Olympe de Gouges, La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne 1791

3 mins

Parler des livres que l’on a lus est un exercice éculé, et bientôt, n’importe quel organisme d’intelligence artificielle pourra se fendre d’une chronique instantanée sur un livre lu instantanément dans le répertoire milliardaire des œuvres littéraires mondialement numérisées.


Moi, je vous propose d’aller plus loin et de vous parler des livres que je n’ai pas lus soit parce que je n’ai pas eu le temps, soit parce que je n’en ai pas eu l’envie, soit parce que je ne les connais pas, soit parce que j’ai prêté le livre et qu’on ne me la jamais rendu, sois aussi parce que j’ai lu le livre mais n’en ai conservé aucun souvenir—bref, les raisons de ne pas lire sont encore plus nombreuses que les livres à lire—toujours est-il ; que je veux tenter avec vous d’extraire, d’extirper, de sucer la substantifique moëlle de mon ignorance, comme un collecteur d’humidité piège les gouttelettes d’eau d’une chambre à l’isolation exécutée à la va-vite par des travailleurs au noir pressés de passer au chantier suivant et sur les murs de laquelle, le retour récurent des tâches de moisissure, malgré les nombreuses heures passées à les frotter à la javel n’arrange rien, nous désespère de jamais trouver une solution finale, ainsi, lecteur ensemble nous essaierons de comprendre mon ignorance crasse et d’y remédier ; car lecteur, quel danger est-il plus grand pour la littérature (à part peut-être l’automatisation de la lecture et de l’écriture) que celui de l’ignorance ?





La Déclaration des Droits de la Femme :

Texte important si ce n’est politiquement au moins symboliquement car sa publication marque l’émergence d’un mouvement féministe au sein du mouvement pour l’émancipation du peuple et en soulignent les ambiguïtés et les contradictions criantes.

J’aimerais pouvoir vous en dire plus, néanmoins comme le nom de la rubrique l’indique, je n’ai pas lu le texte et ne peut donc en bonne conscience vous en parler—même si entre nous, ayant une formation universitaire solide, je suis capable de débiter des pages et des pages sur des livres non lus et des notions à peine entendues.

Cela revient-il à dire que je ne peux pas du tout parler du livre ? Eh bien je ne crois. Au contraire, je pense que les conditions de mon ignorance peuvent nous dire quelque chose du livre lui-même.

D’abord, pourquoi voudrais-je parler de ce livre que je n’ai pas lu ? La première chose qui me vient à l’esprit est d’avoir voulu en apprendre plus dessus sans jamais avoir fait la moindre démarche pour le faire. Je sais que c’est un texte fondateur du proto-féminisme français, mais je n’en sais guère plus. Ironiquement, je connais le féminisme américain. En effet, étant angliciste de formation et spécialisé dans les États-Unis j’ai été amené à suivre des séminaires sur l’histoire du féminisme. Je dis « des » mais bien sûr je veux dire « un ». Un seul séminaire dédié aux origines du féminisme américain et c’est au cours de celui-ci, je crois, que j’ai entendu le nom de de Gouges.

J’aurais pu d’ailleurs écrire ce billet sur le Deuxième Sexe de Beauvoir. D’une certaine manière j’en fus encore plus proche et pourtant ne l’ai jamais ouvert. Effectivement, comme beaucoup de jeunes hommes… n’exagérons rien… comme une poignée de jeunes gens types désocialisés j’ai eu ma période Jean-Paul Sartre. Période qui comprend la lecture presque entière de ses écrits de fiction, ses essais et mémoires et qui s’est achevée en une tentative laborieuse de s’attaquer à l’Être et le Néant. Et même si au cours de ces lectures je fus exposé constamment à la figure de de Beauvoir je n’ai jamais même eu l’idée d’ouvrir un de ses livres… à part, et je dis cela non sans rougir, ses mémoires consacrées à sa relation avec Sartre.

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2 Commentaires
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Marie Mahé
5 années il y a

Excellent comme souvent !!! Personnellement lorsque je pense à un livre que je n’ai pas lu cela me donne envie de m’y plonger. Cependant je ne veut pas dire que j’ai tout lu, loin de là… Et bizarrement si certains sujets me passionnent comme le Droit, je n’ai jamais vraiment ouvert un livre de Droit, tout juste feuilleté des articles de Droit ici et là.

Bernard Pichardie
4 années il y a

Bien souvent, le livre que je n’ai pas lu est celui que je vais commencer le lendemain !

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