Cette fille – Chapitre II

3 mins

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Elle descendit du tram dans la cohue habituelle, tourna à gauche dans la cour et se dirigea vers le bâtiment des lettres. Quand elle arriva enfin, elle tenta timidement de rentrer dans sa salle, pour s’apercevoir qu’il n’y avait personne. Comme d’habitude, la vieille Berlin, acariâtre secrétaire de l’administration, désagréable quinquagénaire tentant de se donner des grands airs dans des tailleurs mal coupés, n’avait pas averti les étudiants de l’absence du professeur de langue grecque ce matin, Monsieur Legott, bien qu’elle en fût avertie depuis au moins deux jours. Ce n’était pas pour rien que les étudiants l’appelaient la plante verte. Son incompétence n’avait d’égal que sa capacité à faire retomber ses responsabilités sur ses collègues, et son manque d’amabilité envers les étudiants qui se convertissait en obséquiosité envers les professeurs et a fortiori, le doyen.

Clotilde se dirigea alors vers le cours suivant. Elle qui avait voulu prendre l’option Bible et littérature, avait dû se rabattre sur Littérature francophone, faute de places dans le cours de son premier choix. Mais elle pouvait toujours y aller en auditeur libre, puisque cela tombait sur un créneau où elle n’avait pas cours. C’était une amie de sa tante qui l’assurait, elle ne dirait rien si elle se faisait discrète au fond de la classe.

La voici donc à attendre devant la salle de cours, alors que les L2 n’étaient pas encore sortis d’un TD de littérature médiévale où Clotilde avait été émue bien que scandalisée, l’année précédente, au-delà de ce qu’elle imaginait par la friponnerie de certains passages du Roman de Renart, où celui-ci séduisait la louve Hersent, l’épouse d’Ysengrin.

C’est alors qu’arriva la fille de ce matin dans le tram. Elle s’assit par terre, en face de Clotilde qui pouvait un peu mieux l’observer. Elle aussi était rousse, mais avec une tignasse toute en boucles, tombant en cascades sur ses épaules. Clotilde arriva à voir que les yeux, qui lui avaient parus outrageusement maquillés ce matin, étaient entre le gris et le bleu. Le collier ras du cou tenait une sorte de camée dont elle ne voyait pas bien le détail. Clotilde continua à examiner sa tenue. Un t-shirt AC/DC – le groupe dont lui rabattait les oreilles son oncle le plus fantasque, celui qui vivait retiré à la campagne avec des chèvres et des poules dans le salon – un mini-short en jean noir, typiquement le genre de chose que n’oserait pas porter Clotilde, avec en dessous, des bas-résilles et des rangers aux pieds. En s’attardant sur les détails, elle remarqua que les ongles étaient faits, dans une teinte marron. Et sur le sac que cette fille portait en bandoulière, un badge rouge avec la faucille et le marteau. Encore une qui devait trouver malin de défendre les criminels bolcheviques. À moins qu’elle ne fût une trotskiste et de tous ceux qui prétendaient que le « vrai communisme n’avait jamais été appliqué ».

Perdue dans ses pensées, Clotilde se rendit compte que cette fille aussi la dévisageait. Elle détourna alors le regard, de peur que le contact ne puisse être établi.

Lorsque les L2 sortirent, elle entra dans la classe assez vite pour trouver une place pendant que cette fille se leva nonchalamment pour aller s’installer au fond de la salle. À chaque fois qu’elle se retournait, Clotilde voyait bien que cette fille la regardait.

Et alors qu’elle ne s’attendait à rien, le cours s’avéra très intéressant, portant sur un domaine de la littérature que Clotilde ne connaissait pas vraiment, en dehors des noms de Césaire et Senghor. Le professeur s’attendait à de la participation de la part de ses étudiants et avertit que la note reposerait sur une dissertation en fin de semestre, mais aussi sur un exposé à effectuer, en groupe, de préférence. Il fit circuler une fiche à travers la classe avec la liste des sujets à traiter. Mais comme Clotilde ne connaissait personne, elle ne sut avec qui s’inscrire. À la fin il ne restait qu’un thème « Polyphonies : jazz et poésie », ce qui ne l’inspirait guère. Et alors qu’elle allait rendre la fiche au professeur, pensant être la dernière à avoir noté son nom, une main lui arracha la feuille. Clotilde se retourna alors. C’était cette fille, qui armée d’un bic, écrivit : « Mahaut ». Comme un feulement félin sur la feuille. Elle dit alors :

« Je crois que nous allons travailler ensemble. 

 Euh… oui… probablement.

 Tu me files ton numéro ? On se voit ce soir à la BU. »

Après cet échange, Clotilde se sentait piégée. 

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3 Commentaires
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Marie Mahé
4 années il y a

C’est alors qu’arriva la fille de ce matin dans le tram. je dirai plutôt : C’est alors qu’arriva la fille du tram de ce matin. ou C’est alors qu’arriva la fille de ce matin, celle du tram.
Bizarrement tourné : et de tous ceux qui prétendaient que ….
Répétition : cette fille, s’attendait,
Je poursuivrais demain, la musique vient de s’arrêter et il me faut être raisonnable 😉

Marie Mahé
4 années il y a

Également, à demain, promis je lirai la suite. Trop drôle mon internet a beugé. Il veut que je sois raisonnable ?.

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