Vivre sans lui – 1

5 mins

Préambule

François vivait avec ses parents à Nancy, alors que Margaux habitait avec sa mère à Clermont-Ferrand. Malgré les sollicitations répétées de la plupart de leurs entraîneurs de l’UCPA, ils n’avaient pas accepté de faire de compétitions en dehors des périodes de vacances scolaires, prétextant l’un et l’autre des emplois du temps incompatibles avec un entrainement à haut niveau. Personne ne comprenait pourquoi ils s’obstinaient ainsi. Leurs retrouvailles régulières avaient quelque chose d’étonnant presque bizarre. Toute la journée, ils naviguaient et après avoir rempli les tâches incombant aux marins de retour sur la terre ferme, ils se séparaient. Lui se retranchait dans ses livres et elle passait son temps à dessiner. Contrairement à la majeure partie des jeunes, ils ne participaient ni l’un ni l’autre aux activités organisées par les moniteurs, toutefois ils faisaient tant la fierté du directeur du centre qu’à aucun moment il n’avait jugé bon de faire une quelconque remarque sur ce qui appartenait à leur vie personnelle.

Puis en août 1983, Margaux n’était pas venue à son stage de voile d’août. Personne à l’UCPA ne savait pourquoi elle n’avait pas renouvelé son inscription. François n’avait pas gagné de régate cette année-là, il n’avait pas eu le cœur à ça. C’est au cours de ces dernières vacances qu’il avait compris qu’il tenait bien plus à Margaux qu’il ne l’aurait pensé. C’est la raison pour laquelle en octobre de la même année tandis qu’ils allaient fêter leur quinze ans respectifs, François s’était décidé à lui écrire un petit mot pour son anniversaire. En fait, son message était bien plus que cela. Alors qu’ils n’étaient que de très bons amis depuis toutes ces années sans pour autant chercher à se voir ailleurs que durant leurs vacances à L’ UCPA, il s’était tissé entre eux un lien très fort bien que discret. François avait acheté une jolie carte d’anniversaire représentant l’océan et au fur et à mesure de ses brouillons, il avait dû se rendre à l’évidence. Tout ce qu’il avait à dire à Margaux ne tiendrait sans doute pas sur cette carte. Alors il avait décidé dans un premier temps de lui faire parvenir sa carte avec juste ce petit message :

« Nancy, le 8 octobre 1983,

Bon anniversaire Margaux, tu m’as manqué cet été et sans toi je n’ai gagné aucune régate. Donne-moi de tes nouvelles que j’espère bonnes.

François ton équipier ».

Le message était sobre, néanmoins il avait eu l’impression de dire l’essentiel en lui expliquant qu’elle lui avait manqué. Si elle lui répondait, cette fois il serait plus loquace en lui écrivant ce qu’il avait noté dans ses multiples brouillons échoués dans la corbeille. Pour l’instant il devait être pragmatique et réaliste. Il ne savait pas ce que Margaux avait dans la tête à son sujet. A aucun moment, elle n’avait fait un geste pour aller vers lui, ceci étant, il n’avait rien fait pour provoquer une réaction de sa part. C’était si loin des comportements dont il avait l’habitude. Il était partagé entre s’en éloigner rapidement pour éviter de vivre avec cette sensation de manque – manque de quoi au juste ? C’était la première fois qu’il éprouvait cette impression. Devait-il en avoir peur ou au contraire faire en sorte qu’elle perdure ? François était pris entre deux feux – mais de quels feux s’agissaient-ils ? Il ne s’était jamais, jusqu’à présent, préoccupé de ce genre de sentiments. Au sein de sa famille rien ne se rapprochait de ce qu’il vivait depuis ces dernières vacances à Bénodet. Son père très occupé par un emploi du temps de ministre ne faisait que croiser François entre deux couloirs, quant à sa mère, elle était plus soucieuse pour les enfants du tiers-monde que par son propre fils. La seule personne la plus proche de lui était Martha, la cuisinière, qui avait également été durant toutes ces années sa nourrice, sa baby-sitter rarement sa confidente puisque François n’avait pas vraiment éprouvé le besoin de se confier à quiconque, or s’il avait eu à le faire, il aurait certainement choisi Martha comme confidente. Depuis qu’il était au collège, il était interne et ne rentait chez lui que le week-end et parfois un week-end sur deux. Bien entendu, il avait des copains de classes qui contrairement à lui avaient une vie sociale et amoureuse bien remplie. Toutefois jusqu’à ces dernières semaines, il n’y avait pas vraiment fait attention. François était plus concentré sur sa passion, à savoir les sciences en général et plus particulièrement les Mathématiques et la Physique-chimie. Il passait tout son temps libre à faire des expériences dans le laboratoire du collège mis à sa disposition par son professeur principal qui misait énormément sur cet élève qu’il pensait surdoué dans ces domaines. Pour en revenir à ses parents, l’un comme l’autre avaient contrairement à leur fils une vie sociale très importante et compte tenu de leur emploi du temps respectif, François n’était pas certain que leur propre chemin se croisait très souvent. Lors des week-ends qu’il passait chez lui, il ne voyait que très peu ses parents ou parfois séparément. Chacun avait des occupations aux antipodes. Sa mère passait son temps à organiser des galas afin de récolter des fonds pour l’une des associations dont elle s’occupait. Elle sortait beaucoup, la plupart du temps accompagnée de jeunes gens, mannequin, chanteur, artiste qu’elle mettait en avant lors de ses manifestations. Son père voyageait tout le long de l’année, visitant les nombreuses holdings qu’il avait mises en place un peu partout dans le monde. C’était un homme craint car très puissant. Au sein de sa famille, si tant est qu’il ait eu une famille au sens où on l’entend, personne n’avait offert à François ce que l’on appelle de l’affection. Il ne se souvenait pas quand, de son père ou de sa mère, il avait eu une accolade ou une marque de tendresse. Certes il avait tout ce dont il avait besoin d’un point de vue matériel mais hormis cela il n’avait rien. Pas une once d’amour. Alors que connaissait-il à l’amour ? Lui si brillant ne s’était pas préoccupé de ce type de relation jusqu’au jour où Margaux n’était pas venue à son stage de voile. Cet été-là François avait eu l’impression d’un manque, manque qu’il n’arrivait pas à définir précisément n’ayant pas eu, jusqu’à présent, aucune émotion qui s’en rapproche. Il devait en avoir le cœur net et pour cela, il devait envoyer sa carte et attendre. Plus tard si Margaux lui répondait, il serait toujours temps d’en parler à Martha. Elle avait eu un mari fut un temps, même si depuis quelques années il était décédé à la suite d’un cancer. De son mariage était née une fille dont elle avait de nombreuses photos dans sa chambre dans laquelle parfois François s’était réfugié étant plus jeune quand il se sentait seul dans cette grande maison. Martha devait savoir des choses à ce sujet. Sur ces entrefaites François avait déposé sa carte dans la boîte aux lettres de l’internat. Si tout se passait comme prévu, le courrier mettrait deux jours à arriver, Margaux mettrait un ou deux jours pour lui envoyer sa réponse et elle mettrait deux jours encore au retour. Dans le meilleur des cas il recevrait la lettre de Margaux en début de semaine suivante. D’ici là, les examens de rentrée au Lycée allaient l’occuper largement.

No account yet? Register

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Lire

Plonge dans un océan de mots, explore des mondes imaginaires et découvre des histoires captivantes qui éveilleront ton esprit. Laisse la magie des pages t’emporter vers des horizons infinis de connaissances et d’émotions.

Écrire

Libère ta créativité, exprime tes pensées les plus profondes et donne vie à tes idées. Avec WikiPen, ta plume devient une baguette magique, te permettant de créer des univers uniques et de partager ta voix avec le monde.

Intéragir

Connecte-toi avec une communauté de passionnés, échange des idées, reçois des commentaires constructifs et partage tes impressions.

0
Exprimez-vous dans les commentairesx