Chapitre 6 - Partie 3


John Lucas

Publié le 10/03/2021 18:00

6 mins de lecture

 Parker et Darren répétaient une énième fois leur plan pour mettre Marlon Willis sur les verrous à l'issue de la compétition. Inscrits comme simples hommes d'affaires en quête d'un peu d'adrénaline, ces deux inspecteurs de la police d'état californienne préparaient leur mission depuis plus de trois ans quand ils avaient découvert que le grand ponte était l'instigateur de ce jeu populaire. Y voyant là une opportunité à ne manquer sous aucun prétexte, ils n'avaient pas hésiter à participer malgré le désaccord de leurs supérieurs. Leur objectif était clair, suivre Willis chez lui après la remise de la récompense ultime et trouver de quoi le coffrer pour de bon, sans lui donner la possibilité de corrompre les autorités.

 Le banquet de la veille avait cependant quelque peu contrarié leur projet. En effet, au cours de la soirée, alors que les policiers sous couverture observaient le maître de cérémonie, sourire carnassier aux lèvres, discuter avec une jolie rousse, deux grands blonds aux yeux bleus les avaient accostés pour les narguer. Il s'agissait des fameux « Suédois » qui, quelques années plus tôt, avaient également fait halte dans le nord Californie pour y perpétrer un de leurs célèbres massacres. Parker, plus âgé et plus sage, avait dû contenir les ardeurs du jeune et sanguin Darren pour ne pas attirer l'attention. Les inspecteurs s'étaient mis d'accord pour ajouter ces criminels à leur tableau de chasse. Ils feraient d'une pierre deux coups et s'attireraient les louanges des médias.

 L'ainé termina sa récapitulation tandis qu'il attrapait son sac à dos. Son coéquipier lui tapota l'épaule et d'un signe du menton désigna deux colosses qui encadraient la femme avec qui Willis discutait la veille. Elle ne semblait pas s'accommoder de leur présence et regardait avec colère trois hommes sortirent du parc.

 — Tu crois qu'on devrait aller voir si elle a besoin d'aide ? demanda Darren.

 — Si on aide toutes les demoiselles en détresse, on n'a pas fini.

 — C'est certain. Mais là, on est juste à côté et franchement ces deux gorilles ne sont pas du tout rassurants. On l'en débarrasse vite fait et on continue notre route.

 Parker abdiqua devant l'insistance de Darren et les policiers s'approchèrent du groupe. Ils avaient l'intention d'uniquement parlementer, espérant que cela soit suffisant car ils ne voulaient pas prendre le risque de se faire remarquer, mais n'eurent de toute façon pas le temps d'intervenir. Dorothy envoya un coup de coude dans le foie d'un des deux hommes qui se plia en deux, puis elle pivota et profita de la force de rotation pour envoyer son sac dans la figure du deuxième, qui grogna. Elle arracha la matraque – un tonfa – qui pendait à la ceinture du premier et l'assomma d'un coup derrière la tête. Elle faisait désormais face au plus grand et costaud des colosses. Parker qui ne vit aucune peur dans son regard, uniquement de la rage, retint son collègue en l'attrapant par le bras.

 — Regarde ta belle en danger, elle va n'en faire qu'une bouchée.

 — Tu rigoles, répondit Darren affolé. Il fait au moins trois têtes et un quintal de plus qu'elle. Il va la manger toute crue.

 — On parie vingt billets ?

 Le jeune inspecteur regarda son coéquipier, interloqué, alors que lui souriait, confiant et sûr de lui. Darren soupira et sortit une liasse de dollars.

 — Je double la mise, dit-il. Mais je te préviens, si la situation devient trop critique pour elle, j'interviens et j'envoie ce mastodonte à l'hosto. J'ai justement besoin de me défouler depuis que ces satanés « Suédois » sont venus nous provoquer.

 — Et tu crames notre couverture ? Comment vas-tu expliquer qu'un homme d'affaire soit expert en arts martiaux ?

 — Ah merde, je n'y avais pas pensé.

 — Qu'est-ce que tu ferais sans moi, Darren ! se moqua Parker.

 Le combat entre la femme et la montagne reprit. Elle esquiva un crochet du droit qui aurait pu lui décoller la tête et frappa du pied à l'arrière du genou droit de son assaillant qui ne broncha pas. Celui-ci esquissa un sourire malsain et essaya d'empoigner la rousse, qui, beaucoup plus rapide, le contourna et lui assena un terrible coup de matraque dans le creux de reins. Le colosse gémit et se tordit de douleur. Dorothy en profita pour attraper un deuxième tonfa à la ceinture de l'homme et se mettre en position de défense, les deux armes tenues par les poignées, longeant ses avant-bras.

 Darren n'en revenait pas, cette femme montrait des capacités hors-normes. Il ne faisait plus aucun doute qu'elle allait coucher ce gorille, si bien qu'il remit déjà l'argent du pari à son partenaire. Parker riait devant son air ahuri.

 — Avec l'âge, tu apprendras à reconnaitre une personne qui sait se défendre. Cette femme paraissait trop calme pour n'être qu'une simple demoiselle en détresse.

 Le colosse rugit et chargea sa cible qu'il inonda de coups de poing, sans réfléchir, aveuglé par la colère. Dorothy, toujours plus rapide, contrait à l'aide des matraques, puis voyant une ouverture, balança un revers d'un deux tonfas, qui vint taper la tempe de l'homme et lui exploser l'arcade sourcilière au passage. Il vacilla et la rousse l'aida à s'effondrer d'une attaque rapide dans les jambes. Elle l'assomma, comme le premier colosse, d'un coup de matraque derrière la tête.

 Dorothy se retourna vers Parker et Darren, les tonfas toujours en main, prête à poursuivre le combat.

 — Oula, intervint Parker. Nous étions juste venus vous porter secours, mais il semblerait que vous n'ayez pas besoin de nous pour vous défendre.

 — Tout va bien, merci. Vous pouvez poursuivre votre chemin.

 — C'est votre mari que les deux autres ont embarqué ? demanda Darren.

 — Oui, mais je les connais bien, ils ne lui feront rien. Mais ces deux-là, eux, ne me plaisaient pas du tout, ajouta Dorothy, désignant les deux hommes au sol.

 — J'espère qu'on ne vous déplait pas, plaisanta Darren. Désirez-vous qu'on vous accompagne pour récupérer votre époux ?

 — Non, ça ira. S'ils me voient arriver avec quelqu'un, ils vont s'énerver. Comme je vous ai dit, je les connais très bien, je saurais me débrouiller.

 — On n'en doute pas, dit Parker avec un large sourire. Darren, laissons cette dame faire ce qu'elle a à faire et poursuivront notre route. Nous avons nous même beaucoup à entreprendre pendant cette course.

 Les policiers regardèrent Dorothy s'éloigner et sortirent à leur tour du parc. Darren se retourna une dernière fois, inquiet de laisser cette jolie rousse s'en prendre seule à des malfrats.





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