Chapitre 6 - Partie 1


John Lucas

Publié le 02/03/2021 18:10

6 mins de lecture

 Dorothy avait passé une nuit affreuse, tantôt hantée par l'image du visage de Marlon se déformant en celui de Melvin puis par celle de son fils gisant dans une mare de sang, Willis penché sur son corps, un large couteau à la main et un rictus sadique sur les lèvres. Après trois tentatives de repos soldées par autant de réveils en sursaut, elle abdiqua et se rendit au salon où son mari ne dormait pas non plus. Il garda d'abord le silence puis se résigna à lui parler.

 — Chérie, dit-il d'un ton posé. Je sais que ça doit être compliqué pour toi cette situation, mais je pense que me parler te ferait du bien. Nous ferait du bien.

 — Je ne m'en sens pas capable. J'ai fait tellement d'efforts pour oublier cette partie de ma vie... J'en ai tellement honte...

 Les yeux de la belle rousse brillaient dans la pénombre de la chambre éclairée par l'unique lueur de la lune qui perçait les rideaux semi-opaques. Paul le remarqua et se leva pour aller l'enlacer tendrement.

 — Et là, tout t'explose à la figure, hein ? Le passé finit toujours par nous rattraper, il faut croire. Si au moins je savais de quoi il en retourne, je pourrais t'aider.

 — Je ne veux pas te mêler à ça. Tu es à mille lieues de t'imaginer de quoi il est question et de quoi il est capable.

 — Tu commences à me faire peur. C'est qui ce « il » ? Marlon Willis ?

 — Je t'en ai déjà trop dit.

 — Ou pas assez.

 — S'il te plait, l'implora-t-elle presque. Oh, regarde, tu saignes. Ta blessure a dû se rouvrir. Viens par-là, je vais refaire le pansement.

 Paul se rendit dans la salle de bain tandis que sa femme allait chercher la trousse de soin dans son sac resté dans la chambre. Dorothy nettoya ensuite la plaie sur le bras de son mari, puis appliqua des strips qu'il avait trouvés dans la petite armoire au-dessus du lavabo. Dans celle-ci se trouvait un vrai nécessaire de chirurgien : compresses, scalpel, fil, seringue, médicaments, etc... Les organisateurs avaient pensé à tous, si on ajoutait les bouteilles d'alcool dans le minibar.

 Le bandage remis en place, le couple échangea un regard complice et s'embrassa avec passion. Dorothy était contente de voir Paul aussi compréhensif et accepter de la laisser un peu en paix avec tous ses secrets. Cette réconciliation lui faisait un bien fou. Elle savait néanmoins qu'à l'issue de la compétition, elle lui devrait des explications, mais elle préférait ne pas y penser. D'autant plus qu'il fallût déjà qu'ils survivent et cela malgré les difficultés qui ne faisaient que commencer à s'accumuler, elle en était certaine. En dépit des circonstances, Dorothy entraina son mari dans la chambre et oublia un instant ses soucis pour profiter d'un bon moment.


 Un cliquetis au niveau de la porte d'entrée attira leur attention et mit fin à ce doux moment. Paul, en caleçon, se précipita pour l'ouvrir et surprendre un éventuel malfaiteur, mais celle-ci été verrouillée de l'extérieur. L'homme jeta un coup d'œil à sa montre, il leur restait une heure et demie avant le départ. Il força sur la poignée mais rien n'y faisait. Sa femme le rejoignit et posa son oreille sur le bois et entendit des rires étouffés.

 — Bon fini de jouer les petits rigolos, cria-t-elle. Ouvrez cette porte et réglons ça face à face.

 Pas de réponse, si ce n'est toujours ces petits ricanements. Paul prit de l'élan et tentant d'enfoncer la porte d'un coup d'épaule, sans succès. Elle était bien trop épaisse et sécurisée. Le bruit avait provoqué l'hilarité de leurs persécuteurs, qui ne faisaient plus aucun effort pour être discrets.

 — Vas appeler la réception, commanda Dorothy. Et vois s'ils peuvent faire quelque chose.

 Paul obéit et retourna au salon utiliser l'interface de liaison chambre-accueil qui consistait en une tablette à écran incurvé qui projetait un hologramme. Il composa le numéro et attendit qu'on daigne décrocher, ce qui prit une bonne dizaine de minute. Pendant ce temps-là, sa femme, après s'être assurée qu'il ne la voyait pas, tira une épingle de son chignon et sa longue chevelure retomba gracieusement dans son dos. Elle introduit l'ustensile dans la serrure et le fit jouer de droite à gauche, de haut en bas, d'avant en arrière. Un nouveau cliquetis, semblable à celui entendu quelques minutes plus tôt, retentit et fut suivi d'un vacarme quand les personnes postées derrière la porte prirent la fuite à son ouverture par Dorothy. Dans le tumulte, la rousse ne distingua pas bien les petits plaisantins. Elle avait juste vu un jeune homme et une jeune fille, mais n'avait pas eu le temps de bien les détailler.

 Paul s'énervait contre la dame de l'accueil qui refusait d'envoyer quelqu'un, sous prétexte qu'il ne devait s'agir que d'une vulgaire blague. Il entendit la porte s'ouvrir et raccrocha au nez de la mégère afin de rejoindre son épouse.

 — Ils ont fini par ouvrir, dit-elle tout sourire. Ce n'étaient que des gamins qui s'amusaient.

 — Comment ont-ils bloqué la porte ?

 — Ils devaient avoir la clé, continua-t-elle de mentir. Certainement des enfants d'employés.

 Paul regardait sa femme d'un air perplexe. Il n'était pas convaincu, mais à quoi bon chercher à comprendre, il n'obtiendrait, encore une fois, aucune réponse satisfaisante. L'essentiel était qu'ils pouvaient maintenant se rendre sur la ligne de départ.


 Le couple arriva quelques minutes avant le début de la nouvelle étape, hors d'haleine. La descente vers Point State Park leur avait pris plus de temps que prévu et il s'en était fallu de peu pour qu'ils ne soient pas à l'heure. Ils rejoignirent les autres candidats et le présentateur annonça qu'ils avaient deux jours pour rejoindre le Motor Speedway d'Indianapolis où ils disputeraient des courses automobiles qui pourraient bouleverser le classement. Une course dans la course à laquelle ne prendraient pas part les deux retardataires qui arrivaient en se pressant et qui furent abattues par deux des militaires accompagnant les organisateurs. Les coups de feu avaient surpris les participants, à commencer par Dorothy et Paul, qui étaient arrivés à peine cinq minutes avant le duo éliminé. Paul déglutit et se tourna vers sa femme.

 — Un peu plus et ça aurait pu être nous, dit-il la gorge nouée. Tout ça à cause de sales gosses.

 Un murmure parcourait l'assemblée qui se dispersa rapidement une fois le choc passé. Dorothy chercha Oscar dans la foule mais celui-ci était introuvable. Dommage, elle aurait aimé avoir une conversation avec lui au sujet de son cher cousin.





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