L’héritage du Zénith – XI

5 mins

Henry laissa à la jeune femme le temps de s’installer face à lui, et attendit qu’elle lui fasse signe avant de débuter :

— Pour commencer…

— Attends…

Lisithia l’interrompit aussitôt. Elle se pensait prête mais ne l’était pas.

Pas encore…

Découvrir un pan de son histoire qu’elle avait tout fait pour garder loin d’elle, s’avérait trop compliqué, malgré son désir.

Elle devait diluer cette information, la rendre moins personnelle.

Elle opta donc pour un chemin détourné qui lui révélerait également certaines choses qui la rendaient curieuse :

— Cela fait longtemps que tu connais mon père, pas vrai ?

— En effet.

— Donc… Je suppose que tu connais aussi les mères de Raug et Evy ?

— C’est exact.

— Et… Je suppose qu’eux, connaissent l’histoire de ma mère ?

— C’est juste également.

— Dans ce cas… Pourrais-tu me parler d’elles avant de me raconter celle de la mienne ?

Henry sourit, et s’inclina légèrement. Il avait répondu à ses questions de la manière la plus concise possible pour la laisser faire le cheminement qu’il avait compris depuis bien longtemps. Nombre de fois, il avait senti que cette question l’intéressait, mais elle n’avait jamais osé poser aussi clairement la chose. C’était pour lui une preuve que la situation dans laquelle leur père les avait plongés, avait affecté la jeune femme plus qu’elle ne le laissait paraître.

Il lâcha :

— Ce serait un honneur.

Il prit quelques secondes pour mettre en ordre ses idées, puis entama enfin son récit :

— Autant commencer par le début. Comme le savez déjà certainement, son Altesse votre père est à l’origine de la majorité des êtres et créatures lui vouant une totale dévotion. Lorsqu’il était parmi le peuple céleste, il faisait parti du premier cercle : ses pouvoirs feraient passer Dame Giziel pour une vulgaire amuseuse de rue…

Après son bannissement, il a utilisé son immense pouvoir pour le fondre dans le cœur même de l’Empreinte et ainsi faire naître les sept démons primordiaux : des êtres que l’imagination ne peut même pas concevoir. Ils n’avaient qu’un seul but : créer une nation à l’image de leur créateur. Constitués uniquement de haine et d’énergie, ils façonnèrent donc des formes de vie que Lucifer a voulu aussi différentes que les humains, ultime pied de nez à son ancienne patrie. Ainsi donc, les hordes nées étaient désormais capables de penser mais également de se reproduire par elles-mêmes…

Et ce point donna des idées à votre père.

Même déchu, il restait d’origine céleste. Les anges ont interdiction de se reproduire. Mais ils le peuvent. Votre père ne risquait pas d’être déchu une nouvelle fois.

Parmi les premières nées, il organisa un combat.  Elles s’entretuèrent pour qu’émerge la plus violente, forte et sauvage d’entre elles. Des centaines de combattantes se massacrèrent dans l’espoir d’être la compagne de son Altesse…

C’est une dénommée Herya qui remporta cette bataille, une femme au physique bien éloigné du vôtre si vous me permettez la comparaison… Mais ce point n’était vraiment pas la priorité de votre père, qui la prit aussitôt, au milieu des cadavres encore chauds.

Sans doute s’attendait-elle à devenir impératrice, mais une fois cette union consommée, il la délaissa aussi vite qu’il l’avait possédée…

Il soupira :

— J’aimerais pouvoir dire que c’est le comportement de votre père envers elle qui a forgé la haine et l’ambition de votre frère à son égard… Mais à vrai dire, ce n’est pas le cas.

Dame Herya a effectivement œuvré pour que son fils encore jeune monte sur le trône, espérant être la régente. Mais votre frère a vite compris son manège, et dans son ambition, il n’y avait pas que son père à éliminer… Elle fut l’une des premières victimes du Prince Hachbanmeraug…

Henry plongea dans ses souvenirs. Il n’avait pas beaucoup connu cette femme, mais il était évident que si elle avait été encore vivante, elle aurait tout fait pour assassiner elle-même Evysciel et Lisithia… C’était une femme redoutable, grande, musculeuse, bien loin de l’image que certains avaient des servantes tentatrices de Lucifer. Elle haïssait ces dernières plus que tout, les accusant de cloîtrer les femmes dans un rôle d’amante et de séductrice… Elle ne faisait preuve d’aucune pitié, ni de la plus petite capacité à discuter avec celles et ceux qui ne partageaient pas son point de vue.

Seul son fils, et à travers lui, le rang qu’elle prétendait avoir, semblait disposer d’une certaine valeur à ses yeux. Lui, paraissait en avoir hérité la rigueur de ses convictions… Malheureusement pour elle, cette adoration de son prince de fils n’était absolument pas réciproque… Très vite, Hachbanmeraug, nom qu’elle lui avait donné pour ses sonorités sauvages, comprit qu’elle tenterait toujours de se servir de lui.

Aussi, le même jour, il l’assassina sans la moindre hésitation et tenta de faire de même avec son père dans la foulée, le corps encore couvert du sang de sa mère. Ce fut évidemment vain. Mais le jeune prince retenta à de nombreuses reprises sa chance.

Lisithia observa son serviteur, devenu silencieux, perdu dans ces pensées. Elle le taquina pour lui signifier qu’elle attendait la suite :

— Tu ne sais plus quoi dire ?

— Pardonnez-moi, Princesse, s’excusa-t-il en s’inclinant. Ces vieux souvenirs sont envahissants… Puis-je poursuivre ?

Elle se contenta de hocher la tête, et il reprit :

— Lorsque votre frère tenta d’assassiner votre père, ce dernier, bien loin de s’en offusquer, s’en amusa. Témoin de ce que le produit de son union avec l’une de ses créations avait engendré, il se demanda ce qu’il adviendrait si lui, ancien être céleste, s’unissait à une ange…

À cette époque, la guerre avec le ciel battait son plein, et il n’était pas difficile de trouver de quoi le satisfaire… Pourtant, contrairement à Dame Herya, il prit son temps pour choisir celle qu’il posséderait… Il jeta finalement son dévolu sur une ange idéaliste, persuadée qu’elle pourrait faire la paix avec lui. Elle voulait ainsi mettre fin au conflit entre nos deux mondes, jugeant qu’il avait suffisamment fait couler le sang et les larmes.

Elle s’appelait Leisiel.

— Leisiel…, murmura Lisithia. Je ne crois pas qu’Evy en ai déjà parlé…

— Physiquement, Evysciel est pourtant son portrait craché. Tant qu’il est assez perturbant pour ceux ayant connu sa mère que de croiser son chemin. C’est aussi ça qui joue sur l’ambiguïté de son sexe, car ceux ayant côtoyé Dame Leisiel, ne peuvent imaginer que son Altesse Evysciel ne soit pas une femme… C’est également mon cas, donc pardonnez-moi si je parle de son Altesse au féminin, cela me permettra également d’être plus clair dans l’histoire de votre fratrie, et puis à cette époque, hormis votre frère, personne ne doutait qu’Evysciel soit une femme.

Lisithia sourit.

Il est vrai qu’elle avait constaté qu’une majorité de personnes considérait qu’Evysciel était une femme. Pour sa part, ce fait aurait justement tendance à indiquer le contraire. La capacité d’Evysciel à manipuler tout le monde n’était plus à démontrer.

Mais à vrai dire, homme ou femme, Lisithia s’en moquait bien.

— Dame Leisiel, poursuivit Henry, était une personne douce, sincère, avec laquelle votre père s’amusa quelques temps. Ce terme n’est pas flatteur, mais c’était le cas. Il voulait s’assurer qu’elle était bien fécondée, avant de la délaisser à son tour… Mais, contrairement à Herya, elle ne s’en offusqua pas. Quand Evysciel naquit, elle lui donna beaucoup d’amour. Aussi, le comportement manipulateur de son Altesse Evysciel est assez inexplicable. Certes, votre père possède ce trait de caractère, mais il est loin d’être aussi prononcé…

Comme vous le savez, Dame Leisiel est morte également. Dans les bras d’Evysciel qui joua son rôle éploré à merveille. Mais, même si le couteau ayant causé sa mort, n’était pas dans ses mains, personne ne douta que l’humain fidèle aux anges, qui a commis ce geste, n’ait pas été fortement influencé. Il était persuadé qu’elle avait trahi le ciel en offrant son ventre au seigneur de l’Empreinte. Lors de son exécution, il clamait encore que son ange gardien viendrait le sauver.

Il a prononcé cette phrase quant Evysciel fit son apparition au premier rang.

Lisithia réfléchit :

— Evy a toujours été comme ça… Mais je ne savais pas que sa mère était si différente.

— C’est pourtant le cas. Quoi qu’il en soit, et bien qu’on ne puisse pas dire que Sa Majesté votre père soit encore un représentant du ciel, son Altesse Evysciel est la preuve que deux êtres d’essences célestes peuvent donner naissance à un être des plus atypiques, autant physiquement que mentalement… Mais dites-moi, Princesse… Connaissez-vous, vous, sa véritable nature ?

Lisithia sourit et prit un air énigmatique :

— Qui sait…

— De toute façon, vous ne le direz pas.

Elle se contenta de sourire en fermant les yeux, prenant son air de chipie que Henry ne connaissait que trop bien… Elle reprit finalement :

— Bien… Maintenant qu’on a fait le tour… Difficile de faire encore traîner les choses…

Parle-moi de ma mère…

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1 Commentaire
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Annick Smits
10 mois il y a

J’adore ! Vite la suite ^^

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