J’ai pris le contrôle.

2 mins

Je ne veux pas qu’elle mange. Je ne veux pas qu’elle existe, je ne veux pas qu’elle choisisse, je ne veux pas qu’elle réfléchisse. Je ne veux pas qu’elle vive.

Comment suis-je arrivée là ? Allez donc savoir. Petit à petit certainement, doucement mais sûrement. Je me suis infiltrée, imposée. Puis j’ai contrôlé. Tout contrôlé. La nourriture certes, ou l’absence de nourriture. Son humeur, ses relations, son travail, ses réactions et ses fréquentations aussi. 

Les a-t-elle rencontrés et côtoyés à cause de moi ? Ai-je pu prendre plus de place grâce à eux ? Allez savoir. Peut-être les deux, une histoire de vases communicants. Une sombre histoire. 

Au départ, je la poussais à se faire vomir après chaque repas et elle obéissait. Je ne voulais pas qu’elle soit socialement différente du groupe. Elle pouvait continuer à sortir, aller en cours, avoir une relation amoureuse saine, une vie de famille normale. Une vie en somme. Mais ce fut le début. Un début qui a duré de nombreuses années. Quatre ou cinq au total. J’étais présente par moments, à d’autres je restais dans l’ombre. Mais je commençais à m’installer. 

Puis elle l’a quittée, il n’a pas été correct avec elle. Elle est partie non sans souffrance, non sans se sentir nulle. Sans se dire qu’elle méritait ce qui lui arrivait, il avait eu raison de chercher quelqu’un d’autre. Après tout elle n’était pas assez bien, pour personne.

Elle est rentrée. Retour où tout a commencé. La base de son mal-être, de son malheur intérieur. Sourd et invisible pour le monde, criard et inévitable pour moi. Sans lui je n’aurais jamais pu faire mon oeuvre. 

C’est là que la chute réelle a débuté. La privation. Petit à petit je l’aidais à moins manger. Mais je lui permettais des moments d’écarts. En société déjà, pour que mon travail puisse payer je ne devais pas être trop visible. Seule chez elle aussi, une ou deux fois par semaine. Elle pouvait se goinfrer, c’était sale, moche, écoeurant. Je lui en voulais, elle s’en voulait. Alors elle se faisait inévitablement vomir. La purge. Ce moment de soulagement intense après avoir ingurgité du solide. Se libérer de ces choses qui nous alourdissent. 

C’est devenu de plus en plus rare. Une fois par semaine tout au plus, et pas chaque semaine. Je lui imposais une restriction de plus en plus sévère. Bonne élève, elle acceptait, obéissait.

Ils ont croisé sa route. Ils m’ont aidée, je les ai aidés. Une sorte de travail d’équipe macabre. Je la détruisais, eux aussi. Ils m’aidaient, j’en faisais de même pour eux. 

Et elle, pauvre petite chose malmenée mais docile, elle suivait notre plan.

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1 Commentaire
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Patricia Saccaggi
4 années il y a

Lorsque le mental fait souffrir le physique et vice versa… s’infliger de la douleur… quel être curieux l’humain…

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