Torpeur


Laude Lucens

Publié le 27/07/2020 17:07
Mis à jour le 28/07/2020 15:45

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Chapitre I: Perdu

Paris se lève aux couleurs d’hyacinthe, avec au loin le bruissement des oiseaux que je ne peux discerner. Je me trouve présentement au sommet de la butte de Montmartre, une basilique d'une blancheur presque nitide, presque lumineuse. Les magnifiques végétaux ligneux mordorés de l'automne rehaussaient mon sentiment de calme et d'apaisement, et balayèrent de bons gré mal gré ma morosité de la veille. Le besoin d'abaisser mes paupières m'était quasi instinctif, et d'un geste large, je suivis cette affection compendieuse, les paumes pointées vers le ciel. "Dieu, vous a-t-il répondu?" S'écria inopinément un ivrogne rieur d'une voix lézardée, une bouteille à la main. Je sortis de mon état méditatif par stupeur, tels un chat en spasme après l'avoir mouillé d'un sot. À l’instant, le vent frais se mêla au misérable, et souffla une puanteur cadavéreuse, une odeur nauséabonde et malsaine, qu’aurait fuie le gentilhomme autrefois. À la différence, je marchais jusqu’à lui d’un air compassionnel, presque contadin, ni hérisson, ni paillasson, près de brûler mes vaisseaux, je répondis avec indigence et nietzschéisme : “Dieu est mort. Dieu reste mort. Et c'est nous qui l'avons tué.”

Chapitre II: Madame

Lorsque j'ai pénétré dans l'amphithéâtre, Stanislas de Vinville, élève brillant, qui parlait peu et ennuyait le monde, cornaquait une silhouette vénuste, comme un lion domestiqué au fouet d’une princesse borgne. Rien n’est plus triste à voir qu’une mal-baissée et un poltron, l’un dans les bras de l’autre, abusés par le devoir racial. Ô qu’ils contredisent leurs parents, bâfrent leur nourriture et terrorisent leurs enseignants. Le héros n’est qu’un humain trop humain, délaissé de fonctions médiocres et conformistes.