Chapitre 6 - Partie 8


John Lucas

Publié le 05/04/2021 14:49

6 mins de lecture

 L'agréable repas pris au restaurant par Dorothy et son mari leur fit le plus grand bien, tant sur le plan physique que mental. Ils avaient, pour un instant, oublié la compétition et même s'il n'avait pas obtenu de réponse à ses questions, Paul se sentait réellement aimé par sa femme, ce qui était bien là l'essentiel. Elle avait réussi à l'apaiser et le convaincre de patienter jusqu'à la fin de la course pour enfin lui révéler ce fameux passé secret. Il lui avait promis de ne plus aborder le sujet et que quoi qu'il arrive il l'aimerait toujours.

 Le couple était ensuite reparti de Columbus en bus et avait fait escale à Cincinnati avant de se faire prendre en stop jusqu'au circuit d'Indianapolis. Sur la route, le côté protecteur, voire un peu macho, de Paul était ressorti. Malgré les talents certains de sa femme au volant, ça serait lui qui piloterait le véhicule sur la piste. Il ne voulait pas qu'elle prît encore des risques. La belle rousse, vexée, se renfrogna. Quelle ne fut pas leur surprise dans le paddock quand les organisateurs leur attribuèrent une voiture à chacun.

 — La seize pour monsieur, la dix-sept pour madame, dit un mécanicien. Seul le moins bon chronomètre entre vous deux sera pris en compte pour le résultat final. Bonne chance.

 — On dirait qu'on va devoir se battre aussi l'un contre l'autre, se réjouit Dorothy, toujours fâchée. Tu vas regretter d'avoir voulu me mettre de côté.

 — Qu'est-ce qui t'arrives ma chérie ? Tu oublies dans quel merdier on est ?

 — C'est vrai, désolée. Mais je vais quand même te mettre la pâtée.

 Paul ne reconnut pas sa femme lorsque celle-ci s'installa, déterminée, dans le cockpit de la monoplace. Dorothy se laissait déborder par l'adrénaline et ses instincts passés resurgissaient peu à peu. Elle avait de plus en plus de mal à les retenir et sentait qu'à cette allure, Lady Spencer serait de retour avant la fin de la compétition. Il lui faisait nul doute que son mari n'apprécierait pas cette personnalité, malgré ses belles promesses de l'aimer quoi qu'il arrive.


 Le couple côte à côte sur la ligne de départ, échangèrent à travers les micros et enceintes intégrés aux casques. Paul, inquiet, distillait conseils et compliments en tout genre tandis que Dorothy le narguait et se moquait gentiment de lui. L'homme se résigna et cessa d'essayer de la résonner, espérant qu'elle redescende sur terre une fois la course terminée.

 Le départ fut donné et la belle rousse démarra en trombe, laissant son mari et les autres candidats sur place. Elle enchaina les virages et chicanes à toute vitesse avec une parfaite maitrise de son véhicule. Lorsqu'elle arriva à hauteur de son mari, après lui avoir pris un tour, elle l'interpella.

 — Alors, qu'est-ce que tu dis de ça, chéri ?

 — J'en dis que tu es en train de perdre la boule, ma parole. Tu te rappelles pourquoi tu es engagée dans ce jeu ?

 — Bien sûr que oui, grogna-t-elle. C'est juste que... ça me fait du bien de me lâcher un peu.

 — Si tu le dis. Mais je t'en prie, fais attention à toi.

 — Ne t'inquiète pas. Je connais parfaitement mes limites, et j'en suis très loin.

 — C'est censé me rassurer ? maugréa Paul.

 Pour seul réponse, il vit la voiture de sa femme passer devant lui et prendre un virage serré en ayant à peine ralenti. Il ne put réprimer un frisson de peur lorsque l'arrière du véhicule dérapa légèrement et que la roue dépassa le vibreur pour mordre la zone de dégagement. Dorothy redressa de main de maitre et accéléra de plus belle alors que son mari senti la sueur tremper son casque.

 Sa femme, à nouveau hors de vue, il se concentra sur sa course à lui. Tout reposait désormais sur ses épaules. En effet, il ne faisait plus aucun doute qu'il ferait le moins bon chronomètre de leur binôme. Il appuya sur le champignon et zigzagua à son tour comme un professionnel. Paul avait sa fierté et malgré sa défaite certaine face à Dorothy, il tenait à réussir un bon temps. Après tout, pourquoi ne pas viser une victoire d'étape et se faire un peu d'argent sur le dos de leurs tortionnaires.


 Dorothy termina sans surprise en tête avec plusieurs tours d'avance sur le second, qui n'était autre que son mari. Il restait trois tours à effectuer à l'homme pour achever cette course, durant laquelle il avait finalement pris du plaisir. Certes pas autant que sa femme, mais il avait profité.

 À la sortie d'un virage en épingle, lorsqu'il voulut accélérer, son moteur se mit à tousser et à fumer. Il continua malgré tout mais de fit dépasser par Parker et Darren, qui le suivaient de très près depuis plusieurs minutes sans parvenir à le doubler. Ceux-ci prirent finalement les deuxième et troisième place, mais n'eurent pas le temps d'en profiter. L'avant de la voiture de Paul venait de s'enflammer.

 Ni une, ni deux, les policiers sous couvertures poursuivirent sur leur lancée et vinrent se positionner de chaque côté du véhicule en feu, puis se resserrèrent pour le coincer entre eux, jusqu'à terminer le dernier tour de Paul, lui évitant ainsi l'abandon et par conséquent la disqualification.

 Arrivé dans le paddock, les mécaniciens se précipitèrent, extincteurs en mains, pour éteindre l'incendie, sous les yeux médusés de Dorothy qui reprenait enfin conscience des enjeux et des dangers de la compétition. Paul sortit indemne du cockpit qui, par chance, n'avait pas été atteint par les flammes et se jeta dans les bras de sa femme. Cette dernière fondit en larmes et en excuses. Paul la serra très fort et lui caressa les cheveux pour l'apaiser.

 — Ce n'est rien. Tout va bien.

 Parker et Darren vinrent aux nouvelles et firent rassurés de voir l'homme en bonne santé. Celui-ci les remercia pour le coup de main. Ils lui avaient tout simplement sauvé la vie. Le plus jeune des deux inspecteurs reconnut alors Dorothy.

 — Mais vous êtes la dame qui n'avait en aucun cas besoin de notre aide, non ? Décidément, vous avez l'art de vous fourrer dans de beaux draps, ajouta-t-il à l'attention de Paul, qui regarda sa femme d'un œil interrogateur.

 — Ces messieurs m'ont juste aidé à échapper aux gorilles pendant que tu étais avec les jumeaux.

 Darren comprit au ton de la voix de la jolie rousse qu'elle voulait qu'il confirme ses dires. Il s'apprêtait à le faire quand un organisateur arriva pour lui demander ainsi qu'à son partenaire de le suivre pour recevoir leur récompense. Ils avaient remporté l'étape. Les deux hommes s'excusèrent et allèrent profiter de leur moment de gloire sur le podium.





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