Chapitre 6 - Partie 2


John Lucas

Publié le 02/03/2021 18:10

6 mins de lecture

 Les concurrents se pressèrent au point de ravitaillement, situé au fond du parc, au niveau de la grande fontaine, offrant une très belle vue sur la rivière. Evan ramassa son sac à dos et laissa son frère prendre le sien plus un troisième, plus gros et réservé aux duos d'assassins. Celui-ci contenait armes et munitions pour l'étape. Dans ce jeu, il faisait bon être un criminel. Tout était en leur faveur.

 Ils s'assirent sur un banc en béton qui entourait les jets d'eau et patientèrent un moment, se remémorant leur passé et notamment leur rencontre avec Dorothy. À l'époque, ils débutaient dans le métier de tueur à gages, ou plutôt de chasseur de primes, comme ils préféraient le dire. Ils n'avaient ni Dieu, ni maître et travaillaient pour le plus offrant. De vrais mercenaires des temps modernes. Les deux grands bruns au corps athlétique, bien que très jeunes, s'étaient rapidement fait un nom et raflaient toutes les récompenses, sans éprouver de scrupule, si bien que toutes les organisations criminelles tentaient d'arracher leur exclusivité, à commencer par les frères Willis. C'est d'ailleurs grâce à eux qu'ils firent connaissance avec la fameuse Lady Spencer qui ne cessa de les surprendre et de les impressionner.

 Encore à ce moment, lorsque Dorothy arriva, le visage tiré par la fatigue, et qu'elle les fusilla du regard, leur faisant bien comprendre de ne pas s'approcher, ils éprouvaient encore de la crainte à son égard. Bien entendu, cela ne les arrêta pas à aller la retrouver, tout sourire. La belle rousse qui récupérait son paquetage devint rouge de colère, prête à les accueillir comme il se devait. Son attention braquée sur les jumeaux, elle ne vit pas arriver dans son dos deux véritables colosses qui l'immobilisèrent. Paul n'eût pas le temps de réagir qu'Evan pointait un revolver sur son entrejambe.

 — Tu bouges, t'as plus de boule, railla-t-il. Eh ouais, chacun son tour, mec.

 Cette petite boutade avait beaucoup amusé Ethan et les deux mastodontes qui partirent dans un rire gras et postillonnèrent dans les cheveux de Dorothy.

 — Vous, dit-elle calmement aux frères, vous allez me le payer très cher. Et vous le savez.

 — Tout doux ma belle, dit Ethan d'une voix hésitante, après avoir déglutit. On nous a juste demandé de lui transmettre un message. Reste ici bien sagement avec ces deux anges, et on te le renvoie, sans bobo, d'ici une petite demi-heure.

 — Si monsieur veut bien se donner la peine de nous accompagner, continua Evan. Ne tente rien de stupide. Comme mon frère vient de le dire, tu retrouveras ta chère et tendre d'ici peu et aucun mal ne te sera fait.

 — Paul, fais ce qu'ils te disent. Ce sont des mercenaires, des tueurs, mais ils tiennent leurs paroles. Et s'ils avaient voulu t'assassiner, ça serait déjà fait.

 — Hallelujah, conclut Ethan.

 Paul suivit les jumeaux sans rechigner, même s'il n'était pas rassuré de laisser sa femme aux mains de deux espèces de catcheurs poids lourd. Mais pour le coup, il se sentait obligé de lui faire confiance sans poser de question. Le trio sortit du parc et marcha quelques minutes jusqu'à un bâtiment abandonné derrière l'université Duquesne. Ils pénétrèrent dans une immense salle de classe toute délabrée et Paul fut pris de nausées quand une forte odeur de moisissure vint titiller ses narines. Evan le ligota à une chaise en bois, qui semblait deux fois plus vieille qu'eux tous réunis.

 — Bon, alors, qu'est-ce que vous aviez à me dire, aboya Paul.

 — Eh beh, le même caractère de cochon que madame, ricana Ethan. Je comprends pourquoi elle t'a choisi. Bref, je vais faire court. Tu te souviens les coups de fil anonymes que tu as reçu quelques temps avant le début du jeu ? Tous ce qu'on t'a dit n'est que pure vérité. Tu es le fils de Melvin Willis, frère de Marlon Willis, instigateur principal de The Race.

 — Encore ces conneries ?!

 Le jumeau lui tendit une photo sur laquelle on voyait un homme avec un enfant dans ses bras. L'homme ressemblait de manière très prononcée à Marlon Willis alors que l'enfant était le portrait craché de Paul au même âge.

 — Pfff. Ça ne veut rien dire. Avec la technologie actuelle, il est facile de faire ce genre de montage.

 — Mais c'est qu'il est borné. Tu crois que le plus grand ponte du crime organisé des États-Unis dépenserait des fortunes pour un parfait inconnu sans être certain de lui ? Réfléchis un peu.

 — Soit, admettons. Pourquoi maintenant ? Et quel est le rapport avec Dorothy ? Pourquoi faire enlever son fils ?

 — Alors là, je ne peux répondre qu'à la première question. Il a découvert ton existence qu'il y a quelques semaines. Voilà pourquoi maintenant. Pour ce qui concerne ta douce épouse, on nous a formellement interdit de t'en parler. C'est quelque chose que tu devras voir avec elle.

 — Pourquoi n'avoir rien fait ou dit hier ?

 — Nous n'avions pas encore rencontré les enfants de Willis qui nous ont copieusement graissé la patte.

 — Ethan ! gronda Evan. Ferme-la et viens ici.

 Les deux frères s'éloignèrent et laissèrent Paul digérer ce qu'il venait d'apprendre. Ils commencèrent à se disputer et faillirent en venir aux mains. Evan reprochait à Ethan d'avoir révélé une information importante qui pourrait leur attirer des ennuis. Pendant ce temps, le prisonnier en profita pour tirer sur ses liens qui se desserrèrent sans résistance. Il observait la querelle et tendait l'oreille dans l'espoir d'entendre d'autres choses aussi intéressantes que la bourde d'Ethan. Lorsqu'il comprit qu'ils ne lâcheraient plus rien, il se leva et se mit à courir comme un dératé vers la sortie. D'un coup d'œil en arrière, il put voir que ses ravisseurs était mort de rire et le regardait s'échapper sans bouger. Il ne comprit pas leur attitude mais ne se plaint pas.

 Paul remontait doucement vers le parc où l'attendait Dorothy et sa garde rapprochée. Il actionna son holo-carte et confirma que les jumeaux faisaient partie des assassins, ce qui rendait leur attitude que plus étrange. Il vit aussi que sa femme se déplaçait dans sa direction et il ne tarda pas à la rejoindre.





Auteur du Pen :

13
Abonné(s)

94
Article(s)


Suggestions :