PSSCHIIIT!!!

7 mins

Je déteste la période de Noël, les décos criardes, l’effervescence dans les magasins, la recherche effrénée du cadeau qui finira au fond du placard voir sur une plateforme de revente d’objets de seconde main dès le 26 décembre. Les repas de famille à rallonge, les sourires hypocrites et les questions bateau : “Alors ça va en ce moment au boulot?”, “Vous partez où cet été?”, “Vous trouvez pas qu’il fait plus froid que les autres années?”….

Mais comme je fais partis du troupeau, je me plis à la coutume stressante du shopping de Noël. J’ai presque rayé tous les noms sur ma liste, il ne me reste que le présent pour tata Marthe.

Ma tante, cette femme qu’on pourrait qualifier de détestable, approche doucement des 90 ans, ses cheveux enfin ce qu’il en reste ressemble a du duvet d’oisillons, je rêve de lui caresser la tête à chacune de mes visites mais je ne m’y risque pas vu son caractère bien trempé un coup de canne est si vite arrivé. Marthe ne peux presque plus bouger de son fauteuil depuis quelques années mais tient à rester coquette, son pêché mignon, mettre du rouge sur ses lèvres et du parfum à la violette, du psschiit comme elle dit.

Sans m’en rendre compte mes pas me mènent dans une ruelle peu éclairée, tous les magasins sont loin derrière moi, avant de faire demi-tour une vitrine attire mon attention, en lettres dorées assez anciennes on peut lire :

“Au petit bazar de Madame”

Intriguée je pousse la porte de la boutique. A l’intérieur j’ai l’impression d’être dans un autre siècle, tout l’espace est rempli de meubles et objets d’un autre temps. Une coiffeuse attire mon attention, son petit tabouret en velours rose semble confortable. Posant mes sacs au sol, c’est la première fois que je m’assois de la journée, quel soulagement pour mes jambes.

Devant moi tout un nécessaire de beauté en argent, une brosse, un peigne, une lime à ongles et un petit flacon en cristal très travaillé, c’est un vaporisateur de parfum. Instinctivement je le porte à mon nez pour sentir la fragrance. Une douce odeur s’échappe à l’ouverture du bouchon, ma tête tourne légèrement.

“Je peux vous aider?”

Une petite vendeuse toute en rondeur, la mine rose poudrée se tient devant moi un large sourire sur le visage. Mais comment est-elle arrivée là sans que je la remarque? Après avoir écouté le but de ma visite, elle saisit le flacon et disparait pour revenir 5 min plus tard, un paquet cadeau dans les mains. Comme dans un rêve je me vois payer l’article, reprendre mes paquets et me diriger vers la porte. Avant de quitter les lieux je jette un dernier coup d’œil derrière moi, cette endroit est vraiment la caverne d’Ali Baba, la petite vendeuse se tient toute droite et ne me quitte pas du regard, au moment de sortir elle me dit “J’espère que vous serez contente de votre achat, faites en bon usage.”

Je hoche la tête et sort de la boutique. Il est tard et les lumières des magasins sont loin, je presse le pas pour retourner à la civilisation. Il ne me reste que quelques mètres avant de retrouver l’agitation citadine quand soudain un homme sort de derrière une poubelle et se met en travers de mon chemin.

“Bah alors on se ballade toute seule? c’est pas très prudent mademoiselle.”

Depuis que j’ai l’âge de sortir ma mère m’a offert une bombe lacrymo pour me sentir en sécurité. Jusqu’à présent je n’en ai jamais eu besoin mais ce soir c’est différent, un frisson qui me parcourt la nuque m’indique que c’est le grand soir. Ma main fouille discrètement mon sac besace, une fois l’objet entre mes doigts je m’élance vers mon agresseur en criant de toutes mes forces les yeux fermés et appuyant sur la bombe. Alors que je m’attends a voir l’homme plié en deux, les mains sur le visage criant de douleur, personne, je suis seule. Je dois être sacrément impressionnante quand je charge. Une fois la surprise passée je m’aperçois que je tiens le flacon de parfum à la place de la lacrymo. Un rire nerveux secoue tout mon corps, je ne lui aurais pas fait bien mal avec du parfum.

Le lendemain une nouvelle semaine de travail commence. La perspective de passer ma journée enfermée entre 4 murs gris ne m’enthousiasme pas trop mais en revanche la pause-café avec ma collègue est l’occasion de s’évader un peu. Toujours à l’affût des bons plans, je partage avec Marie l’adresse de la petite boutique de la veille. Pour ne pas être obligée de supporter les conversations soporifiques des autres employés, mon binôme et moi avons un endroit caché, au niveau des archives à l’étage, une petite fenêtre donne sur une vue imprenable de Paris.

Après avoir vérifié que nous étions bien seules, je sors ma trouvaille. Marie qui est une jeune femme assez impatiente ne peut s’empêcher de saisir l’objet, le portant à son nez elle appuie légèrement sur le vaporisateur et dans un petit PSSCHIIIT, disparaît dans un nuage rose, seul le flacon tombe au sol. J’étouffe un cri dans mes mains. Mon corps tremble comme une feuille, mais que vient-il de se passer? Où est mon amie?

Chancelante, je retourne à mon poste en essayant de donner le change, mon responsable Lionel me questionne sur l’absence de Marie. Un appel urgent de sa famille la contrainte à partir précipitamment. Un peu surpris et vexé de ne pas avoir été prévenu en personne, il quitte mon bureau en marmonnant. 

Cette nuit-là impossible de dormir, la scène repasse en boucle dans ma tête, Marie a juste appuyé sur l’embout du vapo pour sentir le parfum… Il faut que j’en ai le cœur net, je saisis le flacon dans ma main, mon index en position je ferme les yeux. Une sonnerie me coupe dans mon élan, c’est ma mère qui me téléphone, tante Marthe ne va pas bien. Tant pis je testerais plus tard.

En arrivant au travail, la tête de Lionel me laisse imaginer que lui non plus n’a pas beaucoup dormit. Il pense être discret mais toute l’entreprise sait qu’il a le béguin pour Marie depuis des années. Elle ne lui a jamais laissé aucun espoir mais lui pense que son heure arrivera et ce jour-là il sera prêt. L’absence de celle qui retient toutes ses pensées commence à être pesante pour lui. A peine mon sac posé sur mon siège, Lionel me questionne, tourne en rond dans le bureau, se ronge les ongles. Pour essayer de le calmer je lui dit que Marie m’a appelée la veille au soir pour me prévenir de son départ soudain en Italie pour enterrer sa grand-mère, elle sera de retour semaine prochaine. Au moins je gagne quelques jours de tranquillité. 

La journée passe et mon esprit est ailleurs. Lionel est d’une humeur de crotale, mon explication du matin semble ne pas lui suffire. Il est l’heure de partir, je me dépêche de quitter les locaux pour monter dans ma voiture. Je cherche mes clés au fond de mon sac, quand  j’entends derrière moi :

“Léa!! attend il faut que je te parle!”

C’est Lionel qui court vers moi. Le  fiancé de la disparue vient de téléphoner, il ne l’a pas vu depuis hier matin, il est inquiet. Prit de panique, mon responsable m’attrape les épaules dans ses mains et se met à me secouer en me demandant de dire la vérité sinon il appelle les flics. Sans réfléchir ma main se saisit du flacon et l’asperge de parfum, dans un nuage de fumée grise son corps disparait. Soulagée, ma première pensée est pour mon amie, sans le vouloir je les ai peut-être réunis pour l’éternité, pardon Marie!

Sous le choc de toutes ces disparitions je décide de me faire porter pâle pour le reste de la semaine, j’ai trop peur de faire encore disparaître quelqu’un malgré moi. Comme une bête je me terre dans mon appartement, c’est un cauchemar et je vais sûrement me réveiller, oui mais quand?? Dans la soirée ma mère m’appelle pour me demander d’aller au chevet de tante Marthe, son heure est venue et elle souhaite que je vienne faire mes adieux. Je prétexte une mauvaise grippe mais pas le choix elle insiste et ne lâchera rien jusqu’à ce que je cède.

L’appartement de ma tante est situé dans un quartier chic de la Capitale, une fois passé la grande porte d’entrée, le calme de la cours intérieur est très agréable. Toute la famille est réunie dans le 5 pièces Haussmannien, dans la chambre de la mourante les rideaux sont tirés et des bougies entourent la tête de lit. De vieilles voisines pleurent dans un coin de la pièce, je ne suis pas très à l’aise face à la mort, un frisson me parcourt le dos quand tante Marthe me saisit la main, je sursaute et renverse mon sac sur son lit. Un peu gênée, je range à la hâte tout le contenu, la petite main de ma tante s’empare du vaporisateur et avant que j’ai pu lui reprendre un PSSCHIIT se fait entendre suivit d’un nuage de poussière violet. Marthe a disparu devant les yeux médusés des petites mamies larmoyantes. Prise de panique je saisis le flacon et les aspergent avant qu’elles donnent l’alerte. Le nuage de poussière est si imposant que les bougies s’éteignent d’un coup. Le parfum dans une main et mon sac dans l’autre je profite de l’obscurité pour m’échapper de l’appartement. En descendant l’escalier j’entends déjà les cris de ma mère qui vient de découvrir le lit vide.

Une fois chez moi, je jette mon sac dans un coin de ma chambre et file sous la douche, je veux oublier ce qui vient de se passer. Mon téléphone sonne, sonne, je finis par l’éteindre. La liste des victimes du vaporisateur commence à s’agrandir et j’ai l’impression de perdre le contrôle, il faut que j’en ai le cœur net, je retourne à la boutique, la vendeuse pourra peut-être m’aider à comprendre. Avant de sortir j’enfile un grand manteau et une paire de lunettes noires, il faut que je me fasse la plus discrète possible. Arrivée dans la ruelle je me mets à la recherche de la devanture vieillotte. J’aurais pourtant juré qu’elle était là. A la place de la boutique un grand mur de briques recouvert d’affiches à moitié déchirées.

Dépitée je décide de rentrer, mais en bas de chez moi plusieurs voitures de police bloquent la rue, en m’approchant je me mêle à la foule curieuse qui scrute la porte d’entrée. Je demande à ma voisine ce qui se passe, elle me répond que les policiers sont venus arrêté quelqu’un qui aurait commis plusieurs meurtres de personnes âgées. La concierge de mon immeuble se tourne vers moi, ses yeux s’écarquillent et se met à crier aux forces de l’ordre:

“Elle est là!!!”

Son index accusateur est dirigé vers moi, mon ventre se tord et mes jambes se mettent en mouvement, je cours le plus vite possible sans me retourner. Essoufflée, je m’arrête dans une impasse le temps de reprendre mon souffle, trois hommes en civil passent en courant sans me voir.  Que vais-je faire, c’est une question de temps avant que l’on m’arrête, comment expliquer que c’est ce maudit parfum qui est responsable de toutes ces disparitions?

“Les mains en l’air!!! Ne bouge plus”

A ces mots mon sang se glace dans mes veines. Dans ma main le flacon de parfum, il me suffirait d’une légère pression et le policier disparaitrait pour toujours. Le bruit de ses pas résonnent dans la ruelle, mon cœur bat de plus en plus fort, je me tiens prête. Le policier me tourne face à lui, je presse le vaporisateur en fermant les yeux, le son du PSSCHIIT retentit…

Après que la fumée blanche ce soit dissipée, il ne resta plus qu’un flacon de parfum qui roula dans le caniveau, une femme à la silhouette toute en rondeur s’en empara et le glissa dans son sac avec un petit sourire, le policier sous le choc chercha longtemps Léa sans succès. Elle fût la dernière victime de ce PSSCHIIT maléfique, tel est pris qui croyait prendre. Où a-t-elle disparut? Seule la petite vendeuse pourrait le dire…

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5 Commentaires
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Patricia Saccaggi
4 années il y a

J’ai adoré cette histoire ! Ça me rappelle quelque chose mais je ne sais plus quoi… Bravo !
Quelques petites coquilles mais qu’importe…

Patricia Saccaggi
4 années il y a

Non Éloïse, l’histoire n’était pas identique mais similaire.

Patricia Saccaggi
4 années il y a

Mais oui, ton thème est très original !

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