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Qu'est-ce que l'enfance ?


Mke Mke

Publié le 22/05/2020 12:41
Mis à jour le 22/05/2020 14:54

4 mins de lecture

Définir l'enfance est une tâche ardue. L'enfance se définit surtout par opposition à ce qui est adulte. Mais peut-on réduire un pan entier de la vie à une circonlocution ? A une limite légale, qui varie selon les cultures et les pays ?

Combien de fois ai-je entendu : "cesse de faire l'enfant", "quelle attitude puérile", "il faut que tu grandisses un peu". Pourtant, ceux qui déclenchent des guerres, ceux qui affament leurs semblables ou assassinent ne sont pas des enfants.

Quand je réfléchis au passé, l'enfance m'évoque surtout la lenteur du passage du temps. Plus on est jeune, plus une journée représente une proportion importante du temps qu'on a vécu. Qui n'a pas eu cette sensation, enfant, que l'année ne finirait jamais ? Aujourd'hui mes années disparaissent en un battement de cils. S'ennuyer un mercredi après-midi : combien je rêverais aujourd'hui de pouvoir m'ennuyer un après-midi tout entier. Les grandes vacances enfin, me paraissaient interminables, mes amis m'auraient-ils oubliés à la rentrée ? L'école aurait-elle changé ? Aujourd'hui en deux mois rien ne change ou presque, à part la devanture des magasins qui installent les vêtements d'hiver en été, et d'été en hiver.

Prenez le temps

L'enfant apprend, c'est une éponge à savoir. Pour peu qu'on l'en abreuve. Apprentissage du monde, du langage, de l'amour, de l'art, de la vie en société. Nombre d’adultes se satisfont de ce qu'ils savent et des limites qu'ils ont eux-mêmes imposées à leur monde. Volontairement souvent, par peur de découvrir quelque chose qui ébranlerait leurs certitudes. Involontairement parfois, parce qu'on leur restreint l'accès à ces découvertes, car l'on connaît leur pouvoir. Et combien dangereuse est une personne qui remet en cause ses certitudes dans un monde bâti sur les certitudes des autres ?

Ne cessez jamais d'apprendre

L'enfant ensuite est naturellement hâbleur. La recherche de reconnaissance et d'existence dans un monde pensé pour les adultes le pousse sur la voie de l’exagération. Curieuse bête que l'enfant : donnez lui trop d'attention, il devient prétentieux, sûr d'être le maître du monde. Donnez lui en trop peu, il devient prétentieux pour la capter. Difficile tâche que celle de parent. Transmettre les codes qui lui permettront au moins de comprendre la société dans laquelle il évolue. Car penser seulement l'individualité, l'enfant roi, est suicidaire dans un monde social. Libre à l'enfant de jouer avec ses codes quand il sera amené à prendre ses propres décisions, mais il lui faut les connaître pour commencer.

Restez humble

L'enfant copie. Un adulte peut-il reprocher à un enfant de ne pas lire assez, ne pas manger assez de légumes, ou ne pas aider son prochain s'il ne le fait pas lui-même ? Un auteur que j'apprécie a écrit un jour : si la littérature était produite par des enfants, elle serait remplie de Sangoku et de Pikachu, car c'est tout ce qu'on leur donne à manger. Le vocabulaire de l'imagination est comme une bibliothèque qu'on remplit. La diversité des expériences et la richesse de cette bibliothèque constitueront un jour les fondations de l'eccéité de l'imagination d'un artiste. Tolkien aurait-il inventé la Terre du Milieu s'il n'était pas linguiste ? Werber les Fourmis s'il n'était pas scientifique ? Flaubert Mme Bovary sans George Sand ? La vocation et les aspirations des enfants sont acquises et non innées.

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L'enfant espère. Sans relâche. Il souhaite, il veut. Aladdin est-il fascinant ou est-ce le génie ? La tête d'un enfant est remplie de possibilités. Demandez à un enfant à quoi il rêve, il voudra voir les étoiles, sauver le monde ou être magicien. Demandez à un adulte, il vous répondra gagner au loto, être célèbre, ou... rajeunir. Ce qui distingue la maturité de l'immaturité dans l'esprit de nos aînés est une implacable rationalité qui nous empêche de rêver. Pourtant le monde a besoin de rêve et d'espérance. Peut-on envisager un monde meilleur si l'on espère pas qu'il est possible ? Si l'on ne croit pas qu'il est possible ? L'espérance est-elle toujours l'ennemie de la rationalité ?

"On n'arrête pas de jouer parce qu'on vieillit, on vieillit parce qu'on arrête de jouer"

Et vous pouvez remplacer jouer par rêver, espérer, essayer, découvrir, ou n'importe quel verbe qui évoque une potentialité. Le secret de l'enfance serait-il donc la possibilité ?

L'enfant enfin est notre part d'éternité. La seule chose de nous qui, sauf tragédie, perdurera. Et cette éternité est possible.

Espérez




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