L’héritage du Zénith – IV

5 mins

Le palais impérial.

Logé au cœur de l’Empreinte, la structure constituait une véritable curiosité architecturale : reposant entièrement dans le vide, il était maintenu par six imposantes chaînes rivées fermement aux parois du gouffre.

Le projet fomenté par tous les ennemis de Lucifer pour faire chuter cet édifice, avait toujours été clair : briser ces liens pour le faire sombrer à jamais dans l’Empreinte…

Mais ce plan, si simple d’apparence, n’avait que peu de chance de se concrétiser. Pénétrer Horgia, la cité principale entourant le gouffre, pour atteindre son cœur constituait déjà un périple. Il fallait braver les gardes et l’armée d’Hachbanmeraug, le prince d’Horgia, et fils aîné de Lucifer. Si cet exploit était accompli, il faudrait ensuite descendre sur plusieurs centaines de mètres des falaises escarpées et brûlantes, avant de détruire suffisamment de chaînes dont les maillons étaient aussi massifs que plusieurs dizaines d’hommes agglutinés…

Le palais en lui-même s’avérait plus traditionnel.

Les monumentales attaches s’ancraient à six ailes, à l’intersection desquelles se dressait une haute tour de six étages qui abritait, entre autres, la salle du trône. Il ne semblait pourtant y avoir aucun moyen d’y entrer, hormis en empruntant les chaînes comme des ponts. Entreprise particulièrement périlleuse.

Seuls ceux qui y étaient attendus pouvaient en fait y pénétrer : des profondeurs de l’Empreinte, d’imposants blocs rocheux remontaient alors, portés par des gerbes de lave, se figeant à différents niveaux, formant une passerelle entre le rebord de l’Empreinte et l’entrée du palais. Cet accès promettait toutefois aux visiteurs une longue marche dans une chaleur étouffante.

Pour les rares personnes versées dans les arts magiques de haut niveau, il y avait des moyens plus simples. Pour le prince d’Horgia, sa monture ailée lui facilitait le trajet. Si les ailes classiques ne résistaient généralement pas aux brûlants courants d’airs ascendants, cette créature issue des profondeurs jouissait d’une immunité.

Au sein du palais, le long corridor menant à la salle du trône s’animait sous les murmures d’une multitude de courtisans et serviteurs fascinés, observant le défilé de célébrités se présentant sous leurs yeux depuis quelques minutes.

Lorsque l’imposant guerrier à la hache fit son apparition à l’entrée du couloir, tous s’inclinèrent respectueusement et, après avoir attendu qu’il se soit suffisamment éloigné, les commentaires fusèrent tel cet échange entre trois serviteurs :

— Le prince Hachbanmeraug est vraiment impressionnant ! Je ne l’avais encore jamais vu…

— C’est vrai ? Moi, j’ai eu le privilège de lui parler une fois !

— Ne te vante pas trop quand même ! Tu l’as simplement salué, et il ne t’a même pas répondu !

— Mais je lui ai quand même parlé !

— Dites… C’est vrai ce qu’on dit ? Il parait qu’il n’a été blessé que trois fois au combat… J’ai bien vu la cicatrice sur son visage…

— Cette cicatrice là, c’est son Altesse Lucifer qui lui a infligé alors qu’il n’était qu’un enfant, et qu’il l’a défié pour prendre sa place…

— V-Vraiment ?

— C’est ce qu’on dit, oui. D’ailleurs, d’après la légende, ses trois blessures seraient toutes reliées à Sa Majesté…

La discussion continua alors que le prince atteignit le bout du corridor, désormais désert, à l’exception d’un immense cerbère au pelage noir montant la garde. Chaque tête de la créature tricéphale, rappelant celle d’un loup, avait des yeux de couleurs différentes : la droite en avait des verts, la gauche des rouges et la centrale des dorés. La bête était allongée devant une immense porte close ornée de deux anges en argent se faisant face, priant à genoux en levant les yeux vers une flamme d’or.

Le cerbère leva la tête gauche en voyant arriver le prince, et la reposa au sol sur le tapis de velours pourpre parcourant toute la longueur du corridor.

L’attention du colosse délaissa toutefois le molosse pour se porter sur la silhouette arborant de longs cheveux blonds, adossée au mur, qui l’accueillit dans un grand sourire :

— Mon frère ! Toi aussi tu as été convié par père ?

— Evysciel… Crois-tu que je vienne ici par plaisir ?

— Toujours aussi joyeux… Tu es déprimant… Tu pourrais au moins être heureux de me revoir ! Cela fait combien de temps ?

— Pas suffisamment à mon goût…

— Tss… Tu pourrais au moins faire semblant, entre frères on doit bien s’entraider…

— Frères ? Tu es donc d’humeur masculine aujourd’hui ?

— Qu’importe, tu as toujours vu un homme en moi, alors pas besoin de changer. Si ça peut nous rapprocher, je serai ce que tu veux…

Evysciel se colla à lui et glissa un doigt sous son menton :

— Mais, tu préférerais peut-être une autre sœur, hm ?

Il se dégagea d’un geste de bras, évité gracieusement par l’autre.

— Pas besoin d’être si violent, voyons…

— Je n’aime pas me répéter : ne m’approche pas avec ça…

D’un geste de tête il désigna une araignée blanche de belle taille partiellement cachée dans la manche d’Evysciel, qui sourit :

— Hou, le grand garçon qui a peur d’une petite araignée de rien du tout !

— L’araignée ne me fait pas peur. Mais ta légèreté à manier ce sac à poison, m’inquiète en effet. Je n’ai pas le temps d’avoir des maux de ventre.

— Celle-ci peut terrasser une armée de mille hommes avec une simple petite goutte… Tu crois vraiment qu’elle n’est pas capable de mettre à terre un grand gaillard comme toi ?  pouffa Evysciel tout en se mettant à caresser l’araignée du bout d’un ongle, puis ajouta sans lui laisser le temps de répondre : Qui sait ? Enfin, passons. Tu sais pourquoi nous sommes là ?

— Va savoir… Il…

Hachbanmeraug ne termina pas sa phrase. Les trois têtes du cerbère venaient de se dresser subitement, et la longue queue se mit à battre l’air en cognant contre la porte. Evysciel commenta, alors que son frère se contenta de pousser un soupir :

— Il semblerait que toute la famille soit réunie…

La jeune femme rousse apparue alors, et accéléra le pas pour venir se jeter sur le cerbère, entourant le museau de la tête centrale dans ses bras :

— Nocre ! Cela fait tellement longtemps que je ne t’avais pas vu ! On dirait que tu as encore grandi, mon gros !

L’imposant canidé se mit à la parcourir de ses trois longues langues, tandis que les têtes se disputaient les faveurs de ses caresses. Elle, riait tout en grattant les museaux à tour de rôle.

Elle se releva finalement tout en continuant de câliner la tête centrale :

— Raug, Evy, contente de vous revoir vous aussi…

Evysciel sourit et lui répondit :

— Lisithia, ravie de voir une autre fille ici, ça sentait un peu trop le mâle… Et je ne parle pas de Nocre…

La jeune femme rousse sourit, entrant sans mal dans le jeu ambigu d’Evysciel…

— C’est vrai qu’il faut au moins être deux sœurs face à Raug, mais j’aime autant ma sœur que mes deux frères…

L’aîné soupira :

— Vous allez me rendre malade tous les deux…

Evysciel lança un clin d’œil complice à sa sœur :

— Tu veux dire « toutes les deux » non ?

— Attends… J’ai une sœur ? renchérit Lisithia en prenant un magnifique air mimant la stupeur.

Elle et Evysciel partirent dans un long éclat de rire laissant leur frère dépité. Après quelques échanges amicaux, auxquels l’aîné ne participa que par des soupirs, et des grognements, le cerbère se leva soudainement. L’imposante porte s’ouvrit et une voix profonde et éraillée en jaillit :

— Entrez…

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1 Commentaire
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Annick Smits
9 mois il y a

Sympa la fraterie ^^ Une famille très unie … XD

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