Chapitre 6 - Partie 4


John Lucas

Publié le 10/03/2021 18:07
Mis à jour le 10/03/2021 18:09

6 mins de lecture

 Dorothy s'était assuré que son mari allait bien et ne présentait aucune blessure. Elle l'avait ensuite entrainé dans une rue bondée de monde. Elle l'interrogea sur le contenu de sa discussion avec les jumeaux mais Paul resta plutôt évasif. Il lui dit qu'ils lui avaient parlé des fameux coups de fil anonymes et de ses parents. Enfin, surtout de son père. Ce n'était pas eux qui avaient téléphoné mais on les avait payés pour qu'il confirme l'histoire, photo à l'appui.

 — Et donc, c'est qui ton père ? demanda sa femme.

 — Pas celui que je croyais, visiblement.

 — Tu ne vas rien me dire ?

 — On a chacun nos petits secrets, répondit Paul avec un air narquois.

 Dorothy se renfrogna puis accepta la décision de son mari. Ce n'était après tout qu'un juste retour des choses pour son propre refus à révéler son passé.

 — En revanche, reprit l'homme très fier de lui, je peux te dire que les enfants de Willis prennent part au jeu incognito.

 — Sérieux ?! À tous les coups, ce sont les jeunes qui nous ont tirés dessus. Je parie que c'est Ethan qui n'a pas su tenir sa langue.

 — Tu les connais si bien que ça ?

 Dorothy se mordit la lèvre. Elle venait de relancer la machine à question de son époux. Elle lui décrocha son plus beau sourire, se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa tendrement. Paul se laissa aller à cette étreinte de plaisir et oublia ses interrogations. Cependant, ce moment de douceur fut rapidement interrompu par une nouvelle salve de balles qui ricochèrent sur les voitures autour d'eux, entrainant un mouvement de foule et les hurlements des passants.

 Décidément, on s'acharnait sur eux. On les harcelait. Réfugiés derrière une voiture, ils essayèrent de voir à travers les vitres les responsables de ces tirs et reconnurent le garçon et la fille qui tenaient leurs fusils prêts à faire feu. Cette fois, ils semblaient bien vouloir en finir et ne plus seulement leur faire peur. Dorothy se sentit alors obligé d'agir. Elle récupéra à nouveau l'épingle dans ses cheveux et força la serrure de la portière côté passager du véhicule qui les protégeait. La porte s'ouvrit, elle se glissa sur le siège et arracha la plaque de plastique sous le volant, dévoilant un amas de fil électrique. Elle en arracha deux qu'elle mit ensuite en contact et le moteur vrombit. La femme fit signe à son mari de grimper, se mit au volant et démarra en trombe. Le couple garda la tête baissée, le temps d'être hors de portée du mitraillage des deux jeunes. Paul regarda alors sa femme mi-étonné, mi-effrayé. Celle-ci se tourna vers lui, toute gênée et attristée par l'expression sur le visage de son mari. Elle ouvrait la bouche pour se justifier quand une fourgonnette vint percuter l'arrière de leur véhicule, leur faisant faire deux tours sur eux-mêmes.

 Après quelques minutes pendant lesquelles le couple retrouva ses esprits et ne constata que des hématomes et de légères entailles, ils sortirent du véhicule et s'efforça de faire du stop, Paul refusant catégoriquement que sa femme recommence ses petites tours de voyou dont il attendait des explications. Il n'eut droit qu'à un discours fuyant mais sincère.

 — J'ai fait des choses dont je ne suis pas fier. Et crois-moi, si je le pouvais, je changerais volontiers cette partie de ma vie, même si elle m'a appris beaucoup de choses.

 — Comme à voler une voiture...

 Le silence s'installa alors entre eux jusqu'à ce qu'un véhicule s'arrête à côté d'eux, son conducteur en sortant tout excité. Il était tout petit et tout maigre, les cheveux très longs et la barbe hirsute. Ses petites lunettes rondes lui donnaient des allures de hippies d'il y avait deux siècles.


 Paul et Dorothy faisait désormais route vers Indianapolis à bord du pickup, qui avait accepté de les prendre en stop. L'homme au volant raconta qu'il était fan de l'émission et qu'il avait toujours rêvé de prêter main forte à un candidat. Il narra les exploits de nombreux concurrents au fil des années et le couple sentit son admiration débordante pour ce qu'il appelait « les héros de The Race ». Il expliquait aussi avec beaucoup d'humour et d'autodérision qu'il aurait aimé participer mais que son physique de moucheron l'en empêchait.

 Passé plusieurs dizaines de minutes à l'écouter parler sans s'arrêter, ils l'implorèrent de se taire, prétextant qu'ils avaient besoin de dormir un peu. Le chauffeur compréhensif, mais néanmoins légèrement vexé, ne pipa plus mot de tout le trajet. Dorothy posa sa tête sur l'épaule de son mari, ferma les yeux et bercée par les légères secousses de la voiture dues aux imperfections de la route, finit par s'endormir profondément. Paul contempla son visage, milles questions lui trottant dans la tête. Quel pouvait être ce fameux passé secret dont elle ne voulait pas lui parler ? Plus la compétition avançait et plus il imaginait le pire.

 Le conducteur les déposa au pied du jardin botanique de Franklin Park de Columbus, ce qui les mettait à mi-distance entre Pittsburgh et Indianapolis. Le couple le remercia chaleureusement mais il semblait avoir perdu toute sympathie pour eux dès l'instant où ils lui avaient demander le silence et partit rapidement sans même leur répondre.

 Paul et Dorothy ayant parcouru environ la moitié du chemin en à peine quelques heures décidèrent de s'accorder un petit moment de détente avant de repartir en direction de leur destination. Ils s'installèrent à une table d'un restaurant chic, la plus éloignée possible de l'entrée et invisible depuis l'extérieur, n'oubliant pas la compétition. Dorothy, les larmes aux yeux, saisit la main de son mari et la plaqua contre sa joue dans un geste délicat.

 — Je suis désolée, mon chéri. Je te fais souffrir.

 — J'ai signé pour le meilleur et pour le pire, non ? Disons que jusqu'ici j'avais eu droit au meilleur et maintenant on attaque le pire.

 — Je te promets qu'une fois tout ça terminé, on reviendra au meilleur.

 — J'espère bien, dit-il en lui souriant et en séchant ses larmes. Moi aussi, je t'aime. Et quoi qu'il arrive, ça ne changera pas.

 Dorothy se sentit rassurée même si elle doutait tant elle trouvait son passé monstrueux.





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