« Slow Périlleux »

3 mins

– Slow Périlleux –

 

(Avertissement : Ce texte est bien réducteur rapport à un titre pareil.

Il n’en parle que sur une petite partie.)

 

Bernard Maroni. Bernard a provoqué le buzz deux fois derrière le petit écran. Les journeaux ont écrits qu’il a ému la France entière. Une fois à ‘La France a un incroyable talent’ il a déroulé un texte sur les personnes agées. Assis, il débute son texte ainsi : « 91 ans. Que faire dans l’existence quand on a 91 ans ? ». C’était en novembre 2020. Karine Le Marchand, animatrice de l’émission, verse une larme au beau milieu de son passage. Une membre du Jury esquisse la même émotion. Le public se lève pour l’applaudir et l’ovationne. Un mois après son audition, il atteint les 92 ans.

 

On s’est croisé à maintes reprises sur les scènes ouvertes de Slam parisiennes avec Bernard. Les dernières fois que je l’ai vu, il s’appuyait sur une canne. Son fils l’amenait avant et revenait le chercher après. Bon nombre d’années après mes débuts en ce domaine, j’essayais de placer un caméscope pour  filmer. Comme je trouvais bien et beau ce qu’il proposait, je l’ai filmé une dizaine de fois. J’ai publié avec son accord plusieurs vidéos sur YouTube.

 

Il y a quelques semaines, environ trois mois, j’ai aperçu dans la rue l’enseigne d’un restaurant qui possède une salle en sous-sol. Il y avait régulièrement des scènes ouvertes et je sais que Bernard y allait, il m’avait invité à venir. Il s’y rendait souvent avec une amie, beaucoup plus jeune. Ce lieu m’était inconnu, il était ouvert et le service du midi était terminé, j’y suis entré. On m’a bien  accueilli et on m’a montré la salle de spectacle. J’ai évoqué des noms, dont celui de Bernard Maroni, le patron m’a demandé de ses nouvelles et son numéro de portable. J’ai annoncé qu’il fallait que je lui demande son accord.

 

Bernard était aussi connu sous le nom de « Slow Périlleux ». Il adorait la danse et avait été danseur de salon. Sa passion pour les mots s’était concrétisée après la perte de sa femme emportée il y a dix-neuf ans. Avait suivi un emménagement aux Lilas (93) où il avait fait ses premières apparitions dans un club local. Une association y organise des scènes dans un lieu superbe. Plateau surélevé, une grande scène, un piano à queue dans un coin, rideaux noirs au fond, trois micros, un au centre, des fauteuils rouges qui se déplient, lumières et régisseur, 120 places. (Cf. passage et vidéo de Bernard en lien plus bas)

 

Suite à cette discussion au restau, j’ai appelé Bernard. Était-il d’accord à ce que je fasse suivre son numéro ? Il m’a répondu : pas de problèmes, mais m’a dit aussi que ça n’allait pas du tout pour lui. Qu’il avait demandé à ses enfants de ne surtout pas le prendre chez eux quand ce serait nécessaire ! Qu’il résidait en Ehpad depuis un an ! Qu’il n’écrivait plus depuis un an !

 

J’ai essayé de motiver Bernard à ce qu’il reprenne la plume pour un dernier témoignage. J’avais l’intention de le filmer ou de l’enregistrer, je pensais qu’il pouvait encore s’exprimer, vu cet échange, mais il ne m’a pas suivi.

 

Lors d’un passage, ce personnage déclenche une musique d’une main et tient le micro de l’autre. Il commence son texte une fois l’ambiance en place. Il y a quelques jours, j’ai appelé Bernard pour lui demander de quelle musique il s’agissait et le titre lors de ce passage aux Lilas.

Suite à nos échanges, j’avais publié ce passage, retouché à partir de la vidéo d’origine, cette fois avec les paroles en sous-titres. Il n’a pas su me dire de quelle musique il s’agissait.

 

Il m’a confié que dans sa tête ça n’allait plus du tout. Et quand je lui ai parlé de Nathalie, cette amie qu’il m’a permis de connaître, je pense que son silence signifiait qu’il ne voyait plus qui c’était.

 

Il m’a rappelé le jour même pour me signifier de qui était la musique et le nom de son écrit, titré

« C’est difficile à dire ».

 

Bernard savait bien manier les mots et jouer avec. Il savait toucher, il parlait avec le cœur. Ses propos qui m’ont le plus marqué, c’était il y a trois mois « Ici, on s’occupe de moi. On m’aide à m’habiller. On m’aide à manger. On m’aide à me laver. »

 

« Mais surtout ce que je voudrais, c’est mourir ! »

 

 Marco O’ Chapeau

le 11 août 2023

débuté le 24 juillet 2023

 

Photo Bernard Maroni à Incroyable Talent

 

Lien vidéo Bernard Maroni sur la Scène de l’Air de Dire aux Lilas en 2017

 (Version sous-titrée – Format square)

Son passage à Incroyable Talent sur Facebook en 2020

https://www.facebook.com/watch/?v=382813532841516

 

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1 Commentaire
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Cora Line
8 mois il y a

Merci Marco pour ce joli texte sur un personnage très émouvant. Qu’il est doux de l’écouter nous livrer ses vers magnifiques ! Une rencontre précieuse…

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