Prologue


Pauline Edmonds

Publié le 25/08/2021 15:01

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     On dit que l’espoir fait vivre. Vrai ou non, c’est sans doute la raison pour laquelle Aya, sa famille et tant d’autres gens sont encore ici. Aya a quinze ans. La vie est devant elle, dirait-on. Pourtant, elle a parfois l’impression d’avoir vécu le meilleur, et que plus rien ne peut lui arriver de mieux. Chaque soir, quand elle se couche, elle regarde par la fenêtre. C’est ainsi, accoudée à son carreau, que son père la trouve. Il voudrait bien protéger sa fille, la rendre sourde et aveugle, et la priver d’un tel désastre. Son regard se pose sur Aya. Elle regarde avec dégout l’extérieur. Pourquoi tant de haine ? Ne voudrait-il mieux pas s’unir ? Elle sait qu’il est inutile de poser ces questions. Car dans la colère, la raison n’a plus sa place. Elle peut crier, personne n’entendra. « Ils sont bêtes et cela leur coute tellement » se désole Aya en les voyant.

     Ce soir, la Lune brille. Aya la regarde avec envie. Tout doit être si beau vu d’en haut. Pas de bruit, pas de pluie, et surtout pas ces imbéciles qui tirent à la moindre contradiction. Il y a des trous sur la Lune, certes, mais tellement petits comparé au vide qu’elle ressent. Elle ne sait pas vraiment quand lui est venue l’idée d’être astronaute. Sans doute quand elle avait cinq ans. L’envie de partir, de fuir. Peut-être aussi celle de prendre du recul, et comprendre. D’en haut, Aya verrait sa planète, son pays, ses proches. Elle pourrait les effleurer du regard et ne voir que l’apparence. De sa maison, les trous de la Lune semblent infiniment petits. Qu’en est-il de sa ville ? Elle aussi ressemble au satellite. Mais avec un poids supplémentaire, car la gravité est bien plus pesante, ici. Aya s’y sentirait légère, elle volerait à chaque pas. Elle pourrait crier, le son ne passerait pas. Mais ce sont des rêves, elle le sait.

- Un jour, tu seras là-haut. Je regarderai le ciel, et je penserai à toi. Je pense toujours à toi quand je regarde les étoiles. C’est un peu comme si tu y étais déjà. Mais là, ce sera pour de vrai.

-Peut-être, souri-t-elle à son père. Moi, je verrai la Terre tourner, et je penserai à tous les gens qui s’y trouve. Je verrai mon pays, et je le prendrai en photo. Il est si beau, papa.

     Ahmed aimerait tellement en être sûr. Il voudrait bien en dire autant, lui. Aya aime son pays, et il est si fier de lui avoir transmis le gout de ses ancêtres. Mais faut-il tenir à ses terres, même lorsqu’elles sont synonymes de danger ?