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Trolloic Dumbing down


O. DeJavel

Publié le 01/04/2022 14:17
Mis à jour le 28/04/2022 17:14

5 mins de lecture

(Un texte à propos des populistes et de leurs enablers - les facilitateurs)

Du même auteur : Les critiques aquatiques sont là ! 

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    Le troll est ici et il est petit. 

     Il y a sur cette terre aux cinquante couleurs de chanvre, un troll. Un troll ici, un troll las, un troll tralalas, un troll trop, un troll de trop, un troll trollo, un troll orange, un troll étrange, un troll trolesque, un troll grotesque. 

     Un troll à la tètes aussi. Un troll anathème, un troll aux arpents diminués, un troll non publié, un troll à l’esprit trolloïque. 

    Il y a sur cette terre aux cinquante écritures, un troll, un troll aux idées coincées comme des grains de sables au col d’un anus mal lubrifié. Il y a un troll fou aux mécaniques désorganisées, un troll ivre aux absinthes de sa propre folie. Un troll dont l’esprit est un hymne à la nuit profonde, à celle des entrailles et des endomètres. Approchez de sa porte à vos risques, prenez des précautions ultimes, vous êtes prévenus : il s’est confiné parmi les aubépines et les orties.

     Le troll hurle, le troll commente, il est ronflant, ses écrits sont enfleurs, ils ne sont d’ailleurs jamais en fleurs. Ses propos diminuent notre terre, brûlent nos moissons. Le troll ne signe pas, il urine. Il n’écrit pas, il chie. Il déjecte. Ses paroles sont un garrot à faire exploser le cœur. Elles sont syndrome du vol sous-clavier, névrose digitale, elles s’insinuent en sinistrose du foie, en ligature du pylore, en sclérose de la liberté d’expression. Son hommage au mensonge vrille l’estomac, lacère les tripes, créé des dommages au plaisir, embrouille l’esprit à coup de fractales colorectales. Ses messages tailladent les connexions neuronales, remuent les glandes neuro-anales, active les sphincters cervicaux au point d’en chier son cerveau. 

     Et sa prose... Ah ! Parlons de sa prose. Elle hurle aux damnés, elle est chlore, elle est quinine, elle arrête le temps et dilate la terre. Sitôt les yeux posés sur la géhenne de ses fables, des grains de secondes se coincent dans le sablier, des secondes toxiques, des secondes compagnes aux becs d’oiseaux, des secondes aux durées assassines. Armées jusqu’aux dents, d’autres secondes, des secondes d’assauts celles-là, s’attaquent à la fibre de la science pour l’achever et la taillader en hardes canoniques. Elles rompent la matrice du sens, fragmentent la cohérence. Et puis viennent les secondes de la déroute, les secondes désespérées qui étouffent l’espoir, qui enferment le temps, véritables camisoles de forces cousues au tissus de l’enfermement.

     Et lorsque la victime du troll appelle à lapide, qui voit-on se pointer à l’horizon ? Oui... Elle. Encore elle. La trop vieille Mémé. Celle avec une couronne. On la voit s’avancer avec sa cohorte habituelle de nuages aux allures de convoi funéraire, de celui de nos espoirs même les plus ténus. Elle avance le visage blafard, elle marche avec son allure de mauvaise convalescence, avec ses tempes osseuses, en levant ses doigts en chapelets de jointures. Elle est là, avec son air fini, buriné, elle est là, émaciée par l’usure du temps. 

    Le plus étrange, c’est quand elle se désarticule au bas de la pile de cadavres. Elle s’engage d’abord lentement, deux, quatre, huit... elle monte le troll au sommet. Elle lui tend, non ! que dis-je, elle lui temps la main dans le mouvement des violons joués comme une coulée de chagrin. Elle l’invite à conférer dans une onde de reptation, de celui de son bassin croûteux. Et lui de se glousser, de lui lécher les os, de lui caresser les osselets et les cartilages séchés. Et la Mémé couronnée qui en redemande. 

     La vieille osseuse n’a pas à comprendre la dévastation qui unit le troll à ses victimes. Elle veut le réduire au bien et au relatif. Avec ses yeux creux et froids, elle est myope à la limite de la volonté. Elle regarde de si près qu’elle ne voit rien, qu’elle voit tout de la même façon. Pour elle, les victimes sont consentantes, elles sont faibles. La couronnée a son créneaux, elle n’a qu’un seul credo, celui du relatif élastique, celui du suspensoir pour testicules de troll. 

    Faire siennes les paroles du troll, c’est comme aller à la putain, s’offrir une GFE, une girl friend experience, de celle qui se penche sur le calorifère et relèvent le cul pour te re-fourguer sa néo-gonorrhée numérique. On aura beau vouloir retenir les billets ou les lui lancer à la figure, ou même les lui enfoncer dans la gorge... ça ne fait aucune différence pour le troll parce que la GFE couronnée crâne son nom dans un orgasme froid, entonné à l’hôtel d’une supposée liberté, celle de n’être rien, celle de lacérer le dernier des bougres.

     Je parle de ce dont tout le monde sait mais dont personne ne veut causer parce que le troll est le seul à savoir comment faire pour amener le pauvre à lui manger dans la main, dans sa petite main de troll juste à lui. Comprenez... les becs d’oiseaux conspirent contre nous pour détrolliser le troll, ils le disent constructif, abrasif certes, mais combien nécessaire à notre terre et à ses oraisons multiples. 

    Et le troll se glousse depuis une décade entière, on peut même dire deux. Et la mémé le caresse en retour avec sa petite langue froide qui court sur les poils barbelés de ses couilles trolloïques. 

     Elle l’aura je vous le jure. Ils se valent bien l’un à l’autre.


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