Du néant au frisson. Chapitre 65. Fin.

6 mins

Axel

Épilogue

1er décembre 2021, deux mois après le procès.

J’ai réouvert les yeux le 5 novembre 2021. Le jour où je me suis réveillé a été le pire de toute ma vie. Allez expliquer à quelqu’un qu’il a loupé un mois et une semaine de sa vie. 

A ma plus grande surprise, c’était Antoine qui était à mon chevet. J’aurais préféré voir les yeux d’Eliya. Mais elle n’était pas là. J’étais trop faible à ce moment-là pour demander à Antoine ou elle était. 

Les médecins m’ont changé de chambre, et m’ont demandé de me reposer. Antoine venait me voir tous les jours. Ce n’est qu’au bout d’une semaine que j’ai su qu’elle ne viendrait pas. Elle était partie. 

Je ne vous raconte pas la douleur que j’ai ressentie au fond de ma poitrine quand je l’ai appris. Elle m’avait laissé seul. Sans savoir si j’allais me réveiller un jour. 

Antoine a été mon soutien. Il l’est encore aujourd’hui. Il m’a expliqué pour le procès. Puis comment elle s’est peu à peu éloignée d’eux. 

Ce n’est que la semaine dernière, quand j’ai pu enfin rentrer chez moi, que j’ai su qu’elle avait vécu dans mon appart. J’avais trouvé des affaires à elle dans la salle de bain. Peut-être avait-elle fait ça pour se sentir plus proche de moi. 

J’avais cependant du mal à y croire. Antoine avait beau me répéter chaque jour, qu’il savait qu’elle m’aimait, j’avais du mal à l’admettre. Je ne comprenais pas pourquoi elle avait choisi l’abandon. 

Antoine me sortit de mes pensées en sonnant à l’interphone. Je l’ai rejoint en bas de l’immeuble. Il était venu me récupérer, nous avions tous les deux rendez-vous avec monsieur Morov, et monsieur Felder, le notaire d’Eliya. 

— Salut, comment tu te sens aujourd’hui ? me demanda-t-il. 

— Comme les autres jours, brisés. 

Il ne rajouta pas un mot. Je suis monté dans sa voiture, ça aussi, ça avait bien changé en deux mois. Il reconduisait à nouveau. Il avait même repris le travail. 

Quand on est entré chez le notaire, nous n’avons pas attendu, il nous a de suite reçue. Monsieur Morov étant déjà présent, ils n’attendaient plus que nous. 

— Je vous en prie messieurs, asseyiez-vous. 

On fit ce que monsieur Felder nous demanda. 

— Bien, nous allons pouvoir commencer. 

Il prit une minute pour ouvrir le dossier ou était inscrit Ropi Eliya, au marqueur noir. 

Il éclaircit sa voix. 

— Bien, comme vous le savez je suis le notaire de madame Ropi. J’ai été le notaire de ses parents, et après l’accident j’ai dû régler ses droits de succession. Cependant, peu avant le procès de l’accident qui a entraîné la mort de ses parents, elle a fait appel à nous. Maître Morov et moi-même, car elle voulait des renseignements sur des questions juridiques. Car elle avait des projets. Notamment pour vous deux. 

— Pour nous deux ? demanda Antoine. 

— Oui, reprit monsieur Morov. Eliya nous avait contactés pour savoir, si elle pouvait faire des donations de son vivant, à des amis. A savoir vous deux. 

— Mais pourquoi ? demandais-je. 

— Les raisons nous sont inconnues. Nous nous sommes simplement acquittés du côté juridique. 

— Par conséquent, reprit monsieur Felder, madame Ropi Eliya a fait une demande de donation, d’un montant de 10 000 euros pour chacun de vous deux. 

En entendant la somme, je compris immédiatement, pourquoi elle a fait ça. Elle savait que je devais cette somme à mes parents. Elle l’a fait pour me sortir de la merde, encore une fois. 

— Mais, je ne comprends pas. Quand a-t-elle fait cette demande ? dit Antoine. 

— Une semaine avant le procès, elle est venue me voir, pour que je l’aide. Étant son avocat, j’ai accepté. La condition était de vous convoquer après le procès. Monsieur Pinguant, n’étant pas en capacité d’être présent à ce moment-là. Nous n’avons pas eu d’autre choix que d’attendre. Répondit monsieur Morov. 

— De plus, l’issu du procès n’ayant pas été favorable, nous avons reçu de nouvelles consignes. 

Monsieur Felder nous tendit une enveloppe chacun. 

— Peut-on savoir qu’elle était la consigne ? demandais-je. 

Il fouilla dans le dossier, en tira une feuille. 

Cher, monsieur Felder, je vous prie de bien vouloir remettre en main propre ces deux lettres, l’une à monsieur Pinguant Axel et l’autre à monsieur Guérin Antoine. Je suis dans l’obligation de partir, je ne pourrai le faire seule. Je vous demande de les laisser lire leurs lettres, ils reviendront ensuite vers vous pour la fin des formalités administratives. Merci à vous et maître Morov, pour toute l’aide apportée. Vous souhaitant bonne réception. Ropi Eliya. Voilà c’est tout ce que la note disait. 

— Mais qu’est-ce que ça veut dire tout ça ? Elle avait donc tout prévu ? 

Je m’emportais. 

— Il faut croire que madame Ropi était prévoyante. Répondit Felder. 

— Vous vous foutez de ma gueule ? Vous allez me dire que vous n’aviez rien vu venir ? Que vous ne pouviez pas empêcher tout ça ? 

J’étais désormais debout. Prêt à exploser. Antoine me retenait par le bras. 

— Axel, calme-toi, ils n’y sont pour rien, vient on va lire ce qu’Eliya nous a écrit. 

— Mais comment veux-tu que je me calme sachant tout ça ?! 

— Allez vient, elle ne voudrait pas de ça. 

— Mais putain, Antoine, réveille-toi ! Elle est morte ! Eliya est morte ! Merde ! 

Je me suis dégagé de l’emprise d’Antoine et j’ai quitté le bureau. 

J’ai marché jusqu’au cimetière d’Orthez. Je n’y étais pas allé une seule fois depuis ma sortie de l’hôpital. Je refusais d’admettre qu’elle ait préféré mettre fin à ses jours plutôt que de rester avec moi. Je lui en voulais terriblement. 

Devant le cimetière, j’ai sorti le papier qu’Antoine m’avait donné le jour où je suis sorti de l’hôpital. « Cimetière d’Orthez, allée des coquelicots, place 15. »

Quand je me suis retrouvé devant la sépulture, je me suis effondré. Il y avait une plaque au nom de ses parents. Et une à son nom. 

« Eliya Ropi 1995 – 2021


Une amie, une confidente, une petite fille, un amour…


Ici repose un ange. »

Je voulais hurler ma douleur. Mais j’avais le souffle coupé. Les larmes envahissaient mon visage, j’avais du mal à respirer. Ma tête me faisait mal. J’avais l’impression qu’on transperçait mon cœur. J’avais perdu l’amour de ma vie. 

Je me suis laissé glisser contre le caveau, la tête dans les mains. Le moindre geste, la moindre respiration était emplie de douleur. 

Eliya avait pris la décision de se suicider. Le jour où elle a quitté la ville, elle a pris ma voiture et elle a roulé, sous la pluie battante. Elle a fait une sortie de route, vitesse au maximum, la voiture s’est écrasée contre un platane. De ce que j’ai su, vu l’heure et l’endroit désertique, il s’est passé une heure avant que quelqu’un ne la trouve. Elle avait succombé de ses blessures. 

J’ai sorti la lettre de ma poche et je l’ai ouverte. J’y ai trouvé la belle écriture d’Eliya. 

« Axel, mon amour 


Quand tu liras cette lettre, c’est sûr que je ne serai plus là, j’ai donné mes consignes à mon notaire et mon avocat, s’il te plaît ne leur en veux pas. 


Tu sais déjà que je t’ai fait don de 10 000 euros, pour que tu rembourses ta dette, à tes parents. Je comptais te les offrir, qu’importe l’issu du procès. 


Maintenant que le procès est passé, j’ai pu faire le point. Le résultat n’étant pas celui attendu, j’ai pris ma décision. 

Je te jure que j’ai attendu. Attendu que tu te réveilles, pour revoir tes beaux yeux et que tu me dissuade de l’acte que je me prépare à commettre. 


Axel, il faut que tu saches que les deux semaines passées à tes côtés ont été les deux semaines les plus intenses de mon existence. Tu as réussi à me sortir du néant qu’était ma vie. Tu m’as fait vivre, des moments inoubliables. 


J’ai vécu dans tes bras. Nos disputes, ta violence, notre colère… Tu m’as sortie de mes retranchements pour me faire vivre au jour le jour. Et je ne pourrai jamais t’en remercier. 


Aujourd’hui, je ne suis plus là, mais ça ne veut pas dire que ta vie doit s’arrêter ici. Vis pour moi. Dépasse-toi pour moi. Soit l’homme que tu dois être pour moi. 


Je t’ai aimé de tout mon être. Et je continuerai de t’aimer après ça. 


Maintenant, tu dois retrouver Antoine, ne le laisse pas, vous avez besoin l’un de l’autre. Vous allez devoir affronter quelques jours sombres pour accepter mon départ. Mais ne te laisse pas capturer par les ombres de la vie. 


Je t’aime Axel. 


Eliya. 


PS : J’ai trouvé le numéro de ton tatoueur, et je me suis lancé à mon tour, je t’ai glissé une photo dans l’enveloppe. Je t’aime. »

J’ai retourné l’enveloppe pour trouver la photo d’Eliya. Elle se prenait en photo face à mon miroir je reconnus ma chambre. Elle avait le sourire aux lèvres. Je pouvais voir à l’intérieur de sa clavicule gauche l’inscription 

« Man o To.

A <3 »

Je savais quel serait mon prochain tatouage. J’avais toujours gardé cet emplacement pour l’amour de ma vie. 

« Toi et Moi.


E < 3 »

Je suis resté assis dans le cimetière jusqu’à ce que la nuit tombe. 

Antoine m’a rejoint et s’est laissé tomber à côté de moi. 

— Il reste plus que toi et moi, me dit-il. 

— Et on va vivre pour elle, lui répondis-je. 

Oui, je vivrai pour toi Eliya. Je vivrai jusqu’à te retrouver. 

Je vivrai jusqu’au dernier frisson de la vie. 

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ccccccccccccc bbbbbbb
1 année il y a

Terrible fin, une tragédie, et quel gâchis, je pleure aussi.
Le suicide, comme la guerre, ne devrait pas être la solution dernière.
Le suicide et la guerre ne devraient pas être.

ccccccccccccc bbbbbbb
1 année il y a

Tu as choisi cette fin tragique, vu le contexte, peut-être était-ce prévisible.
Mais puisque tu as demandé si ton roman était réaliste la fin ne pouvait être autre hélas.
Par parenthèse, Antoine n’est pas mal non plus, ces deux-là vont se rapprocher et revivre peut-être.

O. DeJavel
1 année il y a

Oh ! Mais quelle fin romantique.

J’ai jeté une larme !

Eliya était fragile, la fin est donc cohérente avec tous les signaux que tu as planté.

On en veut un peu à Antoine d’avoir été trop respectueux et de ne pas avoir veillé sur elle comme Axel lui avait demandé. Et évidemment, on pleure sur Axel qui est désormais seul pour la vie.

Un récit magnifique, qui nous a fait vivre tant d’émotions ! Merci pour tout ! Ce sera un plaisir de te lire à nouveau !

Déjà fini…

Et oui, je peux te le dire, signer la fin d’une histoire, c’est faire un deuil. Les personnages cessent de vivre dans notre imaginaire. Ils deviennent figés et c’est très difficile à accepter ! Je te souhaites chère Gaëlle de bien récupérer de la mini dépression qui s’abat sur nous quand on signe la fin d’un récit. Celui-là était tellement intense. Bon courage. Dis-toi que nous partageons un peu de ton deuil (pas aussi fort, mais un peu) Refermer ce livre est difficile. C’est un tribu à ton talent !

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