Du néant au frisson. Chapitre 61.

9 mins

 Eliya

Il était exactement 8h30 quand nous sommes arrivés devant le tribunal correctionnel de Pau. J’avais froid, j’étais fatigué, et Axel n’était pas là. J’avais eu Kim au téléphone, tard dans la nuit. Elle m’avait promis de rester veiller sur Axel, dès 14h, ouverture des visites. J’avais promis à mon tour de la tenir informée de tout ce qu’il se passerait. 

Maître Morov, avait tout organisé, un van avait été loué par son cabinet, pour nous conduire, tous ensemble à Pau. 

Les portes nous étaient ouvertes, alors nous sommes rentrés. L’édifice était impressionnant. Les plafonds étaient haut, les couloirs larges. Des dorures ornaient la plupart des murs, de grands lustres pendaient aux plafonds. On entra dans une salle, un agent nous indiqua la place qui nous avait été destinée. Nous étions à gauche. 

Monsieur Morov nous indiqua où nous asseoir. La table était immense. Johane se mit en bout de table, Julien à côté, Maria, moi et Antoine, dans le sens des interrogatoires. Maître Morov était à l’autre bout de la table coté allé. Tout était impressionnant. 

La partie adversaire arriva, pour s’installer elle aussi. Collins n’était pas parmi eux, maître Morov, nous avait expliqué qu’il serait le dernier a entrer avant les magistrats. 

Il nous expliqua que les experts étaient placés derrière nous. Et que les personnes extérieures qui voulait assister au procès, le public donc, pouvait quant à lui s’installer, là où il le voulait. 

La salle se remplissait petit à petit. J’ai croisé le regard de mes grands-parents, et en les voyant, une vague de remords m’a pris à la gorge. Je ne leur avais pas parlé depuis si longtemps. Ma grand-mère me fit un petit signe de la main, avec un sourire, rempli de soutien. 

Un officier prit place au milieu de la pièce. 

— Mesdames, messieurs, je vais vous demander un peu de calme. Le prévenu monsieur Collins Georges, va faire son entrée, dans le calme, je vous prie. Toutes personnes interférentes à son arrivée se verront dans l’obligation de quitter le tribunal. 

Je sentis la main d’Antoine attraper la mienne, et j’ai attrapé celle de Maria, qui prit celle de Julien et lui celle de Johane. Nous étions tous liés. Et à nous tous, on pouvait y arriver. 

Collins fit son entrée dans le plus grand des silences, nous avons tous relevé la tête, c’était un conseil de maître Allicante, ne jamais baisser la tête. Montrer que nous sommes là, bien présents, prêts à nous défendre. 

Une fois qu’il fût placé dans le box des accusés, l’officier est revenu se placer devant nous. 

— Mesdames, Messieurs, je vous prie de vous lever et de rester debout, pour l’entrer de monsieur Martin Émile, greffier de cette séance. 

Le greffier entra, se plaça derrière sa petite table. 

— Mesdames, Messieurs, monsieur Olivier Albert, procureur de la République. 

Le procureur entra à son tour et prit place près du greffier. 

— Mesdames, Messieurs, monsieur Martin Claude, troisième juge de cette séance. 

Le troisième juge se plaça à la gauche du fauteuil, principale celui destiné au président du tribunal. 

— Mesdames, Messieurs, madame Deschamps Sybille, second juge de cette séance. 

Elle prit place à la droite du fauteuil, principale. 

— Mesdames, Messieurs, monsieur Dunoyau Jacques, président de ce tribunal, et de cette séance. 

L’officier alla se placer près de la porte, par la ou les juges sont arrivé au fond de la salle. 

Le président prit la parole. 

— Mesdames, Messieurs, je déclare, le procès, qui oppose monsieur Collins Georges à Monsieur Brunet Julien, Monsieur Guerin Antoine, Madame Lopez Maria, Madame Renard Johane et Madame Ropi Eliya, ouvert. La séance peut commencer, asseyez-vous. 

— Monsieur le procureur de la République, je vous donne la parole. 

Le procureur s’avança au centre de la pièce. 

— Dans un premier temps, j’appelle à la barre le prévenu, monsieur Georges Collins. 

Un autre officier chargé de la sécurité, amena Collins à la barre. Il mit une bible devant lui. 

— Poser votre main gauche, levait la main droite et dite « je jure de dire la vérité, et rien que la vérité ». 

Collins s’exécuta. 

Il s’assit derrière la barre et le procureur commença à lui poser les questions. 

— Êtes-vous bien monsieur Collins Georges ?

— Oui. 

— Êtes-vous bien âgé de 54 ans ? 

— Oui. 

— Êtes-vous bien, conducteur-chauffeur de poids lourds ?

— Oui. 

— Étiez-vous bien, impliqué dans l’accident du vendredi 15 janvier 2021, sur l’autoroute A65, reliant la ville de Pau, à la ville d’Orthez ? 

— Oui.

— Reconnaissez-vous que l’accident a impliqué cinq véhicules, de type automobile, et un véhicule de type poids lourd ? 

— Oui. 

— D’après les analyses effectuées, il se trouve que votre taux d’alcoolémie avait largement franchi la limite légale. Le confirmez-vous ? 

— Oui, mais…

— Contentez-vous de répondre aux questions, vous aurez un temps de paroles après. Confirmez-vous avoir été mis en examen, suite à ses résultats d’analyses ? 

— Oui. 

— Vous avez ensuite été libéré, le lundi 20 septembre 2021, à 12h30 pour raison familiale urgente ? 

— Oui. 

— Très bien, je laisse la parole à votre avocat. 

L’avocat de monsieur Collins se leva et commença à lui poser toutes sortent de questions. Il essayait de le disculper à sa manière. En parlant de ses problèmes familiaux, de sa santé mentale instable, de son addiction qu’il tente de résoudre. Tout un tas de conneries. Mais un tas de conneries qui commençait à prendre forme. Apitoyer les juges, voilà ce qu’il cherchait à faire. 

Monsieur Morov prit la suite de l’interrogatoire. 

— Monsieur Collins, vous avez prétendu vous faire soigner, pour votre addiction à l’alcool, c’est bien vrai ? 

— Oui, monsieur, ce n’est pas simple tous les jours, avec ma femme malade, mon enfant seul, cette catastrophe qui nous ai tombé dessus. 

— Oui, je vois, pouvez-vous nous expliquer, pourquoi l’hôpital d’Orthez vous a enregistré dans la nuit du 23, au 24 septembre 2021 ? 

Je sentis Antoine se raidir, près de moi. Il évoquait le soir où nous l’avions croisé. Ça ne faisait pas partie de ce qu’on devait dire, de ce qu’on avait vu lundi en préparation. 

Le regard de Collins se riva à ceux d’Antoine. 

— J’ai fait une mauvaise chute, répondit-il. 

— Étiez-vous saoule ? 

Il mit du temps à répondre. 

— Monsieur Collins veuillez répondre à la question s’il vous plaît, lui demanda le président de la séance. 

— Oui. 

— Je n’ai plus de question, monsieur le président. 

Maître Morov vint se rasseoir près d’Antoine. Il attrapa son bloc-notes, qu’il fit passer à Antoine. Dessus était écrit : « Ne vous en faites pas, il était obligé de mentir, il sait que la condamnation sera plus lourde si on apprend qu’il n’a pas respecté les demandes des juges qui l’ont libéré. Il fallait simplement qu’il se rende compte que nous étions au courant. »

Le bloc passa entre nous, jusqu’à arriver dans les mains de Johane, qui prit le soin de défaire la feuille, la plier et la ranger dans son portefeuille. 

Le procès continua, avec les lettres de dépositions des témoins. 

Ils expliquaient tous que ce jour-là il pleuvait, que la visibilité était mauvaise. Et que le camion de Collins a dévié de sa trajectoire. Il était sur la voie de droite et s’est déporté sur celle du milieu, pour finir sur la troisième voie. Emportant sur lui cinq véhicules. Deux d’entre eux ont glissé en s’écrasant sur la barrière de sécurité. Les trois autres ont fini sous le camion de Collins, qui s’était écroulé sur le côté. 

La mère de Maria, mes parents et Antoine, faisait partie des véhicules ensevelis sous le camion. Ils ont dû subir une extraction, malheureusement pour la mère de Maria et mes parents, il était déjà trop tard. Les pompiers ont réussi à sauver Antoine, d’ailleurs ils se demandent comment il n’est pas mort sur le coup, lui aussi, c’était le petit miracle de la journée. 

Une fois que la lecture des lettres fut finie, le président du tribunal demanda au procureur d’interroger les experts. 

Le premier expert à être entendu était le docteur Subin Franck, expert médical. 

— Monsieur Subin, avez-vous assisté aux autopsies ? 

— Oui. 

— Avez-vous trouvé, dans les analyses des traces de drogues, ou d’alcool, sur les victimes monsieur et madame, Ropi Phillipe et Claire et sur madame Lopez Angela ? 

— Non, rien n’est ressorti aux analyses sanguines. 

— Pouvez-vous nous dire si les victimes sont mortes sur le coup ? 

— Au vu du choc, et de la réactivité des pompiers pour les extractions, nous avons pu conclure mes collègues et moi que les victimes sont toutes mortes sur le coup. 

— Avez-vous ensuite, été appelé pour examiner monsieur Colllins Georges ? 

— Oui, mes collègues et moi avons été réquisitionnés, pour les analyses sanguines et déterminées les blessures de monsieur Collins. 

— Avez-il des blessures ?

— Monsieur Collins n’avait que de simples hématomes, et une côte cassée. Sûrement provoqué par l’airbag de son camion. 

— Avez-vous trouvé des substances illicites, ou un taux d’alcoolémie, important lors des analyses ? 

— Oui, même en intervenant quelques heures après, nous avons pu constater que le taux d’alcoolémie de monsieur Collins était bien au-dessus du seuil recommandé. 

— Bien, avez-vous été amené à expertiser les blessures des autres victimes ? 

— Oui. J’ai pu constater que madame Renard Johane avait une fracture du bassin, elle est restée plus d’un mois et demi à l’hôpital. Monsieur Brunet Julien a quant à lui été gravement brûlé, il a dû garder sa chambre d’hôpital stérile pendant deux mois, avant de pouvoir réintégrer une chambre normale. Et en ce qui concerne monsieur Guérin Antoine, nous avons dû le plonger dans un coma artificiel de dix jours à cause d’un traumatisme crânien. Il avait le bassin, plusieurs côtes cassées et des brûlures importantes au niveau du dos. 

— En tant qu’expert médical, pouvez-vous nous dire si oui ou non, les victimes seront en capacité de vivre une vie correcte avec ce genre de séquelles ? 

— Vous savez, je suis expert médical, pour des accidents de la route, depuis maintenant longtemps. Sur le papier, une fois que vous êtes sorti de l’hôpital, nous considérons que vous pouvez vivre une vie normale. Maintenant affirmer que ces séquelles ne vont plus poser de problème, c’est s’avancer sur un terrain que même la science ne peut prédire. 

— Par conséquent ? 

— Je pense que ces jeunes gens seront amenés à certaines périodes de leurs vies à souffrir de ces séquelles. 

— Bien, je n’ai plus de question. 

Je retenais mes larmes, Maria me serrait la main de plus en plus fort. Je me sentais victime et coupable à la fois. J’étais victime de la perte de mes parents, mais je n’avais pas vécu le même traumatisme que les autres. Johane, Julien et Antoine, garderons des séquelles, physique et psychologique à vie. Et cette pensée me mettait hors de moi. 

Le président demanda ensuite à ce que l’expert mandaté pour le côté automobile se présente à la barre. Monsieur Siret Patrick. 

— Monsieur Siret, reconnaissez-vous avoir reçu pour expertise, le camion de monsieur Collins ? 

— Oui. 

— Pouvez-vous nous dire, si une panne technique ou un incident quelconque, auraient pu être la cause de l’accident provoqué ? 

— Nous n’avons rien trouvé d’alarmant, au point de causer un accident. Il y avait bien un pneu lisse sur les quatre arrières, mais nous avons trouvé un rapport, fait le jour même signalant ce dysfonctionnement à sa société. 

— Donc, l’accident n’est pas dû à une défaillance technique, mais bien à une erreur humaine ? 

— Oui. 

— Avez-vous, expertisé les cinq autres véhicules ?

— Oui. 

— Avez-vous constaté des dégradations antérieures à l’accident ? 

— Aucune. Les véhicules étaient en règle. Les contrôles techniques à jour. 

— Par conséquent, vous constatez que l’accident n’a été causé que par un seul véhicule, dû à la perte de son contrôle par le conducteur ? 

— Oui, c’est bien la conclusion du rapport que j’ai émis. 

— Merci je n’ai pas d’autre question. 

J’avais une sensation de soulagement, à l’évocation que le camion, n’ait aucune défaillance technique. Ça voulait dire que c’était la faute de Collins. Entièrement la sienne. 

Le président appela ensuite l’expert psychiatrique. Qui n’était autre que notre bonne madame Zanibi Elisabeth. Maître Morov nous avez répété sans cesse et relâche que c’était une bonne chose pour nous. Moi je le voyais comme une trahison. Avoir gardé le secret aussi longtemps. Même si elle en est obligée, je trouvais ça infect. Si on avait pu être prévenu, je suis sûr qu’on aurait tous demandé un autre médecin pour nous prendre en charge. 

— Madame Zanibi, êtes-vous le médecin psychiatre qui a psychanalysé monsieur Collins ? 

— Oui. 

— Sous demande de qui ? 

— Dans un premier temps, des officiers de police et du procureur qui s’occupaient de l’accident. Et dans un second temps, par les juges saisies pour la liberté provisoire de monsieur Collins. 

— Donc vous avez bien réalisé, deux expertises pour le même individu ? 

— Oui. 

— Qu’en avez-vous constaté ?

— J’ai pu constater que monsieur Collins avait une grande dépendance à l’alcool. Il vivait aussi un surmenage familial, dû à la maladie de sa femme. 

— Lors de la deuxième expertise, comment avez-vous trouvé le prévenu ? 

— Plus en forme. La prison a agi comme une petite cellule de désintoxication. 

— Étiez-vous au courant, que durant cette semaine de liberté monsieur Collins a recommencé à boire ? 

— Non, je n’étais pas au courant, mais ce n’est pas quelque chose d’étonnant. 

— Pouvez-vous développer ? 

— Il est fréquent que des alcooliques, une fois livrés à eux même, sans avoir de suivis, replongent facilement dans leurs travers. 

— Vous êtes en train de dire que si monsieur Collins avait eu un suivi, il n’aurait pas replongé ? 

— En quelque sorte, bien évidement ce n’est pas une science exacte, mais une étude de longue date, a reporté que plus de 75 % des personnes avec un suivi psy, arrivait à se réintégrer à la société de manière, naturelle. 

— Monsieur Collins présente-t-il d’autres pathologies psychiatriques ?

— Au vu des tests effectués, il en ressort que monsieur Collins a une personnalité complexe, avec certains troubles anxieux. Ce qui amène à constater une dépression, sûrement dû à la maladie de sa femme. L’alcoolémie accentue tous ces faits bien évidemment. 

— Pourquoi avoir validé, la demande de remise en liberté, en sachant qu’il y avait de grandes chances pour que monsieur Collins, retombe dans l’alcool ? 

— Mon métier est d’analyser ce que je vois, je n’ai pas monsieur Collins en patient. Et ce que j’ai vu, c’est un homme tout à fait équilibré, sur le moment, avec une gestion du manque correct. 

— Merci pour cette franchise, Madame Zanibi. Maintenant, parlons des victimes. Il me semble que vous les suivez toutes individuellement, et que depuis quelque temps, vous avez mis en place des réunions groupées, c’est exact ? 

— Oui. 

— Que pouvez-vous nous dire, sur l’état mental de celles-ci ? 

— De manière générale, elles sont toutes très affectées par cet accident. Le processus de deuil, et de pardon va être long. 

— Vous parlez de deuil, mais seulement deux des personnes présentes dans cette cour ont perdu des proches. 

— C’est exact, mais le deuil ne fait pas seulement référence à la perte d’un être cher. Il peut s’apparenter à une perte de confiance également. Vous savez la santé mentale est quelque chose de complexe. Un individu A ne ressentira pas la même chose que l’individu B. Ou alors à des degrés différents. 

— Pensez-vous qu’ils arrivent à surmonter cette épreuve un jour ? 

— Rien n’est insurmontable, avec un bon suivi. 

— Je vous remercie, je n’ai plus d’autre question. 

Le président du tribunal reprit enfin la parole. 

— Bien, nous allons faire quinze minutes de pause. 

Il tapa de son marteau, et nous sommes tous sortis dehors prendre l’air. 

J’avais du mal à réaliser que notre psy était la personne qui avait laissé ressortir Collins, j’avais les oreilles qui bourdonnaient, la tête en feu. 

— Antoine, je vais aller prendre l’air dehors, je vais essayer d’appeler l’hôpital, pour voir s’ils ont déjà fait des examens. Je reviens. 

— Tu veux que je t’accompagne ? 

— Non, j’ai besoin d’être seule, j’ai besoin de penser à autre chose. Tu me raconteras ce que Morov a dit à mon retour. 

— Pas de problème. À tout de suite. 

Il embrassa le sommet de mon crâne et je sortis du tribunal, allant m’installer sur les marches, un peu plus bas. 

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3 Commentaires
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ccccccccccccc bbbbbbb
1 année il y a

Je suis vraiment impressionné, c’est une scène de procès tellement crédible.
Bravo à l’auteure!

O. DeJavel
1 année il y a

La mécanique du procès est très bien décrite. Nulle doute qu’il y a eu de bonnes recherches documentaires. Certains passages auraient pu être gommés (l’arrivée des juges, leurs noms, etc.). Tout de même, qu’avons-nous appris sur les événements ? Je ne peux pas le dire vraiment… les séquelles à différents niveaux oui, la liste des blessures, oui, mais nous avions déjà cette information. La réaction d’Eliya face à la psy, nous la connaissions… un chapitre doit servir à quelque chose, et celui-là mmm… pas certain. MAIS, je me rue sur le prochain chapitre, impossible d’arrêter de lire !

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