L’espace d’un instant où tout bascule – 2ème partie 7

7 mins
Et les voilà partis. Jean-Marc proposa de prendre sa voiture ainsi il pourrait à l’avenir mieux se repérer. Marie le guida jusqu’à l’entrée de l’impasse. Elle le fit se garer juste à l’angle de celle-ci puis ils poursuivirent à pied. L’allée faisait quelques centaines  mètres tout au plus, Jean-Marc Duchemin nota combien l’endroit devait être très calme bien qu’il soit en centre-ville et il le fit remarquer à Marie, indiquant que c’était un premier bon point.
En découvrant enfin la maison, il fut, tout comme Marie l’avait été le matin même, conquit par l’architecture et toutes les fleurs qui décoraient l’ensemble. Un second bon point, dit-il à nouveau.
Marie était aux anges, elle savait que l’endroit lui conviendrait mais en avoir la conviction n’était pas suffisant, elle préférait en avoir la confirmation. A l’instant où ils pénétrèrent dans le hall, elle en eut la certitude.
Ne voulant pas déranger la propriétaire avant la visite, Marie se dirigea vers l’appartement au second étage. En arrivant sur le premier palier, Jean-Marc s’étonna de tous les nombreux objets de grande valeur que renfermait cette maison. Il était étonné qu’un propriétaire puisse décider de louer un pareil lieu sans connaitre le locataire. Marie, le regardant avec un petit sourire aux coins des lèvres, lui assura qu’elle avait donné à la maîtresse des lieux toutes les garanties sur ce fameux locataire. Jean-Marc eut lui-même un sourire qui en disait long.
Lorsqu’il entra enfin dans l’appartement, il n’avait terminé la visite qu’il avait annoncé sa décision.
– Je signe où ? Je le veux, je le prends tout de suite avant qu’il ne m’échappe, avait-il annoncé spontanément.
Marie lui expliqua qu’elle n’aurait jamais envisagé de louer ce bijou à personne d’autre que lui. Effectivement, il y avait trop de beaux objets pour ne pas être très vigilante et très stricte sur le choix de l’heureux bénéficiaire de cette location, occultant totalement le prix de celle-ci. Le prix n’était pas un problème avait annoncé Jean-Marc Duchemin, Quand Marie lui précisa que la propriétaire ne l’avait pas encore déterminé et qu’elle comptait sur elle pour lui faire une proposition, instantanément il suggéra sans plus attendre une somme tout à fait raisonnable qu’elle-même n’aurait peut-être pas annoncée.
– Un tel lieu n’a pas de prix et il me semble que mille cinq cents euros me parait correcte, qu’en dites-vous ? avait affirmé Jean-Marc tout excité.
– Je trouve ce loyer très bien, nous pourrions après avoir fait le tour des autres pièces, descendre rencontrer la propriétaire si elle est disponible. Je vais essayer de la joindre par téléphone pendant que je vous laisse visiter le reste…..
– Allo, Madame Vallois, bonjour madame, je vous prie de bien vouloir m’excuser de vous déranger mais je suis en train de visiter votre appartement avec mon client, qui est d’ailleurs très enthousiaste à l’idée d’emménager ici. Je voulais savoir si je pouvais vous le présenter.
Visiblement la vieille dame proposa à Marie de frapper à sa porte dès la visite terminée. C’est ainsi qu’après quelques minutes, ils descendirent. La porte de l’appartement était entr’ouverte. Marie frappa et entendit qu’elle était conviée à entrer.
– Bonjour madame Valois, je vous présenter Monsieur Duchemin, votre éventuel locataire. Elle ajouta à mi-voix Marie, comme pour éviter que son client entende sa remarque, si toutefois vous validiez mon choix conformément à ce que nous avions prévu. Puis elle précisa à haute et intelligible voix, monsieur propose de louer pendant une période de 6 mois renouvelable éventuellement si l’un et l’autre en étiez d’accord. Il a également suggéré pour le montant du loyer la somme de mille cinq cents euros, auxquels se rajouteraient les frais d’électricité, de gaz et autres charges incombant au locataire…
Marie n’avait pas terminé sa phrase que madame Valois l’interrompit.
– Nous n’allons pas faire des comptes d’apothicaire, je n’ai pas de compteur séparé pour l’électricité ou le gaz, restons-en à cette somme si vous voulez bien, avait dit la vieille dame, heureuse de constater que Marie ne lui avait pas menti sur le sérieux de son client. Toutefois elle ajouta, si vous me le permettez, je vois mon fils demain, je lui transmettrai votre offre afin qu’il la valide, ajoutant, je suis certaine qu’elle devrait lui convenir.
– Madame, je trouve normal de participer aux frais, donnez à Marie Dumas vos factures, et j’en paierai la moitié, si cela devait vous agréer, avait rétorqué Jean-Marc Duchemin conscient de la chance qu’il avait et à l’évidence heureux de faire plaisir à cette vieille dame.
– En attendant la réponse de mon fils, je vous propose de nous installer dans le jardin pour boire quelque chose afin de mieux faire connaissance, si vous n’êtes pas trop pressés. Une vieille dame comme moi est toujours contente d’avoir de la compagnie.
Et sans attendre leur réponse, elle se dirigea vers sa cuisine pour suivre le même rituel que le matin. Elle leur présenta un plateau légèrement plus grand qu’à la première visite de Marie avec des tomates-cerises et des olives précisant cette fois à l’intention de son futur locataire que tous ces ingrédients venaient de son jardin. Ils burent un verre de vin cuit en grignotant et en discutant de choses et d’autres.
De confidences en confidences Jean-Marc Duchemin se permit de demander à la vieille dame si elle était de la région. Elle lui précisa que ses parents étaient venus s’installer ici après la guerre alors on pouvait dire qu’elle était de la région, toutefois son mari et elle-même avaient beaucoup voyagé et n’étaient venus vivre dans cette maison qu’à la retraite de son époux. Ils avaient vécu en France et à l’étranger, mais son mari était originaire d’Avoriaz où ils allaient pendant les vacances avec leurs trois enfants dans leur maison de famille.
Marie se rappelait que la vieille dame avait dit avoir un fils et une fille, qu’était devenu le troisième. Marie n’eut pas le temps d’envisager quelques réponses que Jean-Marc Duchemin interpella madame Vallois.
– Je suis également par mon père originaire de cette région où j’ai toujours le chalet construit par mon grand-père, peut-être nos familles se sont-elles connues ? Votre nom évoque quelque chose à mon esprit mais les circonstances qui y sont liées n’étant pas très heureuses, je n’ai pas souhaité vous interpeller à ce sujet.
Un voile de tristesse submergea le visage de la vieille dame et ni Marie, ni Jean-Marc Duchemin n’osèrent prendre la parole. Un long silence s’en suivit puis en s’adressant à Jean-Marc Duchemin, elle dit :
– Les ultimes vacances que nous avons passées à Avoriaz furent entachées d’un grand malheur et depuis cette date nous ne sommes plus jamais retournés là-bas. Cela remonte à fort longtemps et pourtant je souffre toujours autant. C’était en 1968, l’été était magnifique, il faisait très beau et mon mari qui était un très grand alpiniste entraînait toujours ses enfants et ses petits-enfants dans ses escalades. Mais voilà, cette année-là, nous n’avons jamais su comment cet accident s’était produit ; ils ont dévissé sur une paroi et mon petit fils en voulant porter secours à sa sœur aînée a fait une chute mortelle.
Au fur et à mesure que la vieille dame racontait son histoire, Jean-Marc Duchemin se décomposait et quand elle eut fini son récit, il resta un long moment à la dévisager puis il dit d’un air décontenancé :
– Votre prénom, madame Vallois est-il Justine ? Avait demandé timidement Jean-Marc Duchemin sans totalement croire que la réponse pouvait être positive.
Marie était totalement hébétée. On aurait dit qu’elle assistait à une scène de film dont elle ne comprenait rien. Mais elle n’osa pas intervenir, elle resta en retrait attentive à tout ce qui se déroulait sous ses yeux sans vraiment réaliser ce qui se passait. A l’inverse, la vieille dame qui regardait Jean-Marc Duchemin de plus en plus attentivement, d’un air à la fois étonné et incrédule, commença à réaliser l’incroyable événement qui était en train de se produire à cet instant précis, la situation paraissait si irréel, qu’elle prit quelques secondes avant de réagir.
– Mon dieu, tu ne serais pas Jeannot, le petit qui était toujours avec Martine et Joseph durant ces terribles vacances ?
– Oui madame, cette année-là a été la plus terrible pour moi, j’ai perdu un ami et celle qui a hanté tous mes souvenirs durant des années. A l’époque, je n’avais que treize ans mais je me souviens avoir demandé à ma mère comment elle avait su que papa était l’homme de sa vie. Ma mère avait beaucoup ri lorsque je lui avais dit que j’avais rencontré la femme de ma vie. Imaginez à treize ans à peine !!!! Je me souviens, votre plus jeune fils avait quelques mois à peine et, vous nous laissiez, Martine et moi le promener dans sa poussette. J’imaginais que c’était notre bébé. J’étais un papa de treize ans et j’avais épousé la plus jolie fille de treize ans que je n’avais jamais rencontrée.
– Que le monde est petit, si j’avais pensé un jour te revoir. Ma fille ne m’a jamais parlé de toi dans ces termes, il faut dire que nous étions tous effondrés par les événements et c’est pourquoi nous ne sommes plus jamais revenus à Avoriaz.
– J’ai fait mille recherches pour retrouver Martine mais vous aviez totalement disparu et j’ai passé cette année-là, la plus triste des années, durant presque cinq années à chaque fois que je revenais à Avoriaz avec mes parents, je questionnais tout le monde à votre sujet mais personne n’avait jamais eu de nouvelles après cet accident tragique. Que deviennent Martine, son petit frère et ses parents ?
Marie était présente dans la pièce mais personne ne faisant attention à elle, elle était devenue transparente, elle n’osait pas faire un geste de peur de gêner, à peine respirait-elle tout doucement.
– Martine est aux Etats-Unis avec son mari et elle a quatre enfants, deux filles et deux garçons, et son frère vit dans la région, il est journaliste ou éditorialiste, je crois, il a la bougeotte et il change sans cesse d’activités mais il est dans la presse ça c’est une chose sûre, avait répondu la vieille dame en s’adressant à « Jeannot » oubliant totalement la présence de Marie.
Cependant ils prirent conscience que Marie été restée en retrait tout au long de leur échange. Ils se confondirent en excuses et la remercièrent de les avoir mis en relation. Madame Valois lui dit qu’elle ne pouvait espérer meilleur locataire et à ce titre elle voulut proposer à « Jeannot » de lui prêter l’appartement en proposant tout de même de dédommager Marie pour son travail or Jean-Marc Duchemin s’y opposa totalement. Il souhaitait s’installer dès le surlendemain puisqu’il avait déjà pris ces dispositions pour le jour-même dans un petit hôtel à quelques centaines de mètres.Tout était dit et dès que la vieille dame eut embrassé généreusement son « Jeannot », Marie et lui prirent congés.
Marie n’en revenait pas de cette coïncidence. Jean-Marc lui proposa de la ramener à l’agence mais elle prétexta une course urgente à faire à deux pas pour s’éclipser. Jean-Marc Duchemin lui confirma son passage à l’agence en fin de semaine pour la signature du bail car il devait se rendre à Bordeaux le lendemain et il avait encore deux ou trois choses à préparer pour son rendez-vous. Il voulait ensuite faire un saut à Avoriaz pour réunir quelques affaires qu’il aimerait déposer dans son nouvel appartement. Spécifiant toutefois que si elle préférait qu’il signe les papiers avant, il tâcherait de se rendre disponible. Rien ne pressait, propriétaire et locataire se connaissaient et n’avaient pas vraiment besoin de son aide pour quoi que ce soit.
Marie acquiesça et s’éloigna toujours plongée dans ses pensées. Tous ces souvenirs, toutes ces émotions l’avaient rendue à son tour quelque peu nostalgique du passé. Elle n’aspirait qu’à une chose, rentrer chez elle et se plonger dans un bon livre avec un paquet de chips et un thé. C’était ainsi qu’elle soignait son blues. En chemin, elle reçut un coup de fil de Maïlis lui confirmant qu’elle avait enfin trouvé des escarpins pour leur soirée et comme elles avaient la même pointure, elle avait acheté deux paires en pensant que son amie n’aurait sans doute pas le temps d’aller faire les boutiques d’ici samedi. Marie était contente car même si ce n’était pas le temps qui lui manquait, elle n’avait effectivement pas l’envie pour cela. Maïlis lui dit qu’elle pouvait venir prendre les chaussures le lendemain midi au restaurant. Marie accepta et elles se quittèrent ainsi.

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8 Commentaires
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Mathieu Jaye
4 années il y a

Le texte manque d’un petit peu d’air je trouve, mais le contenu est toujours aussi bien !

Mathieu Jaye
4 années il y a

Eh oui il est temps de me découvrir !
En revanche, ce n’était pas du tout une critique, mais bien un ordre que tu m’as donné auparavant ?

Mathieu Jaye
4 années il y a

C’est parfait !

Mathieu Jaye
4 années il y a

Je pensais à ta mise en page, mais les deux sont vrais !

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