La lumière

4 mins

Je me suis fréquemment demandé pourquoi ça valait le coup de rester. Souvent, j’ai pensé ”plutôt mourir”. Toujours, j’ai cherché un ”pourquoi” qui m’en retiendrait. Et quand je me demande pourquoi, une multitudes de souvenirs me reviennent…

Seul, je cours à travers mon jardin. Dans un coin, il  y a des bambous. Ce n’était pas rare que des oiseaux s’y trouvent. Je les cherche, mais il faut croire que c’était plus rare que prévu. Je pars rejoindre ma soeur et son ami, chez le voisin. Là-bas, on s’est amusés à déplacer un pommier (enfin, ma soeur et son ami). Après s’être fait passé un savon, on a finalement remis le malheureux à sa place. Ensuite, on a fui vers la piscine. Arrivés là, l’ami de ma soeur a sorti sa DS, et puis on s’est amusés avec.
C’était un moment de paix, d’innocence, de sérénité. Quand je me projette à cet instant, j’ai toujours l’impression de voir des choses vraiment extraordinaires.

Quand j’étais petit, mes parents avaient des moyens financiers limités. Ma garde robe, c’était parfois du Gémo et du Kiabi, souvent de la récup’. Pour ça aussi que des fois, mes parents mangeaient aussi peu. Mon père vivait habillé de bleu, ma mère vivait des fois dans le rouge. Toujours pas loin, en tout cas. Et puis encore, ça allait. Il y avait le potager, les arbres fruitiers, des légumes.
La précarité, franchement, ça aide pas, mais regardez qu’on est plein à y survivre. Et que ma famille était loin d’être des véritables pauvres: j’avais des Géox neuves chaque année !

Je me souviens de mes premiers amis. Morgane, qui faisait bien du vélo. Ornella, mon premier amour (je crois ?). Aurél’ qui me crachait dessus. Dorian qui suivait Aurél’. Alex’, un mec populaire, et puis Laura qui était klepto…Et qui m’aimait ! (wtf ????)
Et même si je ne fais pas leur éloge, là, j’étais heureux d’être avec eux. Ils étaient tous sympas. Même Aurél’, parfois, ça lui arrivait de l’être !

Je me souviens quand je suis arrivé dans mon nouveau primaire, en Corse. C’était dur. Je blessais tout le monde, et vice versa. Je ne connaissais personne. Il faut dire que j’étais assez isolé des autres. Je ramassais la balle au foot, je mangeais seul à la cantine, je m’emmerdais dans la cour. Mais j’ai une prof qui m’a forcé à me faire des amis. Et comme je n’attendais que ça, avoir des potes, j’étais content. J’en ai perdu beaucoup, depuis, mais j’en ai toujours retrouvé.
Merci madame. Vous avez lancé une étincelle qui a réchauffé mon âme. Et je suis très heureux d’être encore là pour m’en souvenir !

Juste après la rentrée en sixième, j’ai rencontré Ange. Honnêtement, je ne compte même plus les choses qu’il a faites pour moi. Il m’a intégré à son groupe de potes. Il m’a intéressé à la politique. Quand j’allais pas bien, il était là. Et il est toujours resté là, comme un ancrage à cette réalité que je n’aimais guère.
Physiquement, il fait un peu peur. Il marche un peu bizarrement. Il a l’air un poil mariole. Mais parles-lui, et tout ça disparait.  Il est à la fois sensible, attentionné, et très timide. Du coup, pas mal de gens le trouvent giga mignon.
Avoir vingt mille amis, c’est bien, mais si vous trouvez un Ange (ou une Angèle), ne lâchez rien. C’est ça, un vrai ami. Encore maintenant, je le fréquente, et quel kiff !  Quand je pense au collège, il revient souvent à ma mémoire. C’est qu’il y occupe une grande place, le mec !

Je pense à mon premier amour reconnu (c’est pas Ornella, là). Une Portugaise, plus grande que moi de deux ans. Elle jouait de la flûte du tonnerre, elle était jolie, et avait un caractère presque maternel. Pour moi de cette époque, elle était juste parfaite. Pour d’autres, elle était grosse et con. C’est elle qui m’a convertit en premier aux mangas. Son petit rire me faisait fondre à chaque fois qu’il s’échappait de ses jolies lèvres. Son humour merdique me faisait rire. Le soir, je la regardais s’éloigner sur la route, et je soupirais ”mais qu’est-ce que je l’aime”. Quand je parlais avec elle, pareil. Il fallait l’accepter: je l’aimais. J’avais zéro chance, alors je ne lui ai pas dit quand j’aurais pu. J’avais douze piges, j’étais immature.
Enfin, je crache souvent dessus, mais c’est pas si nul, l’amour. Le souvenir qu’il laisse, des années plus tard, nous réchauffe le coeur. Même si l’amour initial s’est effacé, l’admiration restera toujours. C’est magique.

Je pense à ma famille, enfin. Sans eux, malgré tout ce que j’ai écrit ci-dessus, je serais mort.

J’ai grandi dans la mort.  J’ai tué mon premier lézard vers six ans (j’en ai plus tué depuis mes onze). Papy est parti quand j’en avais neuf. J’étais un dark sasuke, je trouvais la mort stylée.
J’avais onze ans quand j’ai compris que j’aimais vivre. Dans un rêve, je voyais toute ma famille partir en ruines après ma mort. Ma soeur, se décomposant au bout d’une corde. Ma mère, le visage émacié, tordue comme Quasimodo, s’arracher les cheveux en hurlant. Mon père, dépressif, sombrer dans l’alcool et la violence. Et moi qui pensait en finir !
Alors je suis resté, juste six mois de plus. Comme ça, par curiosité. Et j’ai rencontré Ange. J’ai rencontré la Portugaise. Je me suis rappelé Morgane.

Et je me suis dis que ça valait le coup de rester. ”Pourquoi ?” Mais c’est plus le moment de penser à pourquoi !

J’ai pu voir la beauté intrinsèque de ce monde !

Faire de la musique stylée au lycée,

Danser la country avec ma soeur et ses potes,

Revoir mon ami après un an sans nouvelles,

Faire une soirée avec Ange et son groupe d’amis trop cools,

Me souvenir des bons moments, avec la compagnie d’avant mon CM1,

D’à quel point c’était cool d’être amoureux, merde !

D’à quel point je suis heureux qu’on soit toujours amis avec la Portugaise.
(Même si je l’aime plus romantiquement, d’ailleurs !)

Je suis si heureux d’exister, si vous saviez ! Quel plaisir c’est, d’enfin voir la lumière !

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Cora Line
Cora Line
1 année il y a

Merci pour ce texte lumineux empreint d’optimisme et de bonté!
Je vous livre cette citation de Kheira Chakor :
“Entre l’ombre et la lumière, il y a toujours un soleil à naître”.
A chacun de vos mots, c’est cette naissance que votre plume éclatante nous dévoile par petites touches . Bravo et continuez de nous inonder de votre lumière !

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