12-/ Magie noire


John Lucas

Publié le 10/04/2021 17:07

6 mins de lecture

 Le couple resta prostré quelques instants dans les bras l'un de l'autre. Marine pleurait à chaudes larmes tandis qu'Antoine haletait, épuisé par son ascension sans fin. L'homme s'écarta légèrement, observa sa femme, comme s'il voulait s'assurer qu'il ne rêvait pas, et l'embrassa. Ses yeux se portèrent ensuite sur le grimoire qui reposait au sol. Il le ramassa et vit, juste à côté, le couteau parsemé de quelques gouttes de sang. Il se retourna vivement et constata que son épouse, très pâle, présentait une petite estafilade sur le bras.

 — C'est moi qui t'aie fait ça ?

 — Oui, hésita-t-elle à répondre. Comme tu ne remontais pas, je me suis inquiétée et j'ai voulu te rejoindre. Une fois devant la porte je t'ai vu au milieu de l'escalier, à faire du surplace, les yeux dans le vide. Je suis vite descendue en t'appelant mais tu ne me répondais pas. Quand je suis arrivée à ta hauteur, tu t'es recroquevillé comme si je t'avais fait peur, et dans le mouvement tu m'as un peu coupé.

 — Je suis tellement désolé, ma chérie. Viens, on va panser ça.

 — Ce n'est pas profond. Regarde, ça ne saigne même plus. Fouillons plutôt dans ce satané bouquin pour trouver comment nous débarrasser de ce démon au plus vite.

 Antoine insista tout de même pour poser un pansement sur la plaie de Marine. Le couple s'installa ensuite dans le salon et commença à feuilleter le livre à la recherche du rituel que la bande avait pratiqué quinze ans plus tôt. L'homme ne fut pas mécontent d'avoir continué le latin après le lycée, il comprenait maintenant bien mieux ce qui était écris sur les pages jaunies par le temps. En effet, hormis les titres des incantations et une rapide description, tout était noté dans la langue morte.

 — C'est celui-ci, dit-il le doigt sur un paragraphe intitulé Zalmoth.

 — Tu arrives à le traduire ? s'enquit Marine.

 — Hum, en grande partie. Il y a quelques mots qui m'échappent, je vais regarder sur internet.

 Antoine sortit son smartphone et entreprit des recherches sur différents dictionnaires de latin puis sur des sites et forums sur l'occultisme. Sur un des salons de discussions, il lut une histoire similaire à la leur, qui malheureusement s'était terminée par le suicide de la bande au complet. La panique du couple s'amplifia encore davantage si tant était que cela fût possible. Il revint au grimoire et acheva de traduire l'incantation qu'ils avaient récitée.

 — Ça dit bien que si une des personnes liées par le pacte meurt, les autres auront un cycle lunaire pour tous se suicider et ainsi nourrir Zalmoth avec leurs âmes meurtries. C'est également noté que si l'un des contractants refuse de se soumettre et de respecter le pacte, le démon ferait alors son apparition pour s'emparer lui-même de son âme et l'envoyer au purgatoire où il serait jugé et banni même de l'enfer. Il se retrouverait alors dans le néant pour l'éternité.

 — Nos amis ne trouveront donc jamais le repos, bredouilla Marine. Il n'y a rien sur un éventuel contresort ?

 — Pas pour le moment.

 Antoine continua à tourner les pages lorsque l'une d'elles se sépara du livre et plana pour se poser avec douceur sur la moquette. Marine la ramassa et son visage se révulsa à la vue d'un dessin sur celle-ci. Il s'agissait du pendu qu'ils retrouvaient un peu partout depuis le début de cette histoire. Elle tendit le papier à son mari qui l'étudia avec attention.

 — Chérie ! s'écria-t-il. C'est le rituel pour mettre fin au pacte. Pour le coup, je ne suis pas mécontent de voir ce fichu dessin. Alors, ça dit, que l'incantation doit être faite au même endroit que le pacte a été passée, avec...

 Les mots se volatilisèrent tant sa déception l'envahit.

 — Quoi ? Avec quoi ? Oh non.

 Marine crut comprendre le désarroi de son époux.

 — Si, reprit celui-ci. Avec tous les contractants. Bordel, c'est vraiment un cauchemar.

 — Et si on essayait quand même que tous les deux ? De toute façon, on n'a plus rien à perdre.

 — Tu as raison. Tentons le coup.


 Quelques instants plus tard et après avoir pris leur courage à deux mains, ce fut d'un pas très hésitant qu'ils descendirent dans la cave. En bas, Marine découvrit à son tour que tout était resté tel qu'ils l'avaient laissé le jour de ce fameux pacte. Le pentacle et la représentation de Baphomet était toujours dessinés au sol, les bougies aux extrémités et le crâne sur la tête de bouc. Un frisson la parcourut et la nostalgie s'empara d'elle. Elle repensa aux nombreux rites qu'ils avaient pratiqués sans se douter un instant que cela les mettrait un jour en danger. Une larme roula sur sa joue et Antoine la balaya d'une douce caresse.

 — Tu es sûre de vouloir le faire ?

 — Oui. Ça va aller. Je pensais à nos camarades.

 Pour montrer à Antoine qu'elle se sentait prête, elle alluma elle-même les bougies puis s'installa en tailleur au niveau d'une des cornes de Baphomet. Son mari l'imita et lui tendit une aiguille. La lumière s'éteignit alors, ce qui ne les surpris pas vraiment. Le rituel était similaire à celui pratiqué par le passé par la bande. Chacun devait verser son sang dans la bouche du crâne et le maître de cérémonie devait réciter à voix haute l'incantation. Ce fut Antoine qui s'y colla d'une voix tremblante. Au fur et à mesure des phrases prononcées en latin par l'homme, les bougies se mirent à vaciller et un léger courant d'air envahit la pièce. Antoine prononça le dernier mot, puis rien. Le calme, le silence.

 — Tu crois que ça a fonctionné ? demanda Marine.

 Son mari n'eut pas le temps de répondre que les bougies s'éteignirent et la porte de la cave claqua. La femme se jeta dans les bras de son homme et tous les deux restèrent tétanisé, ne parvenant plus à bouger. Les flammes se rallumèrent et la porte se mit à s'ouvrir et à se fermer à un rythme de plus en plus rapide. Puis le calme, le silence, à nouveau.

 Antoine parvint à trouver la force de se relever et aida sa femme à en faire de même lorsqu'un orbe de lumière aveuglante descendit dans la cave et s'arrêta juste devant leurs yeux pour finalement venir s'éteindre au milieu du pentacle. Le crâne explosa et les dessins s'estompa puis disparurent au même moment où les bougies s'éteignirent et la lumière se ralluma.





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