MINDS WAR – Acte I – Welcome To 2113

12 mins

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Avant de commencer la lecture de ce chapitre, voici quelques explications pour mieux comprendre les mots qui n’existent pas encore dans notre présent.

Le BlackSwan : jeu de cartes devenu très populaire dans les années 2100 aux Etats-Unis, dérivé de l’association des règles du Poker et du Mahjong.

Old Capital : nom de la ville de Washington en 2113.

La Spark : abréviation de Spark Military Force (les forces de l’ordre sous le gouvernement américain en 2113.)

Définitions de l’ ©Oxford English Dictionary, réédition 2068.

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La jeune femme réfléchissait, ses pensées filant à toute vitesse. Deux des trois Cerveaux Robotiques de Jeu avaient été défaits. Ne restait plus que le plus coriace, le modèle Fox-3000. Les CRJ gagnaient de plus en plus en techniques complexes, et devenaient des adversaires redoutables au BlackSwan, leurs concepteurs produisant de nouveaux robots toujours mieux programmés. Le Fox-3000 était le tout dernier modèle de joueur IA. Neuf et sans le moindre défaut de fabrication, il faisait la fierté du propriétaire du Casino.

Dans la petite pièce semblable à un cube dont la seule ouverture sur l’extérieur était la porte de verre située dans le dos du joueur, chaque CRJ était dos au mur de façon à ce que la face visible de ses cartes soit bien sûr hors de vue, provoquant toutefois une profonde tentation de tricherie chez le joueur. Si on était pris en flagrant délit, les agents de sécurité qui surveillaient constamment le jeu derrière leurs caméras prenaient soin de vous coller une gentille amende après vous avoir soigneusement redéfini le portrait pour vous faire comprendre que l’on connaitrait bien pire si l’on réapparaissait un jour dans leur Casino. Malin de la part du propriétaire, de ne pas voir remplacer la version physique du BlackSwan par des cartes virtuelles ; la triche rendue si accessible en faisait une impitoyable tentation, d’autant que le hacking du jeu se révélait alors impossible. Une bonne technique pour faire marcher un business.

Mais la jeune femme avait plus d’un tour dans son sac. Elle portait des lunettes à première vue standard. Pourtant, derrière la branche gauche était dissimulé un minuscule objectif qui filmait sans interruption le salon principal à travers la porte vitrée. La mini-caméra était centrée sur un jeune homme assis dans un fauteuil, une petite tablette sur les genoux. Il regarda furtivement en direction de l’objectif pendant quelques secondes en esquissant deux clins d’œil droit.

Le verre gauche des lunettes de la jeune femme était en fait un verre-écran sans teint. Il était alors impossible de remarquer qu’il ne s’agissait pas d’un verre normal, à moins d’être le porteur de ces lunettes de triche. Elle pouvait voir un gros plan de son complice, lui faisant un double clin d’œil droit, dévoilant ainsi à travers ce code gestuel discret le jeu de l’androïde.

Elle jeta un œil à son jeu : elle le tenait. L’IA venait de rejeter la carte parfaite pour faire du jeu de la jeune femme une “main gagnante”. Son tour vint alors : elle “vola” ladite carte pour brelan et annonça “main pleine”. Elle misa tous ses jetons et, avec un sourire assuré, dévoila ses dernières cartes, les déposant d’un geste élégant sur le tapis de jeu.

Le Fox-3000 fit de même puis annonça d’une voix monocorde en se tournant vers elle:

– Félicitations. Vous êtes l’investigatrice de ma première défaite.

– Vraiment ? fit-elle, s’efforçant de paraitre étonnée, tout en prenant fièrement ses gains. Vous savez quoi, Mister Machine ? Je crois que la chance est avec moi ce soir !

Sur ces mots, faussement hystérique, elle claqua la porte de la Play Room n°5 et alla ensuite s’asseoir au bar pour commander un mojito.

Au même instant, un étrange personnage se présentait à l’entrée du CyberCasino. L’individu, vêtu d’un long manteau noir sur lequel perlaient un voile de gouttes de pluie, retira sa capuche, révélant les traits d’un homme d’une vingtaine d’années. Ses cheveux sombres paraissaient à la fois emmêlés et ordonnés. Les muscles de sa mâchoire dansaient sous sa peau, contractés, tandis qu’il semblait chercher quelqu’un de son regard bicolore – un iris bleu à gauche et vert à droite -. Un regard singulier qui attirait la curiosité de ceux qui osaient le croiser.

L’homme se dirigea vers le bar du CyberCasino. La jeune femme était assise au comptoir. Elle portait sur son nez délicat de fines lunettes en titane – un accessoire très à la mode à l’époque -, ses cheveux châtains tombaient en cascade sur ses jolies épaules. Elle portait une longue et sublime robe turquoise et arborait de fines jambes bronzées et sculptées, élégamment croisées l’une sur l’autre.

Il prit place à côté d’elle sans dire un mot et l’observa discrètement siroter son mojito. Il hésita un bref instant, s’assurant que c’était bien elle qu’il cherchait.

– Bonsoir, s’engagea-t-il.

Il parlait d’un ton calme, chuchotant presque ses paroles. Il y avait dans sa voix un étrange éclat, un écho singulier qui passait inaperçu pour tout ceux dont l’ouïe n’était pas plus aiguisée que la norme.

La jeune femme dénia tourner la tête vers son interlocuteur, lui accordant un bref regard.

– Salut, répondit-elle simplement, pas le moins du monde intéressée par ce qu’elle croyait être des avances.

À sa grande surprise, il lui tendit une main sûre.

– Je m’appelle Kaylon. Vous êtes… ?

Elle lui serra la main, le regard légèrement méfiant. Elle s’attendait à une poigne de fer de la part de l’étranger, et fut étonnée par la chaleur de la main qui rencontra la sienne.

– Antinea.

– Il ne me semble pas vous connaître, Antinea…

– Je suis nouvelle ici. Je ne vis à New Virtual que depuis quelques semaines.

– D’où venez-vous, si je ne vous suis pas trop indiscret ?

– Des environs d’Old Capital.

– Le périphérique ?

– La campagne.

– Vous avez beaucoup de chance. J’aurais aimé grandir à la campagne. Aujourd’hui, elle a presque entièrement disparu sous le béton…

– Vous avez… sans doute raison.

Même si elle s’efforçait de rester dans son rôle, la jeune femme commençait à se demander ce que ce type lui voulait vraiment.

« C’est peut-être un flic… Même s’il me semble un peu jeune. Il a quoi, la vingtaine ?… »

Il était plutôt bien fringué, pour ne pas dire élégant.

– Alors, la soirée est-elle fructueuse pour vous ?

« C’est peut-être un employé du CyberCa engagé pour démasquer les tricheurs ? Et s’il m’avait reconnue ?… »

Tout en cogitant, elle répondit, faussement insouciante :

– Oui, comme vous l’avez dit, j’ai beaucoup de chance ! C’est grâce à ça que je gagne : je crois en moi à tout instant. Et puis, je me débrouille plutôt bien au BlackSwan, je crois !

Elle sourit innocemment. Kaylon lui rendit son sourire d’une manière semi-mécanique, le laissant s’évanouir presque aussitôt sur ses lèvres avant de se pencher lentement vers elle. La jeune femme eut un mouvement de recul, mais se força à rester immobile pour ne pas attirer l’attention, tandis qu’il lui chuchota à l’oreille :

– Vous êtes une très bonne menteuse, Antinea. Ou dois-je vous appeler par votre véritable prénom, Alexïne…

Kaylon se redressa lentement. Alexïne était démasquée. Malgré sa stupeur, elle s’efforça de ne rien laisser transparaitre. Elle rapprocha son visage de celui de l’étranger et murmura :

– Si vous ne dégagez pas d’ici dans les secondes qui suivent, je vous jure que je vous accuse d’harcèlement à mon encontre.

– Ne faites pas ça.

– Allez vous faire foutre. Je suis prête à crier.

– Vous feriez une terrible erreur.

– Oh vraiment ?

– Nous savons tous les deux qu’il suffirait que je recommande au personnel de vérifier vos lunettes pour comprendre comment, sous une identité ou une autre, vous videz depuis plusieurs mois les fonds de ce Casino. C’est pour ça que vous allez faire exactement ce que je vous demanderai de faire.

– Merde, qu’est-ce que vous voulez ? lâcha Alexïne en adressant un regard noir à l’étranger.

– Vous.

– Quoi ?!

– Je veux dire, j’ai besoin de votre aide. Maintenant. Et je vais aussi avoir besoin de votre complice.

« De l’aide?

Ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais…

Ce salaud sait aussi pour Lower. Qu’est-ce qu’il peut bien lui vouloir ? »

Elle ne voulait pas mêler son complice à cette situation inquiétante et précaire, mais elle n’avait pas le choix. Si elle refusait de l’aider, si elle s’enfuyait, ce mec les dénoncerait et ils finiraient tous les deux en taule. Elle savait qu’elle ne pourrait pas accepter l’enfermement, et imaginer son ami derrière les barreaux et abandonné à lui-même, était la plus insoutenable des visions.

– Dépêchez-vous, la pressa l’homme. Il nous reste peu de temps.

Alexïne se leva en essayant de paraître la plus détendue possible mais elle entendait son cœur battre si fort dans ses oreilles qu’elle sentait vibrer ses tympans. Elle se dirigea vers son complice sur son fauteuil. Il était silencieux et infiniment calme. Tout le monde dans le CyberCa le connaissait. Il s’appelait Lower. Il avait dix-neuf ans et venait presque tous les jours au Casino Cybernétique «Golden Lion ». Personne ne l’aurait cru capable de tricher, tout simplement parce qu’il était autiste. Dans ce monde aux lois intolérantes et aux idées profondément immorales, les autistes étaient “classés” dans la catégorie des « Belows », considérés comme des personnes aux capacités mentales en-dessous de la moyenne, et donc sans grand intérêt pour la communauté.

Aux yeux aveugles de la société de cette époque, les autistes étaient des gens sans grande intelligence que l’on jugeait inaptes aux travaux demandant de la réflexion et la prise de décisions importantes. La plupart d’entre eux se retrouvaient à la rue, abandonnés de tous, des parias sans véritable foyer, errants sans d’autre but que de survivre.

Alexïne était pour lui plus qu’un complice, plus qu’une amie, elle était une sœur, une personne qu’il suivrait jusqu’au bout du monde, pour qui il mourrait, sans aucun doute. Elle l’avait trouvé seul, abandonné, terrifié, incapable de se souvenir jusqu’à son nom. Malgré son esprit de guerrière solitaire, elle s’était prise de pitié pour Lower et lui avait offert un toit, de l’affection, de quoi vivre convenablement. C’est là qu’elle avait décidé de lui apprendre à pirater de petits serveurs informatiques. Lower avait compris incroyablement vite et trouva par la suite comment cracker des systèmes de plus en plus protégés. Un jour, il parvint à mettre au point un nouveau programme de hacking, le piratage en Slaymer, plus rapide et plus sûr, permettant de pénétrer n’importe quel système informatique sans incorporer la moindre modification, un programme “visiteur” indétectable par le centre de traitements des données. Le petit génie n’eut alors aucun mal à pirater les Cerveaux Robotiques de Jeu des CyberCasinos depuis une simple tablette. C’est ainsi qu’ils gagnaient leur vie. Lower piratait les CRJ et consultait leur flux d’information à l’aide de ce nouveau programme de hacking puis, dans un code composé de petits signes presque imperceptibles que seuls lui et Alexïne comprenaient, révélait à la jeune femme le jeu de chacun d’entre eux. Elle jouait alors en conséquence et finissait toujours par gagner un joli pactole.

Leur combine était parfaite : le piratage “fantôme”, le code gestuel presque invisible, l’utilisation d’une fausse identité, la mini-caméra et le verre-écran sans teint sur les lunettes… La tricherie était indétectable, tout en ne manquant pas d’une certaine originalité qui la rendait imprévisible. Et pourtant, ce Kaylon l’avait découvert…

Alexïne s’immobilisa à quelques mètres du fauteuil où somnolait son ami, la tablette posée sur son ventre. Il lança un bref regard vers l’élégante jeune femme à la robe turquoise, dont les cheveux châtains avaient été soigneusement démêlés et ramenés sur ses épaules mates. Celle-ci lui répondit d’un rictus suggéré du coin des lèvres, celui de quelqu’un exprimant un échec critique, d’un voleur pris en flagrant délit. Puis elle dirigea son regard vers la porte d’un petit salon. Il était vingt-trois heures et elle savait qu’il était désert à cette heure-ci. C’était un salon réservé aux rencontres entre joueurs. Mais pourquoi aller jouer et discuter avec de véritables personnes plutôt que de se mesurer à de sympathiques intelligences artificielles, ce qui, de plus, vous rapporte de l’argent en cas de victoire ?

Lower comprit le message et acquiesça de manière discrète. Alexïne revint auprès du dénommé Kaylon et lui chuchota, l’air grave et méfiant :

– Suis-moi.

Kaylon hocha la tête et se leva. Il était très grand et dépassait Alexïne d’une bonne vingtaine de centimètres. Cependant ce n’était pas sa carrure qui le rendait si impressionnant, mais son regard. Un regard bicolore qui se braquait sur vous et vous disait silencieusement qu’il savait tout de la personne que vous étiez. Son iris droit, dont la teinte était semblable à celle de la pierre de Jade, vous scrutait si froidement qu’il vous glaçait de l’intérieur quand son iris gauche, d’un bleu magnétique, vous électrisait au moindre regard.

Il suivit Alexïne d’un pas presque robotique, le dos parfaitement perpendiculaire au sol ; une véritable posture d’androïde. Lower, quant à lui, était déjà entré quelques instants plus tôt. Ils franchirent le seuil du petit salon à leur tour et refermèrent la porte derrière eux.

C’était une petite pièce de forme hexagonale. Trois de ses six côtés étaient percés d’une grande fenêtre habillée de rideaux rouges et au sol s’étendait, d’un bout à l’autre de la salle, un vieux parquet couleur noix. Du plafond pendait un petit lustre serti de faux cristaux et la lumière colorée des lampes fonctionnant aux coquillages luminescents, posées sur les tables recouvertes de nappes rouges et blanches , éclairait la pièce. En-dessous du lustre, au centre du salon, trônait une petite fontaine en quartz.

Lower était assis au fond de la salle, sa tablette toujours posée sur les genoux. Lorsqu’il vit l’homme qui accompagnait Alexïne, il se redressa nerveusement. Le blondinet fixa le grand brun avec une intense méfiance tandis que ce dernier s’asseyait lentement, aussi droit qu’un androïde. Puis son regard fusa vers celle en qui il avait aveuglément confiance. Alexïne le rassura :

– Lower, voici Kaylon. Il veut nous parler quelques minutes. Tu veux bien?

Celui- ci examina l’inconnu avec grande hésitation. Il semblait observer chaque détail de son apparence, son allure rigide et singulière, son long manteau noir, sans toutefois oser croiser son regard. Il tourna alors la tête vers Alexïne et émit un faible signe de tête en guise d’approbation.

– Il est d’accord, annonça-t-elle à Kaylon avec une certaine froideur à l’intention de l’étranger.

Mais celui-ci n’avait pas attendu que l’on lui en donne la permission pour s’asseoir en face de Lower. Agacée et inquiète, bien qu’elle s’efforçait de le cacher, Alexïne s’assit entre les deux jeunes hommes. L’inconnu posa ses deux mains à plat sur la table et commença de sa voix si étrangement calme :

– Bien. Il faut faire vite. Nous avons peu de temps.

– Peu de temps pour quoi ? demanda Alexïne en fronçant les sourcils.

– Eh bien… on peut dire que je suis… un fugitif…

– Un fugitif ?! Tu es recherché par la Spark ? s’exclama Alexïne, à la fois surprise et un peu rassurée au fond d’elle-même.

Après tout, n’était-elle pas une hors-la-loi elle aussi? Dans ce monde qui semblait ne plus avoir de sens, le bon côté de la loi était devenu celui des tricheurs et des voleurs, celui de ceux qui se battaient pour survivre à l’injustice.

– Évidemment. Les autorités donneraient tout pour me retrouver.

– Mais t’es idiot ou quoi ?! s’enflamma Alexïne en se levant d’un bond, les yeux exorbités, furieuse. S’ils nous embarquent et qu’ils me font un scanner oculaire, je suis finie !

Kaylon restait toujours impassible, son visage ne traduisant aucune réaction face à la stupeur de la jeune femme.

– Je suis conscient du risque que cela vous fait courir, mais vous êtes ma seule chance, je ne dispose que de très peu de temps avant…

– Avant quoi ? Tu vas cracher le morceau, oui ou merde !

Lower se leva brusquement, renversant son siège dans le même temps.

– Lower ? s’enquit Alexïne.

Le jeune homme lui lança un regard empli de terreur.

– Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Kaylon.

– Ils arrivent! s’exclama la jeune femme en cherchant des yeux un moyen de s’enfuir. Il faut qu’on sorte d’ici, maintenant!

À cet instant, des militaires lourdement armés pénétrèrent dans le CyberCasino, créant le tumulte parmi les joueurs et le personnel. Certains essayaient de s’enfuir, mais ils étaient aussitôt neutralisés par des balles paralysantes. Les soldats les plaquaient de force contre les murs pour procéder au scanner oculaire. Kaylon sortit du revers de son manteau une arme luminescente bleue. Visiblement doté d’un calme à toute épreuve, il haussa à peine la voix lorsqu’il débita calmement ces mots :

– Allez-y. Je vous suis.

Et sans même prendre la peine de se retourner pour viser, il tira une balle dans l’une des vitres qui se brisa avec fracas. Alexïne laissa sortir Lower avant elle puis hésita à partir en abandonnant cet homme derrière eux. Des militaires s’approchaient de la porte du petit salon. Elle se dit alors qu’elle ne pouvait pas le laisser. Elle devait savoir comment ce gars les avait démasqués. Et, au fond d’elle-même, elle envisagea le fait qu’il poursuivait peut-être une cause noble. Et que, malgré elle, elle voulait en apprendre plus sur ce personnage fascinant nommé Kaylon.

– Viens ! lui lança-t-elle.

– Partez devant ! Je vous rattraperai !

Soudain, la porte s’ouvrit à la volée et une dizaine de soldats s’engouffrèrent dans la petite pièce hexagonale. Kaylon jeta un bref regard derrière lui pour s’assurer que Lower et Alexïne étaient sortis, puis, d’un geste rapide et instinctif, renversa une table devant lui pour se protéger.

– Là-bas ! hurla un des soldats en pointant du doigt l’abri de fortune du fugitif.

Pendant ce temps, Kaylon prit une seconde arme dans un des holsters accroché à sa ceinture. Il chargea l’arme qui émit un léger crépitement.

– Levez-vous et mettez vos mains en évidence ! lui ordonna le lieutenant à la tête de l’escouade militaire.

Ils virent le jeune homme se lever lentement. Il avait une dizaine d’armes pointées sur lui. Il garda les bras le long de son corps.

– Les mains en évidence ! répéta le chef de l’escouade.

Kaylon leva lentement les mains. Il tenait une arme dans chacune d’entre elles. En quelques secondes, il explora mentalement toutes ses possibilités d’action. Il fit rapidement des statistiques et prévisualisa le meilleur enchainement.

– C’est lui, Lieutenant, confirma l’un des soldats.

– Contactez Darksnow, dites-lui qu’on a l’gamin ! ordonna le lieutenant.

Mais avant que les membres de l’escouade ne puissent réagir, Kaylon donna un grand coup de pied dans la table qui alla percuter trois des soldats les plus proches. Puis il courut, esquivant plusieurs balles paralysantes en calculant habilement leur trajectoire respective, utilisa une chaise comme marchepied et se retrouva debout sur une des tables. Ne perdant pas une seconde de son précieux temps, il se dirigea immédiatement vers la seule source d’eau dont il disposait : la fontaine.

– Mais merde, tirez bon sang ! s’époumona le chef de l’escouade militaire. Paralysez-le !

Kaylon saisit le gros gant cuirassé d’acier qu’il portait à la ceinture et l’enfila d’un geste précis et optimisé. Il appuya sur son tempophone , le petit appareil de contrôle positionné sur sa tempe : aussitôt des armatures métalliques se déplièrent en vitesse et s’emboîtèrent, formant un bouclier en alliage de magnésium AM20-3.0, matériau très léger connu pour sa résistance exceptionnelle. Les balles ricochèrent sur la surface du métal, protégeant son porteur des impacts de balles malgré sa finesse et son état de prototype. Kaylon se mit à sauter de table en table plutôt maladroitement, légèrement déséquilibré par le poids de son bouclier. Il entendait le sifflement des balles paralysantes le frôlant au visage et le fracas métallique que provoquaient les projectiles lorsqu’ils s’écrasaient sur la surface du bouclier. Le fugitif se dirigeait vers la fontaine au centre de la salle.

Arrivé devant celle-ci, il brandit son bouclier et l’abattit verticalement de toutes ses forces sur le bord de la fontaine. L’eau transparente se déversa sur le parquet du petit salon. Kaylon monta alors sur le haut de la fontaine, appuya sur son tempophone une seconde fois pour replier les armatures de son bouclier et, en une seconde, rangea la première arme qu’il avait sorti de son manteau quelques instants plus tôt. Il attrapa le lustre d’une main et, tout en s’y suspendant, lança aux militaires :

– Faites passer un message à mon père de ma part, voulez-vous ?

À leur grande surprise, il braqua le bout de son arme vers le sol de la salle, devenu un gigantesque pédiluve. Kaylon appuya sur la gâchette, actionnant la propulsion d’une puissante décharge électrique qui s’écrasa sur le parquet et se dispersa sur toute la surface humide, atteignant les soldats qui, bien que protéger de l’électrocution par une combinaison de sureté, portaient des exosquelettes conçus en matière ultra-conductrice. Ces derniers se désactivèrent et les militaires tombèrent au sol, paralysés.

Kaylon descendit tranquillement de son perchoir et ajouta :

– Darksnow, votre chute est imminente. Et la liberté naîtra de votre perte.

Il se dirigea vers la fenêtre brisée, sortit par le passage qu’il avait lui-même créé quelques instants auparavant et disparut dans la pénombre de la rue.

FIN DU CHAPITRE

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