16-/ La vie continue


John Lucas

Publié le 02/05/2021 17:21

6 mins de lecture

 Marine ouvrit lentement les yeux et contempla quelques instants le plafond blanc, immaculé, sans réaction. Où était-elle ? Que s'était-il passé ? Elle chercha au plus profond de sa mémoire, et son crâne lui donna l'impression qu'il allait exploser. Elle se revit tout de même, en train de gigoter au bout d'une corde, s'en libérer, puis détacher son mari. La suite était plus confuse, Antoine était inconscient, au sol, alors qu'elle était penchée sur lui, sanglotante, puis trou noir. En réalité, elle avait fini par perdre connaissance, épuisée physiquement, mais aussi et surtout psychologiquement. Les événement récents avaient eu raison d'elle.

 D'instinct, Marine porta la main à sa gorge, comme si elle s'était souvenue de la sensation de brûlure en même temps que les images étaient apparues dans sa tête. La femme observa la pièce et comprit rapidement qu'elle était dans une chambre d'hôpital. Elle se redressa, non sans mal, en position assise. Le bruit réveilla la personne endormie dans le fauteuil à côté du lit. Celle-ci enfonça le bouton d'appel d'urgence pour appeler un médecin.

 — Ma puce, comment tu te sens ? demanda sa mère, les traits tirés.

 — Où est Théo ? se pressa de demander la fille, subitement affolée.

 — À la maison, avec la nounou. Il va très bien. Il pense avoir fait de mauvais cauchemars. D'ailleurs, moi aussi, j'ai cette impression.

 — Mon pauvre chéri. J'espère que ça ne le traumatisera pas. Et toi, ça va ? On t'a retrouvé inconsciente en arrivant.

 — Oui, oui, ça va. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis évanouie d'un coup. Tu peux m'expliquer ce qu'il s'est passé au grenier ? Pourquoi j'ai retrouvé Théo qui pleurait sur vos corps endormis, à toi et Antoine ?

 — Antoine ! s'exclama Marine, comme si elle se souvenait de lui que maintenant.

 Sa mère ne répondit pas et son visage s'attrista encore un peu plus. Les larmes commencèrent même à couler sur ses joues et sa fille la rejoignit bientôt dans les pleurs. Les deux femmes se serrèrent dans les bras quand un docteur arriva.

 — Vous voilà donc réveillée, Madame Pazin, commença l'homme avec un sourire. Vous nous avez fait peur, vous savez. J'ai l'impression que ces deux jours de sommeil vous ont été bénéfiques. Vous permettez que je vous ausculte ?

 — Bien sûr.

 Après quelques minutes à vérifier les différentes constantes de Marine, à tester ses yeux, ses réflexes, le médecin la rassura son état de santé. Elle avait subi un énorme choc émotionnel, ce qui expliquait son long sommeil. Hormis cela et les marques au cou provoquées par le frottement de la corde, tout allait bien. Il préférait la garder encore une journée en observation par sécurité, mais elle pourrait ensuite quitter l'hôpital, en restant toutefois au repos une bonne semaine.

 — Souhaitez-vous rendre visite à votre mari ? lui proposa-t-il avant de partir.

 Marine regarda sa mère, étonnée. Celle-ci se remit à pleurer et n'arriva pas à parler à sa fille. Le docteur les conduit toutes les deux un étage plus bas. Sur le chemin, la femme était ailleurs, repensant notamment à son combat contre le démon, et se disant qu'elle ne savait pas qu'il y avait une morgue dans cet établissement. Pendant ce temps, l'homme lui expliquait la situation de son époux, mais elle n'entendait rien. Quand elle passa devant un bureau fermé, elle put lire sur une petite plaquette : « secrétariat soins intensifs / réanimation ». Son cœur s'emballa. Elle était à la fois rassurée et inquiète.

 L'homme s'arrêta devant une porte, mit la main sur la poignée et la regarda, l'air grave, ce qui la sortit de ses pensées.

 — Je vous le répète, dit-il. C'est impressionnant, mais comme je vous ai dit, sa vie en dépend.

 — Je te laisse y aller toute seule, ma puce, intervint la mère. Je n'ai pas la force de le revoir ainsi.

 Marine sentit sa respiration s'accélérer et la transpiration perler sur son front. Le médecin lui posa une main sur l'épaule, la rassura et entra dans la chambre. Elle le suivit, hésitante et aperçut son mari allongé dans le lit, blanc comme un mort, branché à tout un tas de machines. La femme ne put retenir ses larmes et vint s'assoir près d'Antoine. Elle lui prit la main et lui caressa la joue.

 — Oh, mon chéri, dit-elle, entre deux sanglots. Je n'ai pas réussi à nous sauver tous les deux.

 — Au contraire, dit le docteur dans son dos. Ses jours ne sont plus en danger. Les machines sont là uniquement pour l'assister le temps qu'il récupère assez de force pour respirer de lui-même. 

 — Mais... Ma mère...

 — Quand elle est venue le voir, il était encore dans le coma. Cela l'a énormément choquée.

 — Chérie, murmure Antoine, d'une toute petite voix. Zalmoth ? Théo ?

 Marine se tourna vers le médecin et lui demanda si elle pouvait rester seule avec son mari quelques instants. Elle obtint cinq minutes, pas une de plus. Cela lui fut suffisant pour raconter la fin de leur calvaire. Le démon était reparti en enfer. Blessé et sûr de lui, il n'avait pas attendu que le couple soit totalement mort. Elle en avait profité pour les sortir d'affaire juste avant de s'effondrer d'épuisement.

 Lorsque le docteur revint, Marine déposa un tendre baiser sur les lèvres d'Antoine, soulagée. Elle sortit de la chambre et enlaça sa mère, qui avait retrouvé le sourire en apprenant la bonne nouvelle.


 Après quelques semaines passées à l'hôpital, il était enfin temps pour Antoine de retrouver sa liberté. Il ne gardait aucune séquelle de sa tentative de suicide. Car oui, c'est ce qui avait été conclu par l'enquête de police. Le couple avait voulu en finir, mais la femme, en voyant leur fils débarquer au grenier, avait été prise de remords et était parvenue à se sauver avant d'en faire autant pour son mari.

 Marine organisa une petite fête en famille pour marquer le coup. La joie retrouvait enfin sa place dans la maison. Cependant, très vite, Antoine ne s'y sentit plus à son aise. Chaque matin, quand la famille déjeunait, il revivait la scène de son fils avec les yeux rouges, récitant des paroles inintelligibles. Marine n'était pas en reste et se mettait souvent à pleurer sans raison. Après mûre réflexion, ils décidèrent de retourner vivre dans leur petite ville natale, près de leurs proches.





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