Hors du temps – 1ère partie – 7 – Vacances en Espagne

5 mins

Barcelone – Eté 1987

Nous étions restés trois nuits à Barcelone, et après avoir fait du lèche-vitrines avec Margaux le premier jour, ses parents nous avaient proposé de nous faire une petite visite guidée de Barcelone le jour suivant. C’était une tradition dans la famille, et Margaux s’y pliait volontiers sachant qu’ils seraient infiniment heureux de nous faire découvrir ce que chaque année, ils avaient eux-mêmes déniché. Ils nous avaient proposé de faire une visite de la ville spécialement pour moi. Margaux avait été si très emballée par cette idée et qu’elle avait elle-même organisé le programme de la journée, le premier soir ses parents avaient déjà prévus de nous emmener voir les fontaines magiques de Montjuïc.

Durant le dîner, ils m’avaient expliqué qu’elles avaient été inaugurées au moment de l’exposition universelle du 19 Mai 1929. Désormais les Fontaines Magiques étaient un spectacle son et lumière, où la musique rythmait des jeux d’eau éclairés par des couleurs multiples. C’était un spectacle absolument extraordinaire qu’il ne fallait pour rien au monde manquer si l’on passait à Barcelone. Effectivement, je crois que je n’avais rien vu de si beau, grandiose, magnifique, extraordinaire, je n’avais pas eu assez de mots pour exprimer ce que j’avais ressenti toute la soirée. J’en aurais pleuré tellement j’étais émue. On aurait pu croire que c’était parce que je n’avais rien vu d’autre que ma cité, or la maman de Margaux n’avait affirmé qu’elle ressentait toujours cette même impression. Puis pour notre plus grand plaisir, son père nous avait ensuite emmenées manger une glace sur la place del Poble Espanyol de Montjuïc, là à nouveau j’avais été émerveillée.

Le lendemain, Margaux avait préparé tout le déroulement de la journée, nous devions visiter la Sagrada Familia d’Antoni Gaudí. Je n’avais jamais vu un édifice si gigantesque. J’appris qu’il avait été dessiné par Antoni Gaudí, un très grand architecte à l’époque de sa construction en 1882, il avait mis près de 80 ans avant de l’achever. Encore une fois, les mots m’avaient manqué pour décrire ce que j’éprouvais en visitant ce lieu tant c’était un monument époustouflant.

Depuis que je connaissais Margaux j’avais visité des églises, des musées et de nombreux autres endroits comme La Basilique Notre-Dame de Fourvière or aucun d’eux n’était comparable à celui-ci. Il avait des hauteurs gigantesques et des vitraux traversés par les rayons de soleil qui ressemblaient à de véritables tableaux. Dans certaines voûtes, on avait l’impression soit d’être sous un ciel étoilé ou au centre d’une forêt où des rais de lumière perçaient au travers d’un feuillage dense, juste suffisant pour éclairer l’intérieur du temple, c’était Margaux qui me l’avait indiqué. Par ailleurs, je ne m’étais jamais sentie aussi petite que lorsque je m’étais retrouvée au pied de ce lieu et encore plus minuscule en y entrant. L’espace était démesuré, il y avait des sculptures géantes et des parties qui ressemblaient de loin à de la dentelle. Je n’arrivais pas à partir tant il y avait de choses à voir et pourtant Margaux au bout de deux heures m’avait demandé de quitter les lieux car elle avait beaucoup d’autres choses à me montrer dont l’Aquarium de Barcelona. Toutefois, compte tenu du temps qui nous restait, elle avait préféré me faire visiter d’abord « El Poble Espanyol de Montjuïc ».

Ses parents étaient visiblement très heureux de voir combien leur fille avait consciencieusement préparé ses visites durant cette journée. Afin de nous donner du courage pour la suite, ils nous avaient proposé de déjeuner à la terrasse d’un bar à tapas qui s’appelait « Freiduría Tio Pepe » qui voulait dire « friture de l’Oncle José », je crois … on avait pris des tapas et plusieurs plats que nous avions partagés avec toutes les variétés de poisson frit. C’était délicieux et à la fin du repas, nous avions eu droit à un bon dessert, on avait tous eu un peu de mal à repartir car il faisait particulièrement chaud.

Margaux avait poursuivi sa visite en nous entraînant dans des ruelles ombragées où elle m’avait expliqué leur histoire. J’appris ainsi que dans ce quartier étaient reproduites les rues et les places les plus connues à travers l’Espagne. Il y en avait plus d’une centaine qui avaient été recréées à la dimension du Poble Espanyol. J’avais eu le sentiment de visiter un musée à l’échelle de la ville. J’y avais vu des maisons d’une blancheur qui faisait penser aux constructions que l’on trouvait dans le désert algérien, comme j’en avais vues dans mes livres de géographie. J’avais pu admirer des tours de toutes les hauteurs, de tous les styles et de toutes les époques, puis des portes qui se trouvaient dans le mur d’enceinte du Poble Espanyol. L’une d’elle, la « Puerta de San Vicente », était une copie de l’une des neuf portes composant le mur et entourant la ville d’Avila, la plus ancienne en Europe, construit au XIe siècle, cette ville avait pour particularité d’être entourée d’une muraille médiévale, de style roman, entièrement conservée.

La visite avait duré toute la fin de journée après quoi nous étions rentrés à l’hôtel pour nous reposer, prendre un bon bain puis dîner. A cette époque, je n’avais pas encore le goût ou l’envie d’écrire, pour garder en mémoire tous ces souvenirs que je savais déjà indélébiles. Margaux quant à elle, n’avait pas cessé de prendre des photos de nous comme de tout ce qui retenait son attention, les monuments, des personnes, des attitudes, des parties d’un tout qu’il m’était impossible de décrire mais qui mis en scène donnait une photo étonnante.

Le lendemain, elle aurait aimé me montrer de nombreuses autres curiosités or nous devions rejoindre Torre Molinos dans la soirée et le trajet était assez long. Toutefois Margaux avait absolument souhaité que son père nous emmène en voiture au pied de l’escalier qui menait au Musée National d’Art Catalan pour me faire admirer la vue de la ville depuis l’esplanade. Nous devions faire vite, ses parents nous attendant dans la voiture. Quatre à quatre nous avions gravi les marches pour nous retrouver face au musée qui était un monument magnifique. Puis en me retournant, j’avais pu effectivement constater la merveilleuse vue sur Barcelone, je devais reconnaître qu’elle avait eu raison de me faire monter toutes ses centaines de marches sous une chaleur accablante, le spectacle en valait vraiment la peine.

Torre Molinos – Eté 1987

A peine étions-nous redescendues que nous étions partis pour Torre Molinos. Nous nous étions arrêtés cette fois brièvement, juste pour déjeuner à Valence, nous avions presque six heures de route pour arriver à destination. Vers 20 heures son père avait garé sa voiture sur le parking de l’hôtel Pez Espada, un quatre étoiles. Là encore une nouvelle surprise m’attendait, en pénétrant dans le hall, je fus éblouie. Tout était en marbre. Sur le sol, on aurait pu imaginer de grands galets comme l’on trouve au bord de la mer, de toutes les formes, légèrement rosés sur un fond noir. Au centre de cette interminable espace, se trouvait une sorte de couloir imaginaire encadrait par plusieurs dizaines de colonnes monumentales, également en marbre rosé. Au plafond des rangées de petites lumières éclairaient le tout. Enfin d’un côté des colonnes, se trouvaient des salons en velours bleu roi qui surplombaient la mer et de l’autre côté, un coin musique avec un piano à queue et des tables encadrées de gros fauteuils. Ils devaient être destinés à tous ceux qui voulaient assister à un concert, puis il y avait un bar et d’autres salons.

Je n’en revenais pas, j’étais restée comme figée sur place, Margaux avait dû me tirer par le bras pour me faire avancer. Nous devions regagner nos chambres pour nous rafraîchir puis nous nous étions donné rendez-vous dans la salle de restaurant pour dîner. J’allais de surprise en surprise et n’avais pas assez d’yeux pour tout voir simultanément. Margaux m’entraînait en me précisant que j’avais quinze jours devant moi. Elle connaissait cet hôtel parfaitement pour y être venue à plusieurs reprises alors rien ne l’étonnait.

Après dîner, nous étions allées nous promener sur la plage qui me semblait interminable. Il était 22 heures, il faisait encore jour et très bon. Cette nuit-là, j’avais eu l’impression de vivre un rêve tant et si bien qu’à mon réveil, je m’étais demandé si tout cela était vrai ou si je l’avais imaginé. Les vacances que nous avions passées cet été furent un véritable régal pour les yeux comme pour les papilles. Je vivais un conte de fées et je savais que plus jamais je ne verrais la vie avec le même regard. A ce moment-là, j’avais pris conscience que je devais travailler encore plus dur pour profiter de ce que je n’aurais guère pu espérer avoir un jour. Je devais le faire pour moi avant tout, et pour Margaux et ses parents qui me considéraient presque comme un membre de leur famille. Je voulais qu’ils soient tous les trois très fiers de moi comme personne ne l’avait été auparavant.

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3 Commentaires
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Robert-Henri D.
4 années il y a

Je n’ai jamais mis les pieds en Espagne… Alors je remercie cette brave Margaux de m’y avoir emmené… par la pensée imagée qui s’obtient de la lecture d’une telle description.

Robert-Henri D.
4 années il y a

ça c’est marrant! C’est une pensée qui m’est venue: par le fait que j’habite un village qui se situe à la frontière Belge… Ce qui revient à reconnaître qu’il est plus aisé pour moi d’aller admirer le travail des dentelières à Bruges que de m’initier au flamenco…

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