Chapitre 1 - Partie 2


John Lucas

Publié le 13/01/2021 20:14
Mis à jour le 13/01/2021 23:30

6 mins de lecture

 Le soleil filtrait à travers l'immense baie vitrée du salon de sa superbe propriété de prestige, construite sur les hauteurs du West Hollywood, offrant un panorama imprenable sur la ville. Rien ne pouvait gâcher cette vue, si ce n'est les deux gorilles qui suivaient Marlon Willis partout où il allait. C'était un homme assez petit et trapu, au faciès mauvais. Des yeux noirs haineux surplombaient un nez tordu et une bouche dont la lèvre supérieure était marquée d'une petite balafre en forme de croissant.

 Marlon se servit un double whisky – un Glenfiddich cinquante ans d'âge – et sortit sur la terrasse pour contempler ce qu'il appelait « son empire », toujours secondé par ses gardes du corps, qui se positionnait de chaque côté de l'homme. Il avait fait fortune en montant magouille sur magouille, puis avait gravi les échelons pour devenir assez naturellement le plus grand ponte du crime organisé de Los Angeles, berceau de la violence en tout genre. Sa réputation avait enflé non seulement aussi vite que son égo, mais aussi que sa liste d'ennemis, d'où le surcroit de sécurité autour de lui. D'ailleurs, cette résidence n'était connue que de ses hommes les plus hauts placés dans son organisation et plus personne ne l'avait vu en public depuis la réforme octroyant toute liberté aux chasseurs de prime, par le président Lewis, il y a une trentaine d’années, pour lutter contre le grand banditisme.

 Willis défie la ceinture de son peignoir et s'approcha de la piscine à débordement, dans laquelle l'attendait trois charmantes demoiselles dévêtues, qui ne devaient pas être beaucoup plus âgées qua sa propre petite-fille. Il se passa la main dans ses cheveux brun mi-longs et alla les rejoindre.

 — C'est bon les gars, vous pouvez disposés, ordonna-t-il. Mais ne partez pas trop loin.

 — Très bien, Amiral, répondirent les gardes en chœur dans un semblant de salut militaire.

 Ce nom lui venait de son père, qui faisait partie de l'US Navy avant de périr au combat pendant la guerre de deux mille cent quatre et qui l'appelait ainsi lorsqu'il était enfant. Il voulait en quelque sorte lui rendre hommage et trouvait que cela correspondait bien à son statut dans la pègre.

 Alors que Marlon profitait de sa merveilleuse compagnie, l'un des gardes ressortit sur la terrasse, l'air contrarié, un portable à la main.

 — Gutierrez veut vous parler, annonça-t-il. Il semble qu’il n’ait pas de bonnes nouvelles.

 — Amenez-moi ce fichu mexicain dans mon bureau dans une heure. Pour l’instant, je suis occupé. Et j’ai un message pour lui que je ne peux lui passer au téléphone.

 — Mais, il dit que...

 L’employé se tût en voyant le regard froid de Marlon, qui le congédia d’un signe de la main, rempli de mépris. Tandis que l’homme s’apprêtait à rentrer dans la villa, son patron lui lança :

 — N’oubliez surtout pas les précautions habituelles. Je n’ai pas confiance en ce chicano.


 Eddy Gutierrez, hispanique à la peau mate et marquée par les excès de drogue et d’alcool, attendait depuis une vingtaine de minutes. Il avait les mains liées dans le dos et un sac sombre lui enveloppait la tête.

 Il entendit la porte s’ouvrir et des pas résonner dans la pièce. Il aurait reconnu ce pas lourd parmi tant d’autres. L’homme ôta le tissu au travers duquel le Mexicain avait reconnu la silhouette de son patron.

 — Toute cette mise en scène est-elle vraiment nécessaire ? demanda-t-il, avec un sourire serein. Cela fait tout de même presque dix ans que je travaille pour vous.

 — Justement ! répondit Willis d’un ton sec. Les meilleurs traitres sont souvent les plus fidèles lieutenants. Que voulais-tu me dire ?

 — Votre Lady Spencer ne s’est pas laissée convaincre par votre joli bouquet. Il semblerait qu’elle se soit rangée depuis fort longtemps. Elle est mariée et maman d’un petit garçon.

 Marlon s’approcha de son bureau, attrapa une boite et en sortit un gros cigare qu’il alluma. Il cracha la fumée en direction du Mexicain qui toussota, puis appuya le bout incandescent sur l’avant-bras de Gutierrez, qui présentait des marques de brûlures plus anciennes, dont certaines n’était pas totalement cicatrisées. Celui-ci ne broncha pas. 

 — Hum, je vois que ça ne te fait plus rien. Va falloir que je songe à renouveler mes châtiments pour ceux qui échouent dans les tâches que je leur confie.

 Il attrapa un coupe-papier qui reposait à côté de son ordinateur et entailla de manière superficielle la joue de son sbire, avec une lueur malsaine dans les yeux.

 — Je vais me rattraper, Amiral.

 La voix de Eddy avait changé. Elle était désormais tremblante et pleine de crainte.

 — Tu te rappelles pourquoi je fais organiser ce jeu chaque année ?

 — Pour retrouver l’assassin de votre frère.

 — Exactement ! Et maintenant que nous avons pu l’identifier, il ne reste plus qu’à la forcer à participer et à jouer un peu avec elle. Je veux la voir souffrir avant de pouvoir l’abattre moi-même. Je ne tolérerai aucun échec.

 La haine qui pouvait se lire sur le visage de Willis rendait Gutierrez de plus en plus nerveux. Il déglutit et reprit.

 — Je vais appeler mon cousin. Je suis certain qu’il saura la convaincre.

 — Tu veux dire son complice ?

 — Il ne travaillait pas encore avec elle quand...

 — Débrouilles-toi comme tu veux, s’emporta Marlon. Tu as quarante-huit heures pour que cette garce s’inscrive à The Race. Passé ce délai, toi et ta famille irez nourrir les poissons au fond de l’océan. Suis-je assez clair ?

 — Parfaitement clair, Amiral.

 Willis fît un signe de tête à ses hommes qui remirent le sac sur la tête de l’hispanique et l’emmenèrent à l’extérieur où l’attendait une voiture aux vitres teintées. Il traversa ensuite la pièce pour ouvrir une vitrine et en sortir une chevalière portant les initiales M. W. Elle avait appartenu à son frère. Il la serra très fort dans son poing et lorsqu’il la remit en place, une larme roula sur sa joue. Melvin était la seule personne pour qui il avait éprouvés dé réels sentiments. Leurs parents étaient décédés dans un accident de la route lorsqu’ils étaient très jeunes et c’est Marlon qui l’avait élevé.





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