. Après en avoir discuté avec Patterson, leur décision ne fut pas longue à prendre et ils s'inscrivirent au programme en qualité d'assassins afin d'avoir une meilleure fenêtre de tir pour approcher leur cible.

 Leur couverture n'avait donc pas tenu une seule étape, et les meurtriers, dont ils étaient aux trousses, étaient désormais au courant de leur participation. Cox essaya tant bien que mal de désamorcer la colère de Patterson, sachant celui-ci capable du pire tant il était tendu ces derniers temps.

 — Calmez-vous shérif, ça ne change rien à nos plans. Nous allons mettre la main sur ces deux salauds et les butter. Ils savent qu'on est là, mais ils ne peuvent pas nous repérer sur la carte.

 — Mouais, mais ils seront sur leur garde.

 — Si vous voulez mon avis, ils ont tellement d'ennemis qu'ils n'y feront même pas attention.

 — Si tu le dis.

 Cox se lança dans un exposé sur les différentes méthodes de filature qu'il avait étudiées et qu'ils pourraient utiliser. Avec ses cheveux blonds coupés au bol et ses petites lunettes de soleil qui masquait ses yeux bleus, il faisait un drôle d'orateur. Il évoqua aussi la possibilité de collaborer avec d'autres policiers ou soldats avec qui il avait discuté à l'amphithéâtre. Patterson qui l'écoutait d'une oreille et affichait un visage acariâtre caressait sa grosse moustache noire parsemée de poils grisonnants.

 — Tu ne trouves pas que ça pue d'un coup ?

 Cox cessa son monologue et huma l'air nauséabond quand il entendit un bruit de branche cassée dans son dos. Il fit volte-face et vit plonger sur lui un sans-abri qui semblait vouloir l'attaquer. Sans difficulté, il lui attrapa la tête qu'il coinça entre le pli de son coude et son flanc gauche. Un deuxième homme, un peu en retrait, voyant l'insigne de shérif sur l'uniforme de Patterson, eut l'intelligence de stopper son assaut. Mais il était déjà trop tard et le moustachu sortit son arme qu'il braqua sur le malheureux Earl.

 — Qu'est-ce que vous faites, chef ? Ce ne sont que des clodos.

 — Je m'en fous !

 — Je sais que vous êtes extrêmement tendu avec les Suédois, mais ce n'est pas une raison pour déraper. Ils sont sous contrôle.

 Cox relâcha son prisonnier et posa une main sur le canon de l'arme pour la faire baisser. Il rencontra d'abord une certaine résistance puis le bras descendit le long du corps de son propriétaire pris de tremblements nerveux. Il se racla la gorge et cracha aux pieds des clochards. Marvin, pris de folie à la suite de ce mec de respect qui était pourtant habituel pour lui, se jeta sur le revolver de Patterson. La lutte, qui suivit entre les deux hommes, fut de courte durée. En effet, un ancien gérant d'une petite boutique, à la rue depuis quelques années, avait peu de chance face à un shérif texan en furie.

 Au moment où le sans-abri abandonna et lâcha le pistolet, un coup de feu partit et l'homme s'écroula aux pieds du shérif. Cox s'affola et voulut désarmer son partenaire sous les yeux médusés d'Earl qui secouait son ami pour le faire revenir à lui, en vain. Patterson asséna un coup de crosse sur la tête de son adjoint.

 — Plus jamais, tu essayes de me prendre mon Colt. Compris ?

 — Mais vous avez pété une durite ou quoi ?

 Leur dispute fut interrompue par les holo-cartes qui s'ouvrirent affichant le portrait de Marvin barré d'une croix rouge et du mot « décédé ». Le visage laissa place à un message indiquant que Patterson venait de faire gagner cinq cent mille dollars à son duo. Grisé par cette annonce, le shérif releva son revolver et fit feu à nouveau feu pour abattre Earl qui s'affala sur son compagnon d'infortune, sous le regard impuissant de Cox.

 — Toi, tu l'ouvres et je te colle un pruneau aussi, dit Patterson, l'arme pointée sur son partenaire. Après tout, nous faisons partis des assassins, non ? Et je viens de nous payer une super retraite, en supplément. Je suis certain que ces déchets ne manqueront à personne.

 La projection qui ne s'était pas rétracter afficha de nouveau le portrait du nouveau défunt et le message informatif, pour le plus grand plaisir du moustachu qui affichait un large rictus faisant froid dans le dos de son adjoint. Les deux policiers remontèrent dans leur voiture dans un silence de mort et reprirent leur route.





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